‹ Quarante années de pratique chirurgicaleChapitre 58 sur 74 · LETTRE VII. ANÉYRYSMES FAUX CONSÉCUTIFS · texte numérisé non relu

LETTRE VII. ANÉYRYSMES FAUX CONSÉCUTIFS

particulièrement que se montrent les anévrysmes artérioso-veineux. Ce n'est pas qu'une piqûre de l'artère brachiale, dans une saignée malheureuse, ait rien de spécial, rien qui la distingue essentiellement de toute autre plaie artérielle; ce n'est pas que cette artère soit, plus que toute autre, dans des conditions désavantageuses pour que la nature, bien secondée, y accomphsse un travail quelconque d'oblitération ; mais l'artère brachiale étant ouverte dans l'opération de la saignée, et alors même que le malheur est patent, il est bien rare qu'on se décide à la mettre à découvert, et à en faire la ligature au moment même. Le courage manque au chirurgien en présence de la faute qu'il vient de commettre, et dont il n'ose faire l'aveu; il cède à l'espérance d'un événement heureux qui la couvrira, se borne à l'emploi d'une compression plus ou moins méthodique, et presque jamais cette compression n'est exercée pendant le (emps nécessaire pour obtenir l'obhtération de l'artère , retenu qu'on est par la crainte de faire connaître à un malade le danger qu'il a couru, et la fâcheuse chance à laquelle il peut encore être exposé. Est-ce que, même au pU du bras, et en conséquence de quelque heureux changement dans les habitudes chirurgicales, l'anévrysme faux consécutif serait déjà aussi plus rare qu'il ne l'a été? ou bien dois-je attribuer le fait seulement à une de ces tluctuations, de ces bizarreries, de ces singularités si ordinaires dans la pratique de la chirurgie? Il y a nombre d'années que je n'ai vu d'anévrysmes proprement dits au pli du bras provenant de la saignée; et, chose singulière, c'est, au contraire, dans ces dernières années que j'ai recueilli le plus de faits rela-

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tifs à ranëvrysine artérioso- veineux de la même partie du corps. Je puis même ajouter im nouveau cas à ceux qui ont fait la matière du travail que j'ai publié sur ce sujet en 1850. Ainsi donc, à l'exception de Tanévrysme taux consécutif de Favant-bras dont je parlais il n'y a qu'un moment, qui avait succédé à une plaie tout à fait accidentelle, et que j'ai observé en 1851, tous les cas d'anévrysmes faux consécutifs que j'ai vus remontent à une époque déjà un peu éloignée, et sont antérieurs à 1835. Les anévrysmes faux consécutifs que j'ai eu l'occasion d'opérer sont en tout au nombre de dix. Maintenant que j'étudie ces faits, et que je les compare pour en saisir les particularités, je me confirme dans le souvenir que j'avais que trois ou quatre seulement avaient présenté des circonstances quelque peu remarquables ; les six autres cas étaient presque parfaitement identiques les uns avec les autres : même origine de la maladie, une saignée malheureuse; à peu près même temps écoulé depuis la première apparition de la tumeur jusqu'au moment où je l'observai. Un seul de ces anévrysmes datait de six mois environ ; tous les autres de deux à trois mois seulement. Semblable aussi, à peu de chose près du moins, était la tumeur sous le rapport du volume qui, dans aucun des cas, ne dépassait celui d'un œuf de poule ; dans tous aussi , les phénomènes caractéristiques de l'anévrysme étaient des plus manifestes : même chez le sujet dont la maladie était le plus ancienne, il ne paraissait pas que les pulsations de la tumeur eussent perdu de leur force par la formalion de couches fibrineuses dans l'intérieur de la poche. L'un des malades

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offrait toutefois ceci d'assez particulier, qu'aux symptômes propres de l'anévrysme faux consécutif se trouvaient joints, et cela depuis le début de la maladie, un état vraiment névralgique qui s'étendait à une grande partie de l'avant-bras, et qu'on ne pouvait attribuer qu'à ce qu'en même temps que l'artère avait été ouverte dans la saignée, il y avait eu piqûre d'urf cordon nerveux. La névralgie existait en même temps que l'anévrysme faux consécutif, de la même manière qu'on la voit assez souvent se déclarer seule à la suite d'une saignée d'ailleurs irréprochable; mais, chose que je n'avais point espérée, il y a eu à la fois, après la ligature de l'artère brachiale, disparition de la tumeur anévrysmale et cessation des accidents névralgiques. — A part donc ce trait particulier ou cette complication de l'un d'eux, ces six premiers anévrysmes faux consécutifs du pli du bras se distinguaient les uns des autres par des nuances si légères, offraient entre eux des différences si minimes, que je composerais en ce moment des pages sans intérêt si je voulais donner la description de chacun en particulier : je m'abstiendrai donc de le faire. Les malades se confondaient presque aussi sous le rapport de l'âge : le plus jeune était une femme de trente ans, le plus âgé un homme qui en avait quarante. Chez quelques-uns d'entre eux, que dis-je, chez tous, un seul excepté, on avait, avant que je les observasse moimême, essayé la compression comme moyen ou d'obtenir l'affaissement et la disparition de la poche anévrysmale, ou tout au moins d'en suspendre les progrès Ces tentatives variées avaient été sans résultat. Je me garde bien d'inférer de là ni qu'on ne doive jamais essayer cette méthode

de traitement, soit pour l'anévrysme faux consécutif du pli du bras, soit pour l'anévrysme variqueux ou la varice anévrysmale, autre conséquence possible d'une plaie de l'artère brachiale, ni qu'on ne puisse parfois en retirer quelque avantage ; mais l'expérience n'a que trop appris qu'il y a peu à compter sur un résultat favorable : on peut même dire qu'il y a du hasard quand elle réussit, tant sont grandes les difficultés pour appliquer convenablement un appareil compressif permanent sur le membre supérieur, soit qu'on veuille le faire agir sur toute la surface du membre à la manière de Théden, soit qu'il doive agir seulement sur la tumeur du pli du bras, ou seulement encore sur quelque point du trajet de l'artère brachiale ; et je dois ajouter qu'au bras, plus qu'ailleurs, je veux dire plus qu'au membre inférieur, la compression, quand elle ne réussit pas parfaitement, peut avoir des suites fâcheuses. On l'a vue déterminer le sphacèle du membre et conduire à la nécessité de l'amputation, ou bien encore elle cause dans les vaisseaux collatéraux, surtout dans les vaisseaux inférieurs, un amoindrissement de calibre des plus défavorables au rétablissement de la circulation, quand on vient ensuite à faire la Hgature de l'artère principale. Plus loin, quand je parlerai de l'anévrysme artérioso-veineux, on verra que dans un cas des plus remarquables sous plusieurs rapports, le sphacèle ayant suivi l'opération par laquelle j'avais lié l'artère brachiale, là même où elle communiquait avec le système veineux, j'ai pu raisonnablement penser que l'accident avait été préparé par la compression à laquelle le membre avait été soumis pendant plusieurs années.

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