LE TELEGRAPHE
Lorsque votre papa est obligé de partir en voyage, que fait-il dès son arrivée?. . . Il envoie à votre maman une dépêche, et celle-ci avec une figure joyeuse et tranquillisée vous dit: "Ton papa est arrivé à bon port, il est en bonne santé. . ."
Mais ne croyez pas qu'il en a toujours été ainsi. Si nos ancêtres revenaient, ils seraient bien étonnés en apprenant qu'en quelques instants, quelques heures au plus, Marseille communique avec Lille, Brest avec Belfort.
De leur temps, il fallait de longs jours avant qu'une lettre parcourût la France d'une extrémité à l'autre.
Et cependant l'idée du télégraphe est très, très ancienne.
Vous avez certainement entendu parler des Grecs. Eh bien! dans une de leurs plus vieilles légendes, on raconte que Thésée, partant à la conquête de la Toison d'Or, avait muni ses embarcations de voiles noires, mais en promettant à son père, le vieil Egée, de leur substituer à son retour des voiles blanches s'il revenait vainqueur. Ce serait le signal qui, à l'extrémité de l'horizon, parlerait au père du salut du fils.
L'époque du retour arrivée, le vieillard interro-
gea du regard les confins de la mer, mais Thésée, victorieux avait oublié de faire changer les voiles. Egée, croyant à la mort de son fils, se précipita dans les flots! Egée était païen.
Mais ce qui vous intéressera davantage, c'est d'apprendre que nos ancêtres, les Gaulois, eurent recours, pendant leur lutte contre César, à des combinaisons ingénieuses pour faire passer les nouvelles d'un pays à l'autre.
De distance en distance, des guerriers étaient postés de préférence sur les hauteurs, et à grands cris, faisant portevoix des deux mains, ou peut-être encore, renforçant le son par de monstrueuses cornes, ils se communiquaient l'événement de l'un à l'autre.
C'était là un système bien primitif, n'est-il pas vrai, et qui avait de graves inconvénients, car la nouvelle risquait d'être recueillie en route par des oreilles qu'il importait de ne pas mettre dans la confidence.
Aussi, un peu plus tard, les Gaulois adoptèrent les feux comme signal. Ces feux, suivant leur couleur, leur direction, leur nombre, répondaient à des signes convenus et ces points lumineux, c'était la télégraphie antique, permettant de transmettre la défaite ou la victoire
La télégraphie fit bien peu de progrès depuis les Gaulois jusqu'au moment où Chappe construisit son premier appareil.
A votre âge, ce grand savant avait déjà le génie de tout ce qui touche à la physique.
On raconte que, pendant ses vacances scolaires, lui et ses quatre frères se dispersaient dans la campagne, munis chacun d'une petite lunette d'approche et communiquaient entre eux avec un appareil télégraphique de l'invention de Claude.
Plus tard, devenu homme, Claude Chappe reprit
ses essais et, le 1er septembre 1794, la machine de Chappe, à peine installée, apprenait à la France une victoire remportée sur les Autrichiens.
Et cependant l'appareil était encore bien imparfait; c'était une longue bande de bois peinte partie en blanc, partie en noir et pouvant tourner sur un pivot. Deux ailettes plus courtes, placées à chaque extrémité, prenaient telle position que l'on voulait.
Des cordes, des tringles, des poulies, des leviers permettaient de donner à l'appareil la configuration conforme au signal qu'il s'agissait de transmettre.
Mais la machine de Chappe chômait forcément, étant invisible la nuit: de plus, le service était très coûteux à cause du nombreux personnel échelonné à de courtes distances.
Aussi ne l'employait-on que pour dépêches urgentes de l'Etat, sans jamais lui confier une correspondance particulière, si brève qu'elle fût.
Enfin, vers 1855, le télégraphe électrique a remplacé le télégraphe de Chappe.
Vous avez tous vu, dans la campagne, ces longs poteaux qui supportent des fils de fer isolés dans des godets de porcelaine. Ce sont ces fils qui, parcourus par des courants électriques, transmettent les signes télégraphiques.
L'appareil se compose d'un manipulateur, d'un fil conducteur et enfin d'un récepteur. Quand on approche les deux extrémités du fil dans le manipulateur, le courant passe et transmet les signes qui correspondent aux lettres de l'alphabet ou aux chiffres. Quand on écarte les fils, le courant cesse. Ainsi avec deux personnes et quelques mouvements de levier, on peut transmettre, en peu d'instants, une dépêche de Paris à Bordeaux, par exemple.
Retenez ici les noms de Morse, qui inventa l'appareil qui porte son nom, d'Arago, Ampère, Bréguet, Hughes, qui inventèrent des machines ou les perfectionnèrent.
Ce n'est pas tout: il fallait penser à ceux dont nous sommes séparés par l'océan. On a donc inventé un appareil de télégraphie sous-marine, qui s'appelle un câble, et qui transmet les dépêches à travers la mer. Ici, les fils sont protégés par une enveloppe caoutchoutée et goudronnée, et vont d'un rivage à l'autre. Le plus grand câble est le transpacitîque qui va d'Amérique en Australie.
La première dépêche envoyée de New- York fut celle-ci : " L'énergie et le génie de l'homme, conduits par la Providence, ont réuni les deux continents."
Enfin, la découverte la plus récente est la télégraphie sans fil. Peut-être en avez-vous entendu parler déjà, car, pendant toute la durée de la pénible campagne du Maroc, c'est grâce au " sans fil " que nos troupes de Casablanca ont pu rester en communication constante avec la mère patrie.
Dans le" sans fil ", c'est la terre ou la mer qui sert de conducteur.
Sur mer son utilité sera immense. Il prévient de nombreux accidents, et quand il en arrive c'est par son intermédiaire qu'on obtient du secours. Grâce au télégraphe sans fil, des milliers de vies humaines ont été sauvées jusqu'ici, il en sauvera encore beaucoup.
Pierre DAMEROT.
UN TRAIT EDIFIANT
J'avais prêché en faveur de nos missions dans une église de Lowell tenue par nos Pères. Après le sermon, je fus appelé au parloir. J'y trouvai un jeune homme tenant un petit enfant sur le bras et accompagné de sa femme. "Monseigneur," me ditil modestement, "je désirerais vous offrir quelque petite chose " pour vos missions " et vous demander
en retour une faveur." Et, ce disant, il me donne sa montre; sa femme, de son côté, me présente un billet de 5 piastres. Après quoi le jeune homme ajoute : " A l'époque de mon mariage, je me suis procuré des habits de noce; ils sont trop beaux pour moi. Voudriez-vous les accepter aussi? Et, sans attendre ma réponse, sa femme me remit un paquet contenant ces habits de fête qui rappelaient de si doux souvenirs. J'étais tout ému d'une telle générosité, et ne savais comment exprimer ma reconnaissance; mais, mon émotion devint plus grande, quand j'entendis le jeune homme ajouter ces paroles: "Maintenant, Monseigneur, la faveur que je vous demande, c'est que vous veuilliez bien prier le bon Dieu pour mon enfant, afin qu'il vive sans péché mortel." Et sa femme de se joindre à lui pour s'assurer le concours de mes prières afin d'obtenir cette seule grâce pour son fils.
La générosité de ces bons ouvriers (car j'ai tout lieu de croire qu'ils appartiennent à la classe ouvrière), est sans doute admirable; mais, combien plus admirable l'amour chrétien de leur enfant, et quelle manifestation merveilleuse du pur et saint amour de Dieu! Quels fruits délicieux la grâce produit dans ces cœurs dociles à ses inspirations! Sans doute, les anges ravis ont dû recueillir ces fruits avec allégresse et les déposer au pied du trône de Dieu, et leur suave parfum a réjoui le Sacré Cœur de Jésus et embaume toute la cour céleste Sans doute aussi, ils se sont promis de veiller avec une sollicitude sj^éciale sur le jeune enfant que ses parents élèvent dans de si saintes dispositions.
Pour moi, j'ai promis mes faibles prières, mais je demande aussi que tous ceux qui liront ce récit s'unissent à moi pour obtenir la réalisation du désir si excellent de ces bons chrétiens.
Mgr GROUARD, O.M.I.