DE PH.-J. ROUX. XXVII
quée peut rendre dans mainte circonstance, il y recourut plusieurs fois ; il l'employa même dans le strabisme.
J'aurais peut-être évité de vous entretenir de ses opinions sur ce sujet, si lui-même n'y était revenu à plusieurs reprises, et notamment en iSZiO, lors de la communication de M. J. Guérin à l'Institut.
Nous avons tous notre faible, et M. Roux, qui avait bien d'autres titres à une juste célébrité que celui d'avoir guéri quelques personnes du strabisme par le seul effet d'une ferme volonté ou d'un exercice régulier , n'eut garde de laisser échapper l'occasion de revenir sur la communication qu'il avait faite en 1815. Mais il faut dire que , malgré tout ce que son opinion pouvait avoir de juste sur les causes et les effets du strabisme, l'exemple qu'il choisissait n'était malheureusement pas fait pour porter la conviction dans l'esprit des assistants : il suffisait, en effet, de le regarder un instant pour voir que malgré toute sa bonne volonté et tous ses efforts, l'un de ses yeux était habituellement dévié de l'axe naturel.
En rassemblant ses divers mémoires, son travail sur les plaies par armes à feu, les articles si importants du Dictionnaire en trente volumes et les rapports qu'il fit tant à l'Institut qu'à l'Académie de médecine, M. Roux ne pouvait pas se reprocher de n'avoir rien écrit. Cependant malgré ces preuves nombreuses de son activité , il ne se croyait pas encore quitte envers la science.
«Dans une carrière, di.sait-il , où l'observation est une » source inépuisable de nouvelles lumières et ajoute sans cesse » à la somme des connaissances acquises, chacun est comptable
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)> des fruits de son expérience envers ceux qui lui succèdent , )j c'est une sorte d'héritage dont il doit compte à la postérité » et que celle-ci a le droit de réclamer. »
Ce fut dans cette pensée qu'il entreprit de publier, sous le titre de Quarante années de pratique chirurgicale^ tous les matériaux qu'il avait pu recueillir pendant sa longue carrière. Pour cet ouvrage, qui eût été en quelque sorte le legs de son expérience à la postérité, il avait choisi la forme épistolaire comme celle qui lui permettait le mieux de suivre son inspiration et de s'abandonner à l'impulsion de son esprit sans être retenu par aucune contrainte.
Une autre pensée lui avait inspiré le choix de cette forme : il voulait que ses lettres fussent comme autant de monuments élevés à l'amitié ; elles devaient porter les noms des savants illustres qu'il affectionnait, de Lawrence, de Valenlin Mott, de Riberi, de Chélius.
M. Roux commença cet ouvrage par la chirurgie réparatrice ; c'était un de ses sujets favoris et un de ceux qui avaient le plus contribué à sa réputation.
Il dédia le premier volume à l'illustre chirurgien de l'hôpital Saint-Barthélémy de Londres, àW. Lawrence. La préface qu'il mit en tête est peut-être le portrait le plus fidèle que jamais auteur ait tracé de lui-même. Qui ne reconnaît son caractère dans ces hgnes : « Je n'ai suivi d'autre règle que celle qui » m'était dictée par ma convenance, par la direction de mes » pensées ou par l'impulsion que mon esprit a dû recevoir des » circonstances ? » N'est-ce pas là l'homme tel que nous l'avons connu, dont l'imagination féconde et la mémoire riche de faits