‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 50 sur 74 · LETTRE VI. AVERTISSEMENT DE LA COMMISSION · texte numérisé non relu

LETTRE VI. AVERTISSEMENT DE LA COMMISSION

des artères fémorales. Cette tumeur s'accrut, devint très douloureuse; le malade consulta un médecin, qui lui dit qu'il avait un anévrysme. Cependant Boyer ne constata aucun des signes des tumeurs anévrysmales ; il crut qu'il s'agissait simplement d'un abcès froid, et, six jours après, le 13 octobre 1811, il plongea un bistouri dans la tumeur : un jet de sang artériel s'élança aussitôt. On comprima l'artère au pli de l'aine, et Boyer procéda , séance tenante , à l'opération par la méthode ancienne. Il agrandit la plaie, et lia ou crut lier les deux bouts de l'artère; deux heures après, l'hémorrhagie se reproduisit. On rouvrit la plaie, on plaça de nouvelles ligatures; le sang ne reparut plus , mais le malade mourut dans la nuit. L'autopsie fut pratiquée le 15 octobre, et, indépendamment de l'anévrysme fémoral qui avait été si malheureusement ouvert, on trouva sur l'aorte une dilatation considérable (registre in-fol. de 1811, tenu par Prosper Claret, n° ^79).

Il est bien naturel que M. Roux ait gardé le silence, par considération pour la mémoire de son beau-père, sur ce fait malheureux qui s'était passé en sa présence et qu'il ne pouvait avoir oublié ; mais tout en s'abstenant d'en publier les détails, il pouvait fort bien le faire figurer sur le relevé général des anévrysmes spontanés qu'il avait observés. Ce cas, joint aux 2 observations d'anévrysmes spontanés de la sous-clavière et de la carotide externe dont nous venons de parler, et ajouté aux 30 autres anévrysmes spontanés dont il est question dans les lettres précédentes, complète le total de 33 cas d'anévrysmes spontanés observés par M. Roux.

D'un autre côté, le chiffre des anévrysmes opérés méthodiquement par M. Roux, ou en sa présence par Boyer, s'élève également à 33. Il y a d'abord les 23 cas d'opérations pratiquées pour des anévrysmes spontanés ^ puis 10 cas qui figurent dans la lettre suivante, et qui sont relatifs à des anévrysmes /<Q!W^ consécutifs traités par l'opération.

Quoi qu'il en soit, ce chiffre de 33, obtenu de l'une ou l'autre manière dans des relevés provisoires, est resté dans la jr. 14

mémoire de M. Roux, qui a fini par croire et par dire qu'il possédait 33 faits d'anévrysmes spontanés et traités par V opération. Cette domiée inexacte l'a conduit à des conclusions inexactes aussi. Les cas d'anévrysmes poplités, beaucoup plus communs que les autres, n'étaient pas tous restés gravés isolément dans sa mémoire. Il se souvenait surtout de ceux qui avaient présenté quelque particularité insolite, ou qui avaient donné lieu à des accidents fâcheux. Quant aux anévrysmes beaucoup plus rares des autres artères chirurgicales, il n'en avait oublié aucun. Ces derniers étaient au nombre de six. (Voyez les n" 2, 3, 14, 18 et 26 du tableau. Le sixième ne figure pas sur le tableau : c'est le cas du nommé Antoine Brûlé, atteint d'anévrysme fémoral, et traité sans succès par la méthode ancienne, après que Boyer eut ouvert cet anévrysme, qu'il avait pris pour un abcès. Voyez p. 208.)

Sur 33 anévrysmes spontanés traités par l'opération, 6 seulement existaient ailleurs que dans le jarret. M. Roux en conclut que les 27 autres occupaient l'artère poplitée, et c'est ainsi qu'il fut conduit à croire qu'il avait 27 observations d'anévrysmes pop/eYes , traités par l'opération, quoique en réalité il n'en eût que dix-neuf (n°* 1, 11, 12, 13, 15, 16, 17, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 27, 28, 29, 30, 31).

Cela posé, et partant de cette idée qu'il possédait 27 cas d'opérations pratiquées pour des anévrysmes poplités, M. Roux voulut apprécier la valeur du procédé de hgature qij'il avait constamment mis en usage (procédé de Scarpa), et comparant le chiffre des morts à celui des guérisons, il arriva à cette conclusion que le procédé de Scarpa était supérieur à tous les autres.

Il commença par faire abstraction du malade n° 1, traité par la méthode ancienne. Les 26 autres avaient été traités par la ligature. Consultant ses notes et rassemblant ses souvenirs, M. Roux trouva, et très exactement cette fois, que huit malades avaient succombé (n°' 23, 24, 25, 27, 28, 29, 30, 31). Huit cas de mort sur 26 opérations, c'était moins du tiers,

Page 1