‹ Quand les grenouilles auront des queues [microforme]Chapitre 13 sur 28 · LA FIÈVRE DE L'‘OR · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE DE L'‘OR

Un tourbillon Passa sur le monde, une trombe se forma, enlevant de tous les pays, de tous les climats, de toutes les religions, de toutes les

Une fois débarqué on n'avait Pas la peine de demander sa route. Le demandée, on se serait fait moquer. k

L'or n’a-t-il pas des émanations qu'aspire le Cœur humain, qui font qu'il le presse et qu’il se dirige invinciblement vers lui. Le chien flaire le gibier, l’homme flaire l’or.

Il fallait faire queue pour se rendre aux placers.

Léon Giroux se mit à la file, nos autres compatriotes firent de même.

La Californie était en mal d'enfant. ,

Cette belle contrée gisait là, saignante, éventrée. Plus de cinquante mille hommes arrachaient de ses flancs, l’or, ce funeste enfant, produit du commerc :

erre avec un démon. k

vÿ ps plus de religion, plus de mœurs, plus de loi,

ne

La religion? qu’en avait-on besoin? l'or n'est-il pas un dieu?

les mœurs? Une bonne carabine, un revolver, bowie-knije, ne pouvaient-ils d'emblée en tenir lieu ?

La loi? celle de “Lynch” ne vaut-elle pas les Pandectes? La forêt entière sert comme de bibliothèque, les grands arbres en sont les rayons.

Attaché à une branche élevée, un cadavre tournoic sous l’action du vent.

Ce cadavre porte une affiche, “ voleur ”, “assassin ”, suivant le cas.

Et si vous ne pouvez LR ces lettres, ou si vous ne savez lire, eh bien! lisez le cadavre, il doit en dire assez. Q

Lynci rester : : mme le législateur le plus à la portée du vulgaire qui fût jamais.

Nos compatéiotes n’eurent pas tous !: courage d'entreprendre une pareille existence. Plusieurs retournèrent sur leurs pas, avant même d’avoir sondé le sol d’un coup de pic;—un bon nombre qui avaient probablement plus de ventre au cœur, y restèrent deux ou trois ans.

Toutefois, après ce laps de temps, ils quittèrent les mines, plus accablés de rhumatismes que du poids de leur or; heureux à leur retour au pays natal de pouvoir reprendre leur ancien état.

C’est le petit nombre qui y fit un long séjour.

Léon Giroux fut de ce petit nombre; il était jeune; à vingt ans les impressions sont fortes, mais elles s’effacent vite dans le cœur de l’homme; il se plia à ce nouveau genre de vie, il bécha, creusa la terre, tourna son plat, trouva l'or, jusqu’à vingt, trente piastres par Jour; il eût la fièvre comme tous les autres.

Avoir la fièvre, au sens du mineur, c’est s’attacher à sa bêche ou à son pic jusqu’à la fortune ou jusqu’à la mort. De cette fièvre, on ne se guérit de

fait que par la fortur: ou p:r la mort; ils sont rures ceux qui en réchappent autrement. Le seul autre moyen qui reste, c’est la fuite.

Or, pour fuir une mine d’or, il faut avoir un courage Surhumain. Pour y entrer, il faut être un hom-

me, mais il suffit d’être un homme; pour en sortir il faut être un héros.

tr Oui, sans doute, la raison devrait faire entendre à l'infortuné qui s’est épuisé à la recherche de l'or,

qu'il est temps de s'éloigner; mais malheureusement la raison n'existe pas dans les mines.

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