‹ Quand les grenouilles auront des queuesChapitre 13 sur 22 · L'AGE DES POULES · texte numérisé non relu

L'AGE DES POULES

Le professeur Cornevin, zoo technicien émérite, examinateur aux Ecoles vétérinairess, aimait à faire montre d'un savoureux humour. L'une de ses "colles" favorites était la suivante:

— A quoi, monsieur, reconnaît-on l'âge des gallinacés?

Le candidat, interloqué, songeait à la plaisanterie classique sur les dents des poules, souriait finement et restait coi.

Le distingué professeur répétait la question pour prolonger l'effet. Puis, il déclarait, péremptoire:

— Vous ne savez rien, monsieur; on reconnaît l'âge des gallinacés à la longueur de l'ergot!

Le savant zootechnicien s'était livré en effet, à de i)récises mensurations sur l'ergot des coqs, qui croît d'un quart de pouce environ chaque année.

Un jour, cependant, Cornevin ayant posé la traditionnelle question, resta frappé de stupeur. Un gros garçon réjoui, calme, honnête, répondit sans hésiter:

— Monsieur, on reconnaît l'âge des poules aux dents. . .

Le grand vétérinaire se levait indigné, prêt à

foudroyer l'insolent. Mais l'autre, doucement, poursuivit :

— On reconnaît l'âge des gallinacés aux dents. Si la poule est jeune, on la mange facilement; si le coq est âgé, il faut, pour mastiquer cette chair coriace, de solides molaires.

Cornevin dut s'avouer vaincu. Il avait trouvé son maître. Et, souriant, il accorda la note 17 — cote rare — au malin candidat.

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