‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 57 sur 74 · LETTRE VII. ÂNÉVRYSMES FAUX CONSÉCUTIFS · texte numérisé non relu

LETTRE VII. ÂNÉVRYSMES FAUX CONSÉCUTIFS

de ces hémorrhagies artérielles traiimatiqiies ; mais souvent aussi le malade survit, et alors il est exposé à être atteint ultérieurement d'un anévrysme faux consécutif.

Pour que cette affection se développe, il faut que î'hémorrhagie soit d'abord arrêtée, ce qui a lieu quelquefois tout naturellement, sans aucune intervention de l'art; mais le plus ordinairement le sang ne s'arrête qu'à la faveur d'une compression plus ou moins forte et plus ou moins prolongée sur le vaisseau ouvert. Un caillot s'est formé dans la plaie de l'artère, et la bouche plus ou moins hermétiquement; ou bien, dans quelques cas très rares, il y a un commencement de cicatrisation des tuniques artérielles, sans oblitération de l'artère elle-même. Mais plus tôt ou plus tard, tantôt après quelques jours seulement, tantôt après quelques semaines ou quelques mois, voire même après quelques années, la cicatrice de l'artère s'entr'ouvre et se déchire, ou, ce qui est plus ordinaire, le caillot obturateur est expulsé de l'ouverture dans laquelle il était engagé, et cela presque toujours lentement. Le sang commence à sourdre en petite quantité de l'artère qui avait été blessée; puis il s'échappe en quantité plus considérable, et se creuse dans les parties circonvoisines une poche, une cavité plus ou moins régulière. Cette poche prend un développement plus ou moins rapide, et tend à croître à peu près comme l'anévrysme spontané parvenu à sa seconde période, il y a alors cet état pathologique qu'on est convenu d'appeler anévrysme faux consécutif, sacciforme ou circonscrit, et je place ce que j'ai à en dire, et celles de mes observations particulières qui y ont trait, immédiatement après ce qui con-

cerne l'anévrysme spontané, parce qu^ le plus grand rapport existe entre ces deux maladies. Au point de vue thérapeutique surtout, a'est presque absolument une seule et même affection; elles ne diffèrent d'une manière un peu remarquable que relativement à leur origine, ou à la manière dont elles se forment et se constituent.

Un anévrysme faux consécutif devant se former, il importe assez peu que le sang commence à s'épancher sous la tunique externe de l'artère qui a été blessée, comme cela est possri3le à la rigueur, et que la tumeur progresse à la manière d'un anévrysme disséquant, — ou bien qu'il s'extravase dans le tissu cellulaire ambiant, ou même dans le tissu de quelque organe voisin, co-mme dans l'épaisseur de certains muscles. Toutes ces variétés, dans l'origine ou le mode de développement primitif de l'anévrysme faux consécutif, ne moditient en rien le caractère essentiel de la maladie : elles font seulement que la tumeur soit plus ou moins bien circonscrite, et que son développement soit plus ou moins rapide : sous ces deux rapports, l'anévrysme faux consécutif peut présenter, dans sa manière d'être, des nuances, des variétés subordonnées à la grandeur de l'ouverture dont l'artère a été le siège, peut-être encore au genre de la lésion primitive.

L'anévrysme faux consécutif devrait pouvoir se montrer, à ce qu'il semble, dans toutes les parties du système artériel indistinctement, puisqu'il n'est aucune artère qui ne soit accessible à l'injure des corps extérieurs , et qui ne puisse être ouverte par quelque instrument vulnérant. Cependant on ne le voit guère , ou du moins que fort rarement, soit dans les artères très grosses, soit dans les

LETTRE \II. A>ÉVRYSMES FAUX GO?ySÉ(X TIFS. S/Jo

très petites : c'est que, dans les premières, toute plaie est presque infailliblement mortelle si le vaisseau n'est pas lié ou s'il ne peut pas l'être; et que, dans les artères qui sont au-dessous des moyennes pour le calibre , il y a généralement prompte et facile oblitération pour peu que les secours de l'art interviennent d'une manière méthodique, alors même qu'il n'y a point application de ligatures. Aussi a-t-on recueilli très peu d'exemples d'anévrysmes^ faux consécutifs, soit sur les artères de premier ordre, comme l'artère carotide primitive, la sous-clavière, et même l'axillaire, soit sur les artères de petit calibre, telles que la temporale et les artères du cuir chevelu, celles de la main et du pied, et même celles de l'avant-bras et de la jambe à leur partie inférieure. Cela était vrai même à l'époque où l'état de la chirurgie rendait l'anévrysme faux consécutif beaucoup plus fréquent qu'il ne l'est de nos jours.

Cette dernière remarque me conduit à dire pourquoi, en effet, les cas de ce genre, c'est-à-dire les anévrysmes faux consécutifs, sont plus rares maintenant qu'ils ne l'étaient autrefois, surtout ceux de certaines artères, et pourquoi aussi l'on ne voit plus guère que ceux du pli du bras, qui ont presque toujours pour cause éloignée une saignée malheureuse. Pour mon compte, ce sont presque les seuls que j'aie eu à observer et à traiter : je n'en ai vu qu'un seul ailleurs, encore était-ce à l'avant-bras, où la partie supérieure de l'artère cubitale avait été ouverte par une pointe de ciseaux. Ce cas, pour lequel j'ai pratiqué la ligature de l'artère brachiale, s'est présentée moi en 1851 : bien'ôt j'en exposerai les détails.

Si de nos jours l'anévrysme faux consécutif se montre si rarement ailleurs qu'au pli du ÎDras, ce a' est certes pas que les blessures d'artères soient moins fréquentes et moins variées dans leur manière d'être qu'elles ne l'ont été dans tous les temps; les mêmes prédispositions à toutes les conséquences possibles d'une plaie artérielle existent comme par le passée et la nature n'a pas changé ses lois pour tout ce qui a rapport à la part qu'elle prend à la réparation d'une telle lésion. Le mécanisme de l'oblitération des vaisseaux est resté ce qu'il a toujours été; mais, par suite des progrès de l'art, les moyens hémostatiques sont devenus plus parfaits , plus efficaces ; nos ressources se sont multipUées, en même temps qu'on a mieux connu toutes celles que la nature développe, après l'interruption du cours du sang, dans les gros troncs artériels. L'art de lier les artères s'est étendu et perfectionné; on est devenu plus hardi, plus entreprenant pour mettre à découvert les artères blessées , d'autant plus qu'elles sont plus considérables, et que le danger est plus grand. Presque partout enfin, je veux dire dans presque toutes les plaies des artères, la ligature, et quelques autres moyens qui tendent à produire les mêmes effets, ont remplacé la simple compression médiate ou immédiate, si souvent infidèle, et qui n'est plus appliquée que dans des cas exceptionnels. On a donc éloigné, autant que possible, les conditions qui constituaient la prédisposition principale aux anévrysmes faux consécutifs.

Mais , ai=je dit, ces anévrysmes sont encore très fréquents à l'artère brachiale, au pli du bras, où presque toujours ils sont la suite de la saignée, comme c'est là aussi

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