‹ Quand les Français ne s'aimaient pasChapitre 5 sur 66 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

En revanche, il tendra la main bien volontiers aux hommes qui se sont trompés jadis et qui, sans renier l'erreur, ni en reconnaître les causes, vivent dans le désir de rendre des services à la patrie. Tout ce qui vient d'eux est précieux, actes, paroles ou simple signe d'un sentiment juste et d'une volonté bienfaisante : nous ne serons pas trop, nous ne serons jamais assez pour l'effort de reconstruction ! Mais ce qui fut doit être su. Cela est prudent à l'égard du très petit nombre dont l'esprit d'intrigue et demalfaisance plus ou moins volontaire n'est pas douteux ; car seule l'idée vive des fautes passées, inscrite en traits brillants dans la mémoire du pays, fournira la garantie d'un peu de sagesse et de modération de ce côté-là. Si l'on a le malheur de laisser obscurcir la vérité sur un tel passé, on augmente le pouvoir des fables menteuses. Moins pour gêner les intérêts qui la subsidient que pour en interrompre les conséquences nuisibles, la fiction des partis doit être corrigée. Le cours de leurs erreurs doit être rétabli. Or,

condamné le repris de justice collaborateur de ces calomnies à la prison, à l'amende, à des dommages-intérêts relativement élevés. Par un remarquable , un arrêt d'appel

supprima la prison, réduisit les dommages sous le prétexte de nos «• provocations » : provocations qu'il faudrait placer après le délit, car l'avocat du drôle avait lui-même reconnu à l'audience que nous n'avions jamais attaqué ses clients!

rien n'est plus facile. Il suffit de montrer nos traces et nos marques, nos signatures et nos drapeaux sur les anciennes positions où l'on a fini par venir s'installer près de nous. Il suffit de réimprimer ce que nous disions entre 1895 et 1905 sur tant de graves problèmes abordés, traités, raisonnes, même résolus aujourd'hui, mais qu'il fallut imposer à la réflexion pour aboutir à la mise en défense du pays et n'être pas absolument pris au dépourvu par la guerre. Le rétablissement intellectuel et moral s'opéra peu à peu, mais au sortir de quel abîme !

Le graphique de cet effort pourrait s'intituler : De V anarchie à la patrie ou bien De V anarchie à r ordre.... C'est le filigrane visible de ce recueil.

Vers 1891, un bel esprit trouvait applaudissement, gloriole, fortune à insulter notre Jeanne d'Arc, cela le faisait prendre pour un auteur noble et hardi. En 1902, ces gentillesses étaient déjà chassées de la littérature et ne recueillaient plus d'honneur que chez les politiciens. En 1908, pour s'être livré à ce jeu, un professeur recevait le fouet dans sa chaire ; s'il put se faire élire député, deux ans plus tard, ce fut à la faveur de rétractations préalables. Cependant, jusqu'en 1911, il se trouvait une police pour arrêter, des juges pour punir d'amende ou

PRÉFACE. xui

de prison l'imprudente jeunesse coupable de porter des fleurs à la statue de la Sainte de la patrie. Ce n'est qu'après 1912 que le culte de la bonne Lorraine put être célébré par d'immenses cortèges à travers les rues de Paris, Il faut en remercier non le destin, ni le hasard, ni les leçons de l'école officielle, ni les votes de la Chambre des députés, mais Maurice Pujo, mais Maxime Real del Sarte, Marius Plateau et leurs jeunes amis. Si le remerciement se trompait d'adresse, il faudrait renoncer à la différence du vrai et du faux, personne ne pourrait plus se flatter de rien comprendre à rien, non pas même à ce doux spectacle de guerre apporté par l'année 1916 : une délégation du Parlement britannique déposant une palme aux pieds de Jeanne d'Ajc sur le vœu explicite du même M. Clemenceau qui, sous son propre ministère, sept ou huit ans plus tôt, faisait brutaliser tous les passants capables d'un signe de piété envers l'héroïne.

On peut suivre du doigt, dans le laps des mêmes années, l'ascension et le déclin du sentiment qui s'est appelé l'hervéisme. Quand il était professé au Mercure de France par M. Remy de Gourmont (vers 1891 , toujours), c'était unegrande élégance. Dans la même décade, les petits cénacles se divertirent d'un projet d'empire germanofranc dont Berlin et Paris auraient été les pôles

rien n'est plus facile. Il suffit de montrer nos traces et nos marques, nos signatures et nos drapeaux sur les anciennes positions où l'on a fini par venir s'installer près de nous. Il suffît de réimprimer ce que nous disions entre 1895 et 1905 sur tant de graves problèmes abordés, traités, raisonnes, même résolus aujourd'hui, mais qu'il fallut imposer à la réflexion pour aboutir à la mise en défense du pays et n'être pas absolument pris au dépourvu par la guerre. Le rétablissement intellectuel et moral s'opéra peu à peu, mais au sortir de quel abîme !

Le graphique de cet effort pourrait s'intituler : De V anarchie à la patrie ou bien De V anarchie à r ordre.... C'est le filigrane visible de ce recueil.

Vers 1891, un bel esprit trouvait applaudissement, gloriole, fortune à insulter notre Jeanne d'Arc, cela le faisait prendre pour un auteur noble et hardi. En 1902, ces gentillesses étaient déjà chassées de la littérature et ne recueillaient plus d'honneur que chez les politiciens. En 1908, pour s'être livré à ce jeu, un professeur recevait le fouet dans sa chaire ; s'il put se faire élire député, deux ans plus tard, ce fut à la faveur de rétractations préalables. Cependant, jusqu'en 1911, il se trouvait une police pour arrêter, des juges pour punir d'amende ou

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