‹ Quand les Français ne s'aimaient pasChapitre 58 sur 66 · LA PATRIE OU L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

LA PATRIE OU L'HUMANITÉ

Janvier 1902.

Dans ridée de patrie et lliiimanitarisme,^l. Georges Goyau nous a raconté les aventures du patriotisme au courant de trois ou quatre générations de jacobins, de libéraux, de républicains de 48, de socialistes et de démocrates ; il commence à la grande Révolution pour aboutir aux phénomènes de l'anarchie dreyfusienne, mais il insiste en particulier sur notre demi-siècle, depuis 1866. Il est impossible d'avoir un répertoire mieux formé. Le fait saillant est mis en lumière. Il n'est pas sacrifié au fait rare, et toutefois ce dernier abonde et grouille même un peu. L'on s'en plaindrait si Ï'or pouvait se plaindre

de trop de connaisances et de trop de détails sur un grave sujet. Les noms propres abondent, souvent obscurs, parfois tout à fait inconnus, toujours importants.

Nous savions par induction que le pays obéissait à des maîtres occultes. M. Goyau nous dit lesquels. M. Goyau nous montre la pensée de ces chefs occultes trahie par des comparses. Un des comparses répond à TEnquête de l' Humanité nouvelle, en mai 1899, que « par la revendication stérile de l'Alsace-Lorraine, la France perdra plus que de l'amputation de deux provinces » et que, « après avoir été à la tète, de la civilisation, elle sera l'obstacle » : de sorte que l'avenir français, c'est « l'abnégation » de la France. Le mot est d'un romancier, d'un simple conteur mais qui a vécu aux bons endroits, M. Jean Reibrach. Voici un professeur important, M. Durkheim, qui se plaint que l'armée soit devenue un moment(avant l'Aifaire) « quelque chose d'intangible et de sacré, un culte vraiment superstitieux ». Et M. Durkheim est suivi de M. Basch, autre professeur qui explique que « les deux termes de démocratie et de militarisme sont logiquement antagonistes », ce qui est la vérité, et qui s'en réjouit au point de vue de la démocratie, ce qui est une infamie au point de vue de la France*. Voici M. Julien Benda, critique, philosophe, romancier, qui veut effacer dans les rapports humains « la conscience de représentant national » au profit « de la conscience de l'individu dégagé de sa nationalité » et qui conçoit l'humanité comme

1. M. Victor Basch doit être excusé sur son origine étrangère : Juif de Hongrie.

« une vaste agglomération affectée d'un caractère unique, qui est d'être humaine ». M. Julien Benda dérive de là une « dissolution des sentiments propres à cette vieille civilisation rigide et dont l'un des principaux est le sentiment de l'honneur », « l'évanouissement de la tendance agressive et défensive » . Voilà qui est parler. Tous ces messieurs Benda, Basch, Durkheim, sont Juifs, donc puissants. Puissants dans l'État et dans la société. Il est bon de savoir à quoi peut tendre et servir leur puissance.

M. Goyau nous rend d'autres services. Pour les apprécier, qu'on lise son bon livre'. En échange de tant de biens que nous lui devons, j'aimerais adresser à M. Georges Goyau l'équivalent d'une critique et, lui montrant une lacune dans son livre, essayer d'en découvrir la raison.

Cet excellent traité des dégradations de l'idée de patrie dans la cervelle de nos bons humanitaires oublie souvent de procéder à une analyse des faits initiaux, des principes qui fondent les faits psychologiques qu'il étudie. Jamais ou presque jamais il n'aborde les causes. Peut-être eût-il été tenté de le faire. J'avoue qu'il n'a pu le vouloir : M. Georges Goyau, par la position du problème qu'il creusait, se trouvait en présence des plus graves antinomies politiques, le libéralisme et l'idée de patrie, le démocratisme et l'armée, le libéralisme et l'armée. Comme son cœur est excellent, son patriotisme sans tache et qu'il ne pouvait pas défendre une autre cause que celle de l'armée et de la patrie, M. Georges Goyau

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