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Parmi les ouvertures de Weber, il en est trois au moins qui resteront comme des modèles d'un genre que l'on a imités, mais qui n'ont jamais été surpassés; elles ont leurs places à côté des œuvres symphoniques les plus originales, les mieux conçues. Et pourtant, les puristes n'ont ils pas critiqué la partie fuguée de l'ouverture iVOberon et de celle d'Eurt/anthe? Cette instrumentation si riche, si puissante et si colorée n'a-t-elle pas fait dire à je ne sais quel musicien contemporain de Weber : (( Cela ressemble aux taches que produit une bouteille d'encre sur un papier blanc. » De là aux scandaleux lazzi des Gonservatoriens de l'époque sur la musique de Spontini il n'y a pas loin.
Vous croyez peut-être que quand je juge une partition de Weber en dehors du prestige de la scène, quand je la juge de sang froid, assis à mon piano, lisant dans cette partition comme dans un livre, je suis plus méticuleux et plus sévère? Pas le moins du monde. Dès les premières mesures l'émotion me gagne, elle grandit, elle m'enveloppe des pieds à la tète, elle est d'autant plus absolue, d'autant plus violente, que l'exécution idéale que j'entends, les voix et instruments, les chants et les harmonies ont une vérité d'expression, un charme, une verve, une pureté, une mélancolie que la réalité la plus parfaite ne saurait atteindre. Il doit en être ainsi, du reste, chaque fois qu'un musicien convaincu se trouve aux prises avec une œuvre complètement belle; et si vous supposez qu'un critique soit accessible autant qu'un autre aux nobles mouvements du cœur et de l'intelligence, si vous lui accordez une dose de
sensibilité susceptible de s'accroître au contact d'une chose sublime, vous n'exigerez pas de lui qu'il s'arrache à ses joies égo'istes, qu'il domine une sensation intime, personnelle, pour vous dire : Ici sont deux quintes défendues, deux octaves cachées; et plus loin la phrase n'est pas carrée, le chant du ténor est écrit trop haut, il y a dans l'accompagnement de cette romance une basse fautive. Vous croirez si vous voulez que la science lui fait défaut; mais il se peut cependant qu'emporté par la fougue de son imagination et de son enthousiasme, seul en face d'une œuvre qui l'absorbe tout entier, il ne prenne seulement pas garde aux manifestations indiscrètes de votre curiosité! Si de tout ce que je viens de dire et de ce j'ai écrit précédemment ne ressortait pas assez ma passion pour Weber, je l'avouerais bien haut, et plus haut encore, et j'affirmerais qu'à mes yeux il n'est pas de piédestal assez élevé, pas de marbre assez pur pour une pareille statue. J'ai vu notre maître à tous dans l'art de la critique, M. Hector BerUoz, pleurer de joie, sangloter de bonheur en lisant au piano, lui, Théodore Ritter et moi, VAlcesle de Gluck. Nous chantions tous les trois avec des voix qu'on ne paierait certainement pas cinquante mille francs par an dans un théâtre; le piano, bien qu'il résonnât sous les doigts exercés d'un jeune virtuose, était encore fort loin de rendre, dans la scène du grand-prêtre par exemple, les sifflements aigus, les imposantes fureurs de l'orchestre; mais intérieurement l'effet était complet, prodigieux, immense, et M. Berlioz, qui professe pour Gluck un culte au moins
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égal à celui que j'ai toujours eu pour Weber, était le plus ému de nous trois. Demandez-lui donc, même aujourd'hui que les souvenirs de ct^tte soirée lui échappent peut-être, demandez-lui de vous signaler les imperfections d'Armide, d'Ipkigénie ou d'Alcesie, et priez-le de vous dire en quoi les savants ont eu raison quand, dans la hiérarchie du talent ou du génie, ils placent Gluck à une distance si respectueuse de Haydn, ou de Mozart et de Beethoven.
M. Fétis attribue à des études fréquemment interrompues et à un changement de maître trop fréquent les imperfections qu'il signale dans les ouvrages de Weber! Est-il donc vrai que des hommes tels que Henschel, Michel Haydn, Kalcher et l'abbé Wayler, c'est-à-dire les plus célèbres professeurs d'Allemagne, n'aient pu réussir à achever l'éducation d'un élève qui avant de se confier à eux portait déjà sur son front l'auréole du génie et dans son cœur le germe d'un talent exceptionnel? Pour les organisations d'élite comme celle de Weber, la nature a tant fait que l'éducation n'a plus grand'chose à faire; mais cependant si peu qu'il soit resté entre les mains des maîtres que cite M. Fétis, je croirai difficilement que le compositeur qui nous a donné Freijscfiûtz, Oberon et Eunjanthe ne puisse prétendre à un brevet de science, d'infaillibilité, ce brevet eût-il daté d'une époque où, pour l'obtenir, il fallait assurément plus d'efforts d'imagination, plus d'aptitude et d'assiduité au travail, qu'on en exige aujourd'hui dans nos écoles. Et quand bien môme il me serait démontré que Weber n'aimait point
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la fugue ou que la fugue n'aimait point Weber, je ne m'écrierais pas sur le ton de la pitié et du désespoir que hors la fugue il n'y a point de salut. On ne me persuadera jamais qu'un musicien est ignorant parce qu'il secoue les entraves qui gêneraient son vol, alors qu'il veut s'élancer dans le monde de linconnu et de la fantaisie où son génie l'attire.
Les règles fondamentales, les principes de l'art sont indispensables à connaître, cela n'est pas douteux; mais après la satisfaction, le bonheur que l'on éprouve de les posséder, il n'en est pas de plus grand, je crois, que de les enfreindre. Et n'allez pas m'accuser trop vertement d'hérésie : ces règles, ces principes, ne les méprise pas qui veut; et celui qui ose commettre le délit doit être bien sûr qu'il pourra se faire absoudre. Faut-il rappeler ici les quintes et octaves tant reprochées à Rossini, dans le beau chœur : Voici la nuit, de Guillaume Tell?
Je ne peux pas prendre la partition à' Eurijanihe depuis la première note jusqu'à la dernière et essayer une analyse technique de ce chef-d'œuvre; il m'a semblé toujours fort problématique qu'un tel travail offre aulecteurbeaucoupd'intérêt; j'aime mieux dire quelques mots de l'exécution. M. le directeur du Théâtre-Lyrique ne pouvait représenter Euryanthe sur son théâtre sans remplacer les récitatifs par un dialogue. Il fallait donc sacrifier cette partie essentielle et non moins remarquable de l'ouvrage ou bien renoncer à l'entendre, l'Opéra ne paraissant pas disposé à recommencer une tentative qui, en 1831, lui avait si peu réussi. On a donc sup-