‹ Quarante ans de théâtre (volume 4)Chapitre 10 sur 29 · ROME VAINCUE · texte numérisé non relu

ROME VAINCUE

M. Parodi n'était encore connu du public parisien que par les deux ou trois représentations qui avaient été données à!Uhii Je parricide aux Matinées littéraires. C'est M. Ballande qui, le premier, a eu l'honneur d'accueillir M. Parodi, alors parfaitement ignoré, et de le mettre en lumière. Oserai-je rappeler que c'est moi qui fis, ce jour-là, la conférence, et fus chargé de présenter le jeune auteur au public ?

C'était en son ensemble une pièce bien mal agencée, bien peu claire, qu'£7/m h parricide; la langue surtout en était sauvage et le vers barbare. Mais il s'y trouvait un quatrième acte d'une grandeur superbe et d'une originalité bien hardie. J'en fus transporté. J'allai partout répétant que l'homme qui avait imaginé cette situation, et qui l'avait traitée avec tant de force et de majesté, était marqué du sceau qui fait les écrivains dramatiques. Je ne cessai de le vanter dans mes feuilletons hebdomadaires, d'en parler à tout le monde et à M. Perrin.

Rome vaincue fut reçue par le Comité de lecture de la Comédie-Française. Il avait été très frappé de la façon magnifique dont s'ouvrait la pièce; il avait été ébloui du rôle de Posthumia. Quatre ou cinq ans se passèrent cependant avant que la pièce fut mise en répétitions. M. Perrin hésitait . ou plutôt il attendait une heure favorable. Il savait bien les défauts de l'œuvre , et il ne voulait pas la hasarder devant le public, sans mettre dans sa main quelques atouts de plus.

Je le pressais de temps à autre, quand je le rencontrais. Il m'exprimait ses inquiétudes : le style est si rude, me disait-il. Pensez-vous qu'un public parisien s'en accommode jamais?

J'étais bien de son avis sur ce point : M. Parodi pense fortement : mais il n'est pas Français d'origine ; il n'est pas maître encore de notre langue ; il n'est pas maître surtout I de l'alexandrin, qui lui résiste sans cesse, et qu'il ne parvient pas toujours à dompter. Il a la phrase rocailleuse et le vers pénible. Et cependant!.... tenez! je voudrais soumettre cette remarque aux jeunes parnassiens qui ont le culte de la forme pure, et que j'entendais, l'autre jour, dans les couloirs, railler la prodigieuse inhabileté de M. Parodi.

Oui, il a, dans la trame ordinaire du style, toutes sortes de défauts : le mot propre lui est souvent rebelle ; le tour est incorrect ou obscur ; l'alexandrin roule avec un bruit de cailloux qui se heurtent. D'où vient pourtant l'effet puissant de ce vers sur la foule ? D'où lui vient son éclat et son énergie? C'est que M. Parodi est un homme de théâtre; c'est que ce style, qui est déplorable à ne le considérer qu'au point de vue de la langue, a cette grande qualité du mouvement dramatique. Xos parnassiens font d'admirables vers, qui plaisent au coin du feu ; ceux de M. Parodi ont la so-

métallique qui convient à la scène. Ils frappent l'imagination ; ils s'imposent : la période peut être embar et obscure; elle se résume, au bon moment, dans un vers superbe, qui saisie l'oreille et dont le public tressaille.

Comme notre vieux Corneille, aussitôt que la situation le pousse, M. Parodi, cet étranger si peu habile a manier et la langue et le vers, trouve une admirable fermeté de style ; la pensée se verse d'un jet dans le moule de l'alexandrin le plus correct. Allez au Théâtre-Français; écoutez la discussion entre Posthumia redemandant aux juires sa fille coupable et Fabius réclamant son supplice au nom de la patrie en danger; vous verrez si le style n'est pas à la hauteur des sentiments, si le vers ne sonne pas avec un bruit plein et magnifique.

Nos jeunes poètes ne veulent pas en convenir ; ils disent que de beaux vers sont partout de beaux vers. Ils se trompent. Il n'y a de beaux vers au théâtre que ceux qui ont le relief, l'éclat, le mouvement et la sonorité dramatiques. Mieux vaut sans doute qu'à ces qualités ils joignent la correction, l'harmonie soutenue, l'exactitude et la richesse des rimes, l'ampleur des périodes, que sais- je ? Mais ce sont là des mérites secondaires au théâtre. M. Parodi, qui a été doué d'une volonté de fer, finira par s'emparer de notre langue et de notre alexandrin ; les progrès accomplis en ce sens depuis Ulm h parricide sont déjà considérables; il en fera d'autres encore.

L'important est qu'il soit né poète dramatique ; et il l'est.

Rome vaincue, c'est le sujet de la Vestale, mais rajeuni par l'originalité du point de vue où s'est mis hardiment l'auteur.

Quand on vous propose ce titre la Vestale, où voyez- vous tout de suite la pièce à faire ? Ce qui se présente de prime abord à votre imagination, c'est l'amour coupable du

jeune homme pour une Yestale, et la résistance qu'elle lui oppose au nom de la pudeur ; c'est la lutte de cet amour contre les lois sévères de l'asile où elle est enfermée ; c'est le danger des rencontres nocturnes ; les évasions, et tous les événements que peut traîner à sa suite une aventure de cette sorte.

M. Parodi a négligé de parti pris tout ce côté, que j'appellerais volontiers le côté anecdotique.

Quand le drame s'onvre, la faute est consommée par les deux coupables, mais cette faute, ignorée de tous, a eu des résultats bien terribles. Les dieux se sont retirés de Rome, ils <nit livré la Ville Eternelle en proie au cruel Annibal, vainqueur à Trébie, vainqueur à Thrasyniène, vainqueur une dernière fois à Cannes.

Voilà, par le fait, les deux personnages qui semblaient devoir être les principaux du drame relégués au second plan. Un autre personnage surgit, qui va occuper toute la scènej accaparer toute l'attention : et qui est-il ? Qui serait-ce si ce n'est Rome elle-même, Rome la cité reine, que la folie de deux amoureux a traînée, sans qu'elle en sût rien, aux } bords de l'abîme ?

Il ne s'agira plus dès lors dans la pièce, telle que l'a construite M. Parodi, des périls que peuvent courir et la vestale et son amant, mais des destinées interrompues de Rome. Le souvenir de la Ville Eternelle plane sur toute cette histoire. Du premier vers au dernier, tous les personnages n'ont que la préoccupation de ce grand intérêt, les uns pour le maudire, les autres pour s'y sacrifier. Il domine toute l'action : ou plutôt, il est à lui seul le nœud de l'action.

Je ne sais si je me trompe; mais il me semble que c'est là une conception toute cornélienne.

C'est elle qui fait l'incomparable grandeur de ce premier acte, que M. Perrin a mis en scène avec un goût

exquis. La bataille de Cannes vient d'être perdue, et les bruits les plus sinistres circulent dans la foule répandue sur le Forum. On l'en chasse, et le Sénat s'assemble. Un jeune guerrier, Lentulus, couvert de poussière, haletant, se présente et conte la défaite à laquelle il vient d'assister. Ah ! le beau récit, et bien fait pour la scène ! Oui, sans doute, il est facile d'en noter à la lecture les incorrections et les faiblesses. Mais que de vers superbes en saillie ! Et croit-on que Laroche l'eût si bien lancée, croit-on qu'il eût soulevé à plusieurs reprises de longs et unanimes applaudissements, si la narration n'eût été emportée d'un mouvement héroïque, et coupée d'hémistiches à effets ?

Il n'y a que la colère des dieux qui puisse expliquer tant de désastres ; on les consulte. Ils répondent que le temple de Testa a été souillé. Lentulus tressaille, et le geste n'échappe point au souverain pontife. Tous les sénateurs déclarent qu'il faut découvrir la coupable.

Il faut la découvrir, suspendons nos débats ; Nous ne pouvons siéger dans la ville flétrie. Allez et relevez l'autel de la patrie, Pontife ; je remets dans vos sévères mains La vengeance des dieux et celle des Romains.

Est-ce que la conception de ce premier acte ne vous paraît pas superbe ? Qu'importe quelques défaillances de détail, quand l'idée première est si grande et si largement traitée.

Le second acte nous introduit dans l'atrium de Vesta ; un décor charmant, plein de mystérieuse poésie. On presse de questions un esclave du temple ; il garde le silence ; on fait comparaître les vestales, dont l'entrée forme un tableau des plus pittoresques. On les interroge ; on n'obtient pas de réponse. C'est alors que le souverain pontife, par Un artifice adroit, en annonçant la mort de Lentulus, force la cou-

pable à se découvrir. Opimia tombe pâmée aux bras de ses compagnes.

— C'est elle ! dit le pontife.

Opimia est la fille adoptive, la nièce du grand Fabius, qui assiste à la scène. — Que faut-il faire ? lui demande le juge. — Votre devoir, répond-il.

Au troisième acte, les amants sont réunis par les soins de l'esclave interrogé tout à l'heure. Cet esclave est un Gaulois enragé contre Rome. Il a entendu dire que son ennemie périrait si le crime n'était pas expié. — Tout est possible, après tout, se dit-il. Et il a résolu, pour empêcher que satisfaction soit donnée aux dieux, de favoriser l'évasion des deux criminels. Il leur tient une sortie prête, par un souterrain dont il a la clef.

Croyez-vous que les deux amants se livrent, étant ensemble, à un duo d'amour ? Xon pas, ils débattent entre eux, avec tout l'emportement et toute la douleur que leur situation comporte, la question de savoir s'ils ont le droit de se soustraire à la vengeance des dieux et de laisser peser leur sacrilège sur les destinées de Rome. S'ils se tuaient ensemble ! et dans un mouvement de passion d'une énergie admirable, ils embrassent cette résolution extrême. Puis le cœur manque à chacun d'eux pour voir mourir l'autre. L'esclave les presse, et ils s'enfuient éperdus, au moment où le pontife arrive pour saisir sa victime.

Jusqu'à ce moment, le succès avait été très vif, sans avoir pris les allures d'un triomphe. On avait écouté avec intérêt et respect cette œuvre si hautaine et un peu sombre. Mais on n'avait pas été transporté. Le quatrième acte a ravi la salle d'enthousiasme, et j'ai rarement vu au théâtre spectacle semblable à celui auquel il nous a été donné d'assister l'autre soir.

Opimia, une fois son amant en sûreté, est revenue se

constituer prisonnière et payer sa dette aux dieux. Le tribunal est rassemblé, et Ton va prononcer sa sentence. C'est la mort; et quelle mort î Enterrée vive, elle se débattra, contre la faim, dans le caveau funeste, et mourra dans d'horribles tortures. Déjà le voile noir est jeté sur sa tête et l'enveloppe tout entière.

Tout à coup un grand mouvement se fait dans la foule qui s'entr'ouvre ; on entend des cris. C'est Posthumia qui arrive.

Qu'est-ce que Posthumia ?

Au premier acte nous avons vu passer, à travers les Romains qui emplissent le Forum, une vieille aveugle, qui, de quelques bonnes paroles, a ranimé le courage de ses concitoyens. On n'y a pas prêté grande attention. C'est la grand'mère d'Opimia et la sœur de Fabius. Opimia est la seule fleur qui reste de cette illustre maison. Opimia est son seul bien, son seul trésor. L'aïeule a vaguement appris que sa petite-fille est exposée à un danger; elle accourt.

— Ma fille! s'écrie-t-elle • rendez-moi ma fille.

A cette voix, Opimia se dresse en pied, couverte de son long voile de deuil, et se jette dans les bras de son aïeule. L'aveugle sent quelque chose entre ses baisers et le front de sa fille : elle tâte l'objet de ses mains.

— Quel est ce voile ?

Le pontife, en deux mots, lui apprend l'affreuse vérité.

— Elle ! s'écrie Posthumia, horrible calomnie ! Mais Opimia cache sa tête dans le sein de l'aïeule.

— Ma mère, j'ai failli, dit -elle à mi-voix.

Et Posthumia l'étreignant avec force et l'embrassant d'un baiser éperdu :

Malheureuse ! plus bas ! Lucius peut entendre !

Voyez-vous ! l'homme qui trouve ces choses-là peut écrire comme un fils de l'Auvergne, il est né pour le théâtre.

Toute la salle a tressailli, comme au choc d'une commotion électrique. Il faut dire aussi que le geste a été fait par une artiste incomparable, par Mlle Sarah Bernhardt, qui a déployé dans ce rôle des qualités d'énergie et de pathétique que ne lui soupçonnaient pas même ses plus chauds admirateurs.

Elle était admirablement costumée et grimée. Un visage amaigri, ridé et d'une majesté extraordinaire; des yeux vagues et ternes, un manteau qui, tombant des deux côtés quand ses bras se soulevaient, semblait figurer les ailes immenses de quelque gigantesque et sinistre chauve-souris. Rien de plus terrible et de plus poétique ensemble. Et quelle force, et quelle majesté quand elle s'est jetée à genoux, quand, cherchant à tâtons les mains du préteur qu'elle croyait assis sur son fauteuil, elle a battu de ses bras étendus l'air vide, s'est retournée anxieuse, adressant à l'espace ses imprécations et ses prières !

Ce n'était plus là une comédienne ; c'était la nature même, servie par une intelligence merveilleuse, par une âme de feu, par la voix la plus juste, la plus mélodieuse qui jamais ait enchanté les oreilles humaines. Cette femme joue avec son cœur et ses entrailles. Elle hasarde des gestes qui seraient ridicules chez toute autre et qui emportent une salle. Quand elle a dit :

Ce cœur où je m'appuie a battu dans mou flanc,

de ses deux mains à plat, elle a indiqué en frappant avec transport l'endroit dont elle parlait, et le public a crié d'admiration. Et ce qu'il y a de remarquable, c'est que dans ces violences elle garde la mesure qu'imposent la noblesse du genre tragique et la grâce de la poésie.

Ses supplications sont restées inutiles. La vestale sera enterrée vive, et le cinquième acte nous transporte au

champ funèbre, en face du caveau dont la porte se doit sceller sur la coupable.

Opimia a accepté son sort; en vain Lentulus, revenu comme un furieux, apostrophe-t-il les prêtres et leur jettet-il ces vers, dont l'allusion a été saisie au volet vigoureusement applaudie du public :

Le soldat aux Romains sait donner son sang, lui ! Et vous ne leur donnez, vous, que le sang d 'autrui.

Opimia se lève résignée, et s'achemine vers le caveau :

J'accepte comme un don cette heure expiatoire.

L'amour n'est plus pour moi qu'un songe et qu'un remord;

Je suis toute à Yesta; je suis toute à la mort.

Ce serait le dénoûment de Xorma, si la pièce s'arrêtait là. Mais M. Parodi, l'homme des coups de théâtre, a trouvé, pour mieux finir, une des plus belles inspirations qui aient jamais jailli du cerveau d'un auteur dramatique.

A l'acte précédent, Fabius, épouvanté de l'horrible supplice qui va être infligé à sa fille, songe à lui passer un poignard, pour qu'elle se délivre elle-même du tourment de la vie. Mais il ne peut l'approcher. Il a donc confié l'arme à l'aïeule, qui, au dernier moment, aura la permission d'embrasser sa petite-fille.

Posthumia arrive quand sa fille va entrer dans le caveau. Elle demande à la serrer dans ses bras.. Elle la tire à part :

— Prends ce couteau, lui dit-elle.

Opimia montre ses mains liées.

Ah ! je vous assure qu'on n'entendait pas un souffle dans ce vaste auditoire. La même émotion nous serrait tous à la gorge. Chacun pressentait, sans l'oser prévoir, le coup qui allait dénouer cette situation. La vieille aveugle reste un instant désespérée, hésitante; puis, tatant de ses mains tremblantes le corsage de la jeune fille :

— C'est bien là qu'est ton cœur ? lui demande-t-elle à voix basse.

— Oui, là !

Elle se penche sur elle , l'embrasse avec fureur :

— Mon enfant ! mon enfant !

Et lui plonge le poignard dans la poitrine.

Un cri s'est échappé de toutes les bouches. Il y a cinq ans que j'avais lu pour la première fois cette pièce en manuscrit ; je me rappelle encore le soubresaut d'admiration que j'éprouvai à ce dénoûment superbe et terrible. Ce coup de poignard, j'en rêvais. Je n'aurais jamais osé répondre du succès, du reste ; et j'en étais fort anxieux. Mais cette péripétie soudaine, éclatante, je n'en ai jamais été en peine, ni M. Perrin non plus. L'effet a dépassé encore notre attente.

— Ah î monsieur, me disait Parodi quand il venait causer avec moi des répétitions qui s'avançaient, je ne me suis douté moi-même, qu'en écoutant Mlle Sarah Bernhardt, de tout ce qu'il y a dans ce rôle. C'est elle qui l'y met. Je ne reconnais plus mes vers quand ils passent par sa bouche.

Le fait est que j'ai rarement vu quelque chose d'aussi parfaitement beau. Le dernier jeu de scène est admirable. On a emporté le corps de la vestale dans le caveau funèbre. Tout le monde s'est retiré ; Posthumia est restée seule , abîmée dans sa douleur. Elle se lève enfin, cherche lentement la direction du caveau, s'oriente à tâtons, monte le praticable qui y conduit, les mains toujours étendues, le manteau s'ouvrant en plis larges et sombres ; elle reconnaît la porte :

Opimia, ma fille! ouvre, c'est ton aïeule!

Il faut savoir gré à la Comédie-Française d'avoir monté

cette œuvre saine et vigoureuse. Une tragédie tirée de l'histoire romaine, c'était de quoi l'effrayer justement. M. Perrin a bravé le préjugé. Il a réussi, et par delà ses espérances. Il faut lui rendre justice : il a monté la pièce d'un inconnu avec le même soin et le même luxe qu'il aurait déployés pour un Augier ou pour un Dumas. J'ai déjà parlé en passant de ses décors et de sa mise en scène. Mais c'est un côté de l'art auquel je n'attache systématiquement qu'une importance médiocre. Il est de second ordre.

Ce dont je le loue, c'est qu'il n'y a pas un rôle dans cette tragédie si complexe qui ne soit dignement tenu. Quelques-uns l'ont été d'une façon supérieure.

La vestale était représentée par une jeune fille qui nous arrive du Conservatoire de Belgique, où elle a fait ses études sous la direction d'une de nos vieilles connaissances du Théâtre-Français. Mlle Tordeus. C'est Mlle Adeline Dudlay qu'elle se nomme. Elle est grande, bien faite, jolie, quoique un peu fade encore de visage.

Mais ses yeux s'animeront un jour. La voix est grave et d'un beau timbre. Elle l'a prise trop haut, durant tout le second acte; c'était l'effet de l'émotion. Au troisième, elle a, dans sa scène avec Lentulus, obtenu un succès très vif. Il y a un certain « crois-tu? » qu'elle a dit avec une expression si profonde et si farouche, que toute la salle a battu des mains.

Elle a trouvé au cinquième acte des accents très nobles et très douloureux ; bref, c'est une excellente recrue pour la Comédie-Française, et nous espérons voir bientôt la jeune débutante dans le répertoire.

Mounet-Sully joue le rôle de l'esclave gaulois. Les avis sont très partagés sur son compte. Je l'ai entendu louer et critiquer avec une vivacité égale. Je suis de ceux qui l'ont trouvé excellent. Il a prêté au rôle une couleur rêveuse et

romanesque qui lui donne beaucoup de poésie. Songez que l'auteur le dit lui-même : cet esclave est un insensé, ou tout au moins il feint de l'être. C'est ce côté du personnage que Mounet-Sully a mis en dehors et avec une supériorité rare, à mon avis.

2 octobre 1876.

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