APRES DIX ANS
Si l'on veut illustrer ce dernier avertissement, qui ressemblait déjà à un cri d'effroi, il faudra propager, par tous les moyens mnémotechniques offerts par l'École et la Presse à des vérités salutaires, les grands et rudes vers du poète Anguste Angellier, dans ses
Dialogues civiques entre le Vieillard pacifiste et le Philosophe guerrier. Il y aura toujours des Barbares, dit-il.
... la Guerre De ses faisceaux longlenips doit garder la lisière, Au delà de laquelle attend obstinément Le Barbare. Et crois-moi, si durant un moment Ce mur de boucliers s'entr'ouvre et se relâche, Quelque sauvage aura vite accroché sa hache Au beau geste clément de ce Dieu qui t'est cher. Le Temple de la Paix veut un rempart de fer.
... Écoute encor ceci. Vieillard : la Barbarie Commence autour de nous où commence l'envie! Partout où le sol est plus riche, où quelque port Est la clef d'une mer, où des monts remplis d'or Promettent la richesse à qui tiendra leurs mines, Où les vignes, parant les pentes des collines. Versent dans le cellier un flot pourpre ou vermeil, Alors que le vin manque aux versants sans soleil, Sous des masques divers reparait le Barbare. Le prétexte est bientôt forgé pour qu'il s'empare Des champs, de l'estuaire, ou des monts ou des vins....
Et le poète ajoute avec une saisissante et copieuse violence qu'il en est exactement de même des barbares de l'intérieur: ils sont prêts, dans tous les cas de pai.x extérieure, à ramener le visage de la guerre civile, religieuse et sociale. L'expression dure, parfois rugueuse, manque rarement de puissance.
Ces poèmes ont paru en 1906. Le nom d'Auguste Angellier doit être honoré parmi les accoucheurs de la jeune France.