‹ Quarante ans de musiqueChapitre 22 sur 27 · SAMSON ET DALILA · texte numérisé non relu

SAMSON ET DALILA

faut toujours que ce soit par un meurtre qu'une insurrection commence, à peine les Hébreux ont-ils entonné l'hymne guerrier : (( Israël, romps ta chaîne », que le satrape Abimclecli, venu parmi les captifs pour calmer leur ardeur belliqueuse, tombe sous l'épée de Samson. Les Philistins vaincus ont fui dans les montagnes; les enfants d'Israël rendent grâces au Seigneur :

Hymne de joie, liyinne do délivrance, Montez vers l'éternel !

Comme contraste à ce tableau voici une théorie de jeunes femmes philistines agitant des guirlandes de fleurs. Dalila les suit. Et par ses chants et par sa danse l'enchanteresse porte le trouble dans le cœur de celui qu'elle ne veut séduire que pour le perdre plus sûrement. Samson, subjugué par les charmes de Dalila, écoute à peine les conseils que le bon vieillard lui chante en sourdine :

L'esprit du mal a conduit cette femme Sur ton chemin...

C'est la fin de l'acte. A l'acte suivant nous sommes dans la vallée du Soreck, en Palestine, où, précédée d'un élégant portique et de plantes luxuriantes, s'élève la demeure de Dalila. La nuit descend sur les collines environnantes. Assise sur une roche, Dalila, rêveuse et inquiète, attend l'heure du rendez-vous. C'est le grand-prètre de Dagon qui se présente à elle :

J'ai gravi la montagne Pour v(;nir jusqu'il toi ; Dagfui (|ui m'accompapne M'a guidé vers ton toit.

i( Ton toit )) n'est guère harmonieux et « Dagon qui m'accompagne » n'est qu'une simple fiction.

Ce que vient demander le grand-prêtre à Dalila, c'est de livrer Samson après lui avoir arraché le secret de sa force, et comme il offre à la courtisane de la récompenser magnifiquement, elle répond que le désir d'assouvir sa haine seul la guidera : Samson, par trois fois, nat-il pas résisté à ses charmes et, toujours maitre de son secret, ne s'est-il pas par trois fois échappé de sa couche?

Le grand-prêtre s'éloigne, la nuit se fait plus obscure, une nuit d'orage sillonnée d'éclairs.

Au loin un bruit de pas se fait entendre. C'est lui : Dalila, brusquement tirée de 'sa rêverie, tombe dans les bras de son amant. Et les voilà enlacés aussi longtemps que dure un fort beau duo d'amour coupé par un cantique, qui n'a peut-être pas trop là sa raison d'être, mais qui s'écoute tout de même volontiers. (( Qu'importe à mon amour désolé, s'écrie Dalila, le sort d'Israël et sa gloire! » Dalila, très experte aux jeux de l'amour, ne feignait de se dérober que pour mieux assurer sa victoire. A peine a-t-elle lancé son dernier adieu d'une voix déchirante, elle rentre dans sa maison, Samson la suit.

On entend gronder la foudre, la tempête se déchaîne, et des soldats philistins sont là qui guettent le héros vaincu, n'attendant qu'un signal de Dalila pour s'emparer de lui.

A l'acte suivant, Samson aveugle, les cheveux coupés, tourne la meule, écoutant avec angoisse les plaintes des captifs :

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