‹ Quand les Français ne s'aimaient pasChapitre 39 sur 66 · VI. — TRANSACTIONS ET COMPROMIS ." LE NATIONALISME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

VI. — TRANSACTIONS ET COMPROMIS ." LE NATIONALISME FRANÇAIS

La variété qui naît de la liberté est donc, en thèse très générale, matière première de la vie. Mais pour imposer à la vie sa direction, et les moyens de s'y tenir, sa destinée avec les moyens d'y atteindre, il faut quelque chose d'autre qui ne soit point varié, mais un.

Vérifions et traduisons.

Un État politique qui se borne à la liberté peut y trouver quelque bien-être. Mais qui vise au delà de l'état de conservation, qui dépasse le stade de sa consommation et de l'usufruit, qui veut produire avec intensité, progresser avec ordre, à plus forte raison conquérir et s'étendre, doit se forger une discipline. Toute politique cV empire a dépassé la liberté. L'Allemagne eut besoin de la liberté pour « être », pour « compter » (1750-1850). Pour « acquérir » et « conquérir », l'unité fut indispensable. L'Angleterre commença également par une phase de curiosité et de tolérance universelles ; mais il lui fallut se contraindre dès qu'elle voulut dominer. De même en Amérique : la politique de la porte ouverte (aux émigrants et aux marchands) coïncide avec l'éveil de sa vie économique; mais aspire-t-elle à régner, la ceinture des prohibitions ne fait que précéder un rudiment d'outillage guerrier.

Ni l'Allemagne, ni l'Angleterre, ni les États-Unis, ne s'arrêtèrent donc à la liberté helvétique. Mais aucune de ces trois puissances n'est parvenue à la

discipline unitaire qui distingue la civilisation des Français. La France et la Suisse figurent donc les deux extrêmes de la série entre lesquelles on peut intercaler et combiner une infinité de moyennes. Euxmêmes les Français passent parfois des compromis avec leur Unité, comme M. Seippel en Suisse prend, lui aussi, des libertés avec sa Liberté pour sa « légitime défense », dit-il avec raison.

Si donc M. Seippel voulait admettre ces principes, évaluer comme je le fais l'idée de Liberté et l'idée d'Unité, peut-être que je lui ferais des concessions qui lui paraîtraient importantes. Ou plutôt je ne lui ferais aucune concession. Mais je lui donnerais des nouvelles de France. Comme il me semble que le lui a reproché M. Edouard Rod dans le Journal do Genève, il les ignore visiblement, bien qu'elles soient d'hier.

Je lui dirais : Vous rangez M. Ferdinand Brunetière parmi les plus effroyables réactionnaires parce qu'il a construit une « équation fondamentale » ainsi conçue :

Sociologie = Morale Morale = Religion

d'où : Sociologie := Religion,

« équation fondamentale » que de plus réactionnaires ou de plus progressistes que lui, des écrivains de la Gazette de France^ par exemple, ont irrévérencieusement parodiée :

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