LA VENGEANCE DU SAUVAGE
D'abord Flndien songea à s'élancer sur la ravissante Canadienne, afin de l'emporter dans son wigwam, mais la présence de quelques colons le força de renoncer à cet attentat.
Pendant plusieurs lunes, il rôda autour de la chaumière du pêcheur, comme le loup autour d'une bergerie. Nulle occasion ne se présenta pour accomplir son perfide dessein. Soit pressentiment, soit tout autre motif, la belle Cora ne sortait point sans être accompagnée de son père ou de son fiancé, Paul, le hardi défricheur.
Tel qu'un venin mortel, le poison de la jalousie s'instillait goutte à goutte dans le cœur d'Adaldake, le jeune chef iroquois. Plus que la brûlante passion peut-être, dominait en son sein le désir effréné de la vengeance.
Le sommeil avait fui ses paupières, un feu corrosif lui dévorait les entrailles; la nuit il formait des projets homicides, le jour il tentait de les exécuter, et ses forces s'épuisaient dans cette implacable poursuite et les rochers d'alentour redisaient ses gémissements et ses malédictions.
L'heure si désirée par les deux amants allait bientôt tinter sur le cadran de l'hyménée. L'anniversaire de la Saint-Laurent avait été fixé pour leur union.
La veille au soir de ce jour tant souhaité, Paul proposa à sa douce amie, une promenade en canot sur le délicieux lac encaissé dans le giron des collines qui forment le groupe de la montagne de Belœil. La belle Cora ne pensa point à refuser, hélas! Ils partirent. . .
La soirée était mélodieuse et parfumée. De célestes concerts étaient vocalisés dans les bouquets
de mélèzes et de merisiers par d'invisibles hôtes; léger comme la brise glissait l'esquif fendant l'onde azurée; Paul et Cora s'oubliaient dans l'idéalisme de la béatitude. . .
Soudain d'un buisson d'aubépine s'élance sous les eaux, un corps noir. . . Il nage, nage, sans bruit, pareil au démon des enfers, s'approche de la barque, saute dedans, et brandissant un casse-tête, en menace Paul, le hardi défricheur.
Palpitante, éperdue, Cora s'est jetée entre le monstre et son fiancé. . . La massue s'abat, la pauvre fleur du Richelieu s'affaisse baignée dans son sang. . . Une lutte s'engage entre Paul et Adaldake (car c'était lui) ; le canot bascule et tous trois tombent au milieu du lac. . .
Les vagues tourbillonnèrent... tourbillonnèrent... Les malheureux disparurent dans le gouffre sans fond
Without a grave, unknelVd, iincoffin'd. . .
Et le ciel s'était plombé de gros nuages cuivrés à l'horizon, le souffle des autans déracinait les chênes au sommet du piton de Belœil, de fulgurants éclairs déchiraient la masse orageuse amoncelée sur les campagnes, dans l'immensité la foudre faisait entendre sa voix sépulcrale, et la Mort, pâle, livide, élancée de son ténébreux palais, planait autour du Richelieu . . .
Dieu se cache sous le pauvre, et quand le pauvre tend la main, c'est Dieu qui reçoit.
S. Ambroise.
La bienveillance donne plus d'amis que la richesse. Fenelon,