XX VIE ET TRAVAUX
Il y a, dans les sciences, des questions qui, faute d'être envisagées sous leur véritable point de vue, donnent lieu à des luttes interminables, sans pour cela faire le moindre progrès ; telles sont les discussions de priorité, questions presque toujours stériles, trop souvent personnelles , et dans lesquelles l'amour-propre est bien plus en jeu que l'amour de la science.
On a contesté à M. Roux l'invention de la staphyloraphie, et l'on a dit que dès 1817, Graefe (de Berlin) l'avait tentée sans succès. Rien n'est plus vrai; mais ce qui est également vrai, c'est que M. Roux ignorait complètement cette tentative, et qu'il n'en eut connaissance qu'après sa lecture à l'Académie de médecine. Du reste, si c'est une contestation que l'on veut établir, je répondrai que Morinier et Jourdain avaient aussi fait des tentatives bien longtemps avant Grœfe, et dès lors l'honneur de la staphyloraphie n'appartiendrait plus au professeur de Berlin.
En résumé, que prouverait tout ceci ? C'est qu'à diverses époques, des hommes d'un grand talent ont eu une même pensée, un [même but, et qu'ils ont suivi presque la même voie; mais cela n'est pas suffisant dans les sciences pour acquérir un titre durable à la renommée; une fois l'idée conçue, il faut la développer, la féconder : voilà ce que M. Roux a fait; aussi a-t-il toujours été, malgré quelques tentatives antérieures, considéré comme le véritable créateur de la staphyloraphie, et son nom restera seul attaché d'une manière impérissable à cette brillante conquête de la chirurgie moderne.
L'art qui prolonge nos jours est sans doute un bienfait ; mais il est des infirmités tellement pénibles, que la vie devient un supplice, et que celui qui les fait disparaître acquiert peut-
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être plus de droits à notre reconnaissance que s'il nous eut préservés de la mort. C'est là le vrai triomphe de la chirurgie réparatrice, de cette chirurgie qui a fait tant de progrès dans ces dernières années. 11 était réservé à M. Roux, dont le nom était déjà attaché à la staphyloraphie, de conquérir une nouvelle gloire en faisant revivre en France la suture du périnée.
Imaginée et faite pour la première fois avec succès par Guillemeau, reprise par Mauriceau, Lamotte et Smellie, elle faisait toujours le désespoir des chirurgiens, et bien que trois nouveaux succès eussent couronné les efforts de Noël (de Reims), de Saucerotte (de Lunéville), et deMontain(de Lyon), elle était retombée dans l'oubli. En vain, en Allemagne, les travaux de Mursinna, deMentzell, d'O^iander et de Dietfenbach se continuaient presque sans interruption ; les succès passaient comme inaperçus, sans éveiller l'attention des chirurgiens français. Les choses en étaient là, lorsqu'en 1831, M. Roux, consulté parla femme d'un confrère, reprit la question, et, sans se laisser décourager par un premier insuccès, réfléchissant aux causes qui avaient fait échouer l'opération, modifia entièrement l'ancien procédé.
Tantôt les découvertes tiennent à une sorte de hasard, à une bonne fortune, et quelques instants suffisent à l'homme de génie pour accomplir un progrès important : c'était ce qui était anivé à M. Roux pour la staphyloraphie. Cette fois il fut guidé par la réflexion, la réflexion à la marche lente, qui médite sur tout, sur les revers comme sur les succès.
Supposez un instant qu'il eût été heureux dans sa première tentative de suture du périnée par l'ancien procédé, il s'en