‹ Quand les grenouilles auront des queues [microforme]Chapitre 6 sur 28 · DÉCISION DE DÉPART · texte numérisé non relu

DÉCISION DE DÉPART

De la chambre voisine, Léon avait tout entendu. Ce qu'avait dit M. Giroux, tout en lhumiliant, lui avait donné le Courage et la force de parler.

Aussi, dès le lendemain, abor ant le brave homme, d’un air soumis et attristé, il lui fit part de Son project trop réel d'aller en Californie.

-—Tu ne m’apprends rien, répondit le père, je le Savais depuis longtemps; mais as-tu songé à la peine que tu vas causer à ta mère?

—Oh! je reviendrai! Deux ou trois ans, ce n’est Pas si long après tout.

ET

—À ton âge, oui, ce n’est pas long, mais à notre âge, à nous, c’est bien différent, va! Et puis, qu'est-ce que tu vas aller faire là?

—Travailler, à creuser la terre, chercher de l'or —faire comme les autres, enfin, et revenir riche.

—Travailler, creuser, c’est bon à dire; mais toi qui ne peux même pas faire une rigole, comment

ourras-tu percer des puits, fendre des pierres, faire e lavage et tout le tracas du métier. Tiens, mon garçon, je consens à ce que tu partes, mais je ne compte pas que tu fasses jamais fortune, pas plus là-bas qu'ici.

—Et pourquoi pas, s’il vous plaît?

—Mon cher garçon, je te connais et je t’ai jugé depuis longtemps. Souviens-toi de ce que je te dis-là :

“ Tu ne feras d'argent, toi, que quand les grenouilles auront des queues.”

Le père Giroux paraissait animé en disant cela.

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