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pations étrangères qui furent le partage de l'Allemagne et de l'Italie. Quand l'ennemi essayait de les envahir, ils n'avaient pas besoin des Russes et des Anglais pour le repousser. La solidité des frontières permettait à leur méditation de se porter sur de tout autres problèmes, plus haut dans l'espace idéal, plus profond dans le cœur humain. Cela explique la réserve de notre littérature classique sur quelques points sensibles de la vie nationale. Elle n'est obsédée ni par les conditions de la défense, ni par les lois de la durée. L'indépendance n'était pas exposée, l'autonomie n'était inquiétée que de loin en loin : qu'aurait servi la spéculation là-dessus? Mais réserve n'est pas absence et, dès qu'on y regarde de près chez nos maîtres, l'essentiel des plus sûrs principes est aperçu comme à fleur de sol, prêt à fructifier en conseils et règles de vie civique. Une politique française est sous-entendue parmi eux.
Depuis, notre sort a changé; cinq invasions ont été souffertes dans les cinq quarts de siècles écoulés à dater de la Déclaration des Droits de l'homme. Cela est propre à faire réfléchir à d'autres invasions éventuelles. Les vieux principes implicites de la sagesse du pays en acquièrent une plus-value considérable. Ce qu'ils ont d'éternel nous met en état de compter et d'exa-
miner les titres, les raisons, les fondements moraux de notre nationalité menacée par les arguments de la perfidie autant que par les coups de force. Bientôt les théories sublimes d'une France abandonnée et sacrifiée liturgiquement à l'humanité rencontrera chez nous la même résistance que les courses et les assauts de von Bulow. Les principes de la politique classique débrouillent les motifs pour lesquels ce robuste et sage pays a mérité de vivre, de s'étendre et de prospérer.
L'ordre logique de cette Théorie de la France pourra être considéré plus tard. Je n'en ai fait que la chronique. Ce fut sur les feuillets du critique ou du chroniqueur que se répandirent au jour le jour nos réflexions antagonistes ou complémentaires d'idées en cours. La nature des choses, celle des circonstances imposaient alors une variété, mais aussi une discontinuité dont on se rendra compte par ce volume et par ceux dans lesquels il faudra peut-être accueillir des écrits de la même date, donnant des portraits de nos maîtres avec des échappées sur d'autres débats. Nous ne récitions pas un symbole, nous n'exposions pas une science. Tantôt nous poursuivions directement le dogme ennemi, tantôt le lecteur était convié à pénétrer le sens d'un
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événement et nous lui proposions de rechercher ensemble les idées d'un bon ou d'un mauvais livre ; par l'analyse du concret se trouvait ainsi mise à nu chaque vérité générale. Nulle méthode ne semblera plus pratique ni plus persuasive; mais je dois dire aussi que c'est celle qui me convient et me plaît le mieux. Rarement les idées m'apparaissent plus belles qu'en ce gracieux état naissant, à la minute où elles se dégagent des choses, quand leurs membres subtils écartent ou soulèvent un voile d'écorce ou d'écaillé et, dryade ou naïade, se laissent voir dans la vérité de leur mouvement. Alors, leur signification ne prête pas au doute; alors, nulle équivoque, nulle confusion n'est commise. La généralité n'est pas encore séparée des objets ou des faits qui l'engendrent et l'éclaircissent ; les clé ments qui l'ont créée lui prodiguent vie et lumière, commentaire et explication. Elle n'a pas perdu ce poids, cette vigueur et ces couleurs solides qui ne peuvent tromper sur la nature des rapports qu'elle soutient avec le monde d'oij elle sort.
Certes, un enchaînement logique de vérités bien définies, mises à leur place céleste, développe au regard un ordre harmonieux plus satisfaisant pour l'esprit, et le rêve de l'homme est sans conteste de pouvoir s'en composer un
jour l'exacte et entière synthèse. Mais cela veut du temps, et la vie est très courte. Notre faiblesse humaine souffre du feu supérieur, qui l'éblouit mais qui l'égaré. L'esprit est plus sensible à la douce lumière d'une raison demimêlée aux réalités naturelles qu'elle fait resplendir en les traversant.
Je désire que l'on retrouve quelquefois dans mon petit livre ce genre d'utiles clartés.
L'auteur ne pouvait s'astreindre à la réimpression littérale d'études dont les moins anciennes sonnent plus de dix ans.
Certaines allusions voulaient être éclaircies par la transcription intégrale de textes contemporains ; jadis très présents au lecteur, oubliés aujourd'hui, ils importent à l'atmosphère des idées et des faits.
On a veillé à l'exactitude du sens, sans se priver de corriger ni d'améliorer le langage.
Cependant, pour certaines pièces qui doivent faire foi, on s'est résigné à laisser le témoignage intact : le lecteur en sera explicitement averti pour que son indulgence soit acquise aux lacunes d'une vieille improvisation.