SAM SON ET DALI LA
de comprendre l'opéra et de caractériser les personnages par des motifs typiques qui les désignent à l'auditoire, reparaissent et s'éloignent avec eux, ou bien encore évoquent leur souvenir dans l'orchestre, alors même qu'ils ne sont pas en scène... Le compositeur a étudié Wagner et il l'a compris, mais à sa manière; il faut le féliciter surtout de n'avoir pas à se reprocher une seule réminiscence wagnérienne, tant mélodique que rythmique ou instrumentale. On pourra classer l'auteur do Samson et Dalila parmi les disciples éclairés et libres de Liszt et de Wagner, mais non dans le servum pecus des imitateurs. »
Classer M. Saint Saëns parmi les disciples de Wagner, il n'y avait pas là, à cette époque, de quoi l'offusquer; mais faire de lui, non pas comme pianiste, mais comme compositeur, un émule respectueux suivant à distance les traces de l'illustre abbé, c'était peut-être réduire la personnalité du jeune maître à des proportions un peu exiguës. D'ailleurs, je n'ai cité l'opinion du correspondant de l'Indépendance belge que pour montrer que ce n'est pas seulement dans notre monde que le plus discret rappel des phrases typiques est considéré comme un signe certain de tendances wagnériennes, tandis que le leitmotio n'a pour ainsi dire qu'une importance secondaire dans l'ensemble des lois d'après lequel le système wagnérien est constitué. Après cela je déclare qu'il n'y a pas la moindre parcelle de wagnérisme dans la partition de M. Saint-Saëns, à moins qu'on accorde à Wagner seul le privilège d'user, dans sa façon d'écrire, de toutes les ressources
scientifiques dont Mendelssohn d'ailleurs, après Bach, usait aussi, et de ne pas faire de l'orchestre, réduit à un rôle accessoire, le très humble serviteur de la phrase chantée
Nul n'ignore les exploits du fils de Manès, de riiercule juif, dans la main duquel une simple mâchoire d'âne devint, par la grâce du Seigneur, une arme si redoutable, mais qui, s'étant endormi un soir sur les genoux de sa maîtresse, fut rasé par sa traîtrise et du même coup de rasoir perdit, nous dit la Bible, sa force et sa chevelure.
Le poème de M. Ferdinand Lemaire laisse à la légende sacrée des particularités, des incidents qui, à vrai dire, ne seraient guère à leur place dans un drame lyrique, et ne nous montrent ni la terrible mâchoire, ni lesrenards flamboyants incendiant les moissons des Philistins, ni le lion mis en pièces par Samson, comme il eût fait d'un jeune chevreau, et dans la gueule duquel des abeilles s'étant réfugiées, il récoltait, quelques jours après, un doux rayon de miel. Pendant que l'orchestre joue le prélude, un chœur se fait entendre derrière la toile, ce sont les Hébreux captifs qui invoquent le Dieu d'Israël, tout en lui reprochant de les avoir abandonnés :
N'es-tu donc plus ce Dieu de délivrance Qui de l'Egypte arrachait nos tribus?
As-tu rompu cette sainte alliance, Divins serments par nos aïeux reçus?
Samson ranime le courage de ses frères, leur promettant de les conduire au ^combat. Et comme il