LETTRE VI. CONCLUSIONS SUR LES AINÉVRYSMES
s'agissait de tel anévrysme ou de tel aiUre ; toutes par le procédé de Searpa, quant à la manière d'agir sur l'artère, c'est-à-dire en embrassant celle-ci dans deux ligatures un peu larges et aplaties , qui devaient être nouées sur un corps cylindrique. Toutes encore, toutes celles du moins qui ont été faites pour des anévrysmes poplités, et qui forment plus des trois quarts du nombre total, en suivant encore cette règle donnée par Searpa, de mettre l'artère crurale à découvert, non à sa partie inférieure, comme le faisait Hunter, mais au bas de l'espace inguinal.
8° Ne semble-t-il pas que les ligatures appliquées sur des artères de même calibre à peu près, devraient s'en séparer après le même laps de temps ? Je le sais, il y a d^s nuances dans l'organisation, dans la vitalité des vaisseaux ; mais il n'y a aucun rapport saisissable entre ces particularités anatomiques et le temps pendant lequel les ligatures restent en place. L'acte ou le fait de leur séparation, quant à l'époque, s'accomplit très diversement sous ce rapport, et cela, quelle que doive être l'issue de l'opération, alors même aussi qu'il ne doit être ni précédé ni suivi d'hémorrhagie. Généralement, néanmoins, cette séparation des ligatures a lieu du dix-huitième au vingtième jour. Je l'ai vue une fois se faire le quinzième, sans malheur aucun, et une autre fois être retardée jusqu'au trentième.
9° Quoique dans le plus grand nombre des cas la nature seconde les intentions de l'art, et que le plus fréquemment on atteigne le but qu'on s'était proposé, on peut dire cependant que toute hgature d'une grosse artère est féconde en dangers, que du moins elle peut être l'occasion d'accidents graves et compromettants pour la vie. On conçoit
22i MALADIES DES ARTÈRES.
que dans le doute surtout où l'on a été si longtemps sur refficacité des ressources et sur la puissance de la nature pour le rétablissement de la circulation interrompue dans une partie un peu étendue du corps par la ligature de l'artère principale qui l'alimente, on conçoit, dis-je, que la chirurgie se soit montrée timide ; on conçoit comment c'est par degrés, à pas lents, et avec la plus grande circonspection qu'on en est venu, surtout pour les affections du système artériel qui ne menacent pas la vie d'une manière imminente, à faire ce que nous faisons maintenant avec hardiesse et confiance. Permettez-moi donc, mon cher Chélius, d'insister pendant quelques instants sur les causes qui peuvent faire échouer la ligature, ou en aggraver les suites.
Il y trois écueils à redouter, trois sortes d'accidents possibles après les opérations du genre dont il s'agit :
1° La nature peut élre impuissante à suppléer par une circulation nouvelle à la fonction que remplissait fartère principale qui a été liée : alors la vie s'éteint là où cesse l'abord du sang, et une partie plus ou moins étendue est frappée de sphacèle. C'est dans les membres seulement que cela peut avoir lieu : on n'a jamais vu cette gangrène dans une partie de la tête à la suite de la ligature de l'une des artères carotides primitives (1). Heureux les cas dans lesquels le sphacèle se limite assez et assez tôt dans un membre, pour que l'on puisse encore tenter de
(1) On a cité des cas da gangrène du cerveau consécutive à la ligature de la carotide primitive; mais je ne pense pas que cet accident soit une gangrène : c'est plutôt une forme particulière de ramollissement cérébral. Au reste, les cas de ce genre sont très rares.