‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 15 sur 74 · DE PH.-J. ROUX. XVII · texte numérisé non relu

DE PH.-J. ROUX. XVII

élreindre les artères avec des ligatures cylindriques, longtemps encore il préféra se servir de fils plats formant une sorte de ruban ; longtemps encore il appliqua aussi des ligatures d'attente, et se servit, comme Scarpa, d'un petit rouleau de diachylon interposé entre la ligature et l'artère.

Dans les voyages, nous examinons quelquefois les choses avec prévention ; d'autres fois aussi nous nous laissons trop facilement séduire, et ce fut peut-être pour avoir vu deux fois A. Cooper employer le gorgeret d'Hawkius que M. Roux se laissa aller à suivre pendant longtemps cette méthode plus brillante que sûre. Dans ses dernières années, il en reconnut les inconvénients, et revint à la taille latéralisée et à l'emploi du lithotome caché de frère Côme.

J'abuserais de votre attention si j'entrais dans de plus longs détails sur tout ce que renferme ce livre intéressant. Vous le savez tous, c'est là aussi que l'on trouve, avec la description du cancer des ramoneurs, tout ce qui se rattache au fongushématode, à la classification des anévrysmes, aux perfectionnements de la méthode d'Anel, et enfin les procédés d'Adams pour la pupille artificielle et l'ectropion.

La relation du voyage de M. Roux nous fit profiter des découvertes de la chirurgie anglaise; mais ce qu'Une faut pas oublier, c'est qu'à son tour il fit connaître en Angleterre les progrès réalisés par les chirurgiens français, et qu'il rectifia bien des opinions erronées sur leur pratique.

On croyait généralement, de l'autre côté du détroit, que nous abusions du feu et des moxas dans le traitement des affections articulaires; M. Roux combattit cette idée, et prouva en même II. b

mi\l ^lE ET TRAVAUX

temps tout ce que cette méthode, bien employée, avait d'avantageux. On connaissait à peine le procédé de Chopart pour la désarticulation du pied; il le démontra, et indiqua quelles étaient les vègles les plus certaines pour bien pénétrer dans l'articulation, en se guidant sur la saillie de l'apophyse du scaphoide. La hgature des polypes, d'après la méthode de Desault, n'avait pas encore été employée en Angleterre ; Brodie, pour la première fois, la tenta d'après ses conseils.

Si donc il avait largement emprunté aux Anglais, il leur avait rendu avec la même profusion, et, ce qui était tout aussi important, il avait rectifié leur jugement sur notre pratique.

Après de tels débuts, on pouvait déjà lui prédire un brillant avenir, et, en effet, nous touchons à l'époque où la staphyloraphie vint ajouter un nouveau lustre à sa réputation chirurgicale. Nous sommes en 1819. Pour la première fois, il tente de réunir le voile du palais divisé, et sa première tentative est un succès.

11 est des travaux qu'on ne doit pas analyser, et le mémoire çla^s lequel M. Roux rendit compte un peu plus tard à l'Académie de médecine de ses douze opérations est peut-être de ce nombre. Essayez d'écrire l'histoire de la staphyloraphie, il faudra toujours que vous en veniez à reproduire à peu près textuellement l'histoire de l'entrevue de M. Roux avec le docteur Stephenson ; car il est difficile de mieux la conter. Toute la découverte de cette ingénieuse opération est dans cette anecdote. Qui de vous ne se rappelle la visite de ce jeune médecin étranger venant prendre congé de son professeur ? Dans la conversation, M. Roux, s'apercevant de la difficulté de sa prononciation, croit à quelque peccadille de jeunesse; il questionne son j^une con-

Page 1