‹ Quand les Français ne s'aimaient pasChapitre 6 sur 66 · PREFACE. XIII · texte numérisé non relu

PREFACE. XIII

de prison l'imprudente jeunesse coupable de porter des tleurs à la statue de la Sainte de la patrie. Ce n'est qu'après 1912 que le culte de la bonne Lorraine put être célébré par d'immenses cortèges à travers les rues de Paris. Il faut en remercier non le destin, ni le hasard, ni les leçons de l'école officielle, ni les votes de la Chambre des députés, mais Maurice Pujo, mais Maxime Real del Sarte, Marins Plateau et leurs jeunes amis. Si le remerciement se trompait d'adresse, il faudrait renoncer à la différence du vrai et du faux, personne ne pourrait plus se flatter de rien comprendre à rien, non pas même à ce doux spectacle de guerre apporté par l'année 1916 : une délégation du Parlement britannique déposant une palme aux pieds de Jeanne d'Ajc sur le vœu explicite du même M. Clemenceau qui, sous son propre ministère, sept ou huit ans plus tôt, faisait brutaliser tous les passants capables d'un signe de piété envers l'héroïne.

On peut suivre du doigt, dans le laps des mêmes années, l'ascension et le déclin du sentiment qui s'est appelé l'hervéisme. Quand il était professé au Mercure de France par M. Remy de Gourmont (vers 1891 , toujours), c'était unegrande élégance. Dans la même décade, les petits cénacles se divertirent d'un projet d'empire germanofranc dont Berlin et Paris auraient été les pôles

SOUS un même empereur. Quel empereur? Un écrivain, lauréat de l'Institut, qui se sait toujours gré de cette liberté d'esprit, déclara préférer aux Bonaparte inconnus, aux Orléans sans prestige, la candidature de Guillaume Hohenzollern.... Ces petites effronteries couraient un peu partout, principalement les feuilles dites d'avant-garde où se préparait l'esprit des lettres futures. Dans ces jeunes revues, que l'on affecte aujourd'hui de déprécier pour arrêter des comparaisons que l'on craint, presque tous en étaient au point où fut Hervé dix ans plus tard. Mais, après dix autres années, à la veille de la guerre, l'hervéisme était à peu près déserté par Hervé et sa bande d'agitateurs. Quant à nos jeunes Lettres, si l'on veut consulter pour 1914 un équivalent du Mercure au quart de siècle précédent; il faut regarder la Revue critique^. Sur quarante intellectuels français qui la rédigeaient, treize sont morts, trois disparus, onze blessés* et tous nous sont témoins de la glorieuse vigueur de l'image de la patrie au sommet du nouvel esprit de la France.

A la faveur du réveil qui fut général, la dégermanisation avait commencé ; contre les idées

1. La Revue critique des idées et des livres, rédacteur en chef Pierre Gilbert, tombé au champ d'honneur.

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