‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 38 sur 74 · LETTRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LETTRE DEUXIEME

TRAITEMENT CHIRURGICAL DE l'aNÉVRYSME.

Métbode de Brasdor et méthode ancienne.

Vous le savez, mon clierChélius, tandis qu'Abernethy, Astley Cooper, d'abord, et après eux d'autres chirurgiens, concouraient à faire prévaloir l'opération par la méthode de Hunter sur l'opération par Fouverture du sac , et qu'ils lui donnaient une extension à la fois si hardie et si heureuse, Wardrop faisait revivre la méthode de Brasdor. Il la fit sienne, si l'on peut ainsi dire, en la relevant du long discrédit dans lequel elle était tombée, en montrant qu'on peut en espérer quelque succès dans certains anévrysmes en apparence les plus incurables. Mais cette méthode est bien d'origine française ; c'est à bon droit qu'elle a reçu le nom sous lequel on la connaît. En effet, c'est notre Brasdor qui en a eu la première pensée; c'est lui qui, le premier, s'est demandé si une hgature étant appliquée sur un tronc artériel au-dessous d'une tumeur anévrysmale, c'est-à-dire à l'opposite du cœur, il ne pourrait pas arriver que le surcroît d'impulsion latérale du sang contre les parois du kyste ne fût que momentané, et que par le fait même de l'arrêt de la circulation , il y eût coagulation du sang, puis condensation progressive des caillots, et défmihvement oblitération de l'artère malade.

LETTRE II, MÉTHODE DE BRASDOR. S/j.

Quant aux résultats qu'on peut en attendre, je ne sais sur cette méthode , à la fois si spécieuse et si inquiétante dans l'application , que ce que la science doit à d'autres chirurgiens. Aucune occasion ne m'a été offerte de l'expérimenter, ni seulement même d'observer un seul cas auquel elle fût rigoureusement applicable. J'étais même trop jeune et trop novice dans mes études médicales pour avoir pu assister à l'opération qui fut tentée par Deschamps, le 14 vendémiaire an YII.

Je regrette beaucoup cette sorte de lacune dans ma vie chirurgicale, pour ce qui a rapport aux anévrysmes. J'aurais aimé à apprécier par ma propre expérience les probabilités de succès et le degré d'efficacité de cette méthode de Brasdor. Ce qui n'est pas moins remarquable, ainsi que je crois vous l'avoir dit , et ce qui me surprend toujours , c'est que sur le nombre si considérable d'anévrysmes externes qui ont passé sous mes yeux, anévrysmes que j'ai opérés presque tous par la méthode de Hunter, il ne m'ait été donné de lier ni la carohde primitive, ni l'artère sous-clavière , ni l'artère iliaque externes pour des anévrysmes proprement dits : et vous le dirai -je d'avance ? je n'ai eu qu'une seule fois l'occasion d'appliquer la méthode de Hunter à l'artère axillaire , en liant cette artère immédiatement au-dessous de la clavicule pour un anévrysme qui en occupait la partie inférieure. C'est pour tenter de porter remède à des hémorrhagies que deux fois, et deux fois seulement, j'ai fait la hgature de l'artère iliaque externe immédiatement au-dessus du ligament de Fallope. Cinq fois encore j'ai fait la ligature de l'artère carotide primitive ; c'était bien par une sorte d'application

il MALADIES DES ARTÈRES.

de la méthode de Hunter, mais dans l'un des cas seulement la méthode était appliquée à une maladie ayant des rapports éloignés avec Fanévrysme spontané : c'était pour une tumeur fongueuse sanguine artérielle qui, développée primitivement dans l'intérieur de l'orbite, avait envahi les paupières et s'étendait sur la région frontale. Dans l'un des trois autres cas , j'y avais eu recours comme moyen de rendre plus facile et plus sûre une extirpation complète de la glande parotide ; et dans les trois derniers, pour mettre fm à des hémorrhagies traumatiques provenant de la lésion de l'une des branches de l'artère carotide externe. Une fois c'était l'artère linguale ouverte dans une plaie d'arme à feu de l'intérieur de la bouche, qui était la source d'une hémorrhagie plusieurs fois répétée après la séparation deseschares; le fait se passait en 1830. Depuis ce temps on a poussé plus loin qu'on ne l'avait fait jusqu'alors l'art de découvrir, pour en pratiquer la ligature, certaines branches artérielles peu considérables, que leur situation rend difficilement accessibles ; et maintenant je n'hésiterais pas en pareille occurrence à lier l'artère Hnguale elle-même près de son origine , là où elle longe la grande corne de l'os hyoïde : c'est ce qu'a proposé de faire M. Mirault (d'Angers), et ce qu'après lui j'ai déjà fait plusieurs fois préalablement à l'amputation de toute la langue ou seulement même d'une portion un peu considérable de cet organe. Du reste, c'est généralement une chose assez facile que cette ligature de l'artère linguale à son passage derrière le muscle hyoglosse sur la grande corne de l'os hyoïde. Ailleurs j'exposerai plus en détail tous ces faits que je viens d'indiquer incidemment.

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