LE CHEMINEAU
Le Chemin eau a obtenu, le premier soir, un succès étourdissant. On a rappelé deux fois les artistes après chaque acte, et, à la fin de la pièce, on a redemandé Fauteur avec une telle furie d'insistance qu'il lui a fallu paraître, traîné sur la scène par ses interprètes. J'ai rarement vu salle plus emballée. Peut-être les publics qui viendront après nous voir le Ohemineau auront-ils l'admiration plus calme. Mais je serais bien étonné s'ils ne trouvaient pas de quoi s'y plaire.
Le chemineau, comme le mot l'indique, est un homme qui est toujours par vaux et par chemins. Ce n'est pas précisément un vagabond ni un mendiant. C'est un ouvrier, qui n'aime point à s'enfermer sous un toit. Il fait de tous les métiers. Faut-il moissonner ? il prend la faucille. Faut-il réparer une porte? il est serrurier, menuisier, ou, comme on dit en Beauce, aricandier. Mais il ne reste jamais longtemps au service de la même personne ; son travail achevé, il se remet en route au gré de son caprice, emporté par une sorte d'instinct mystérieux.
Et maintenant voici : j'ai pouf premier principe De m'aller promener, libre, le nez au vent, Quand il m'en prend envie, et ça me prend souvent.
J'ai pour second principe, et n'en veux pas démordre, D'envoyer promener quand on me donne un ordre. Autrement dit, je suis un mauvais garnement, Roulant en vagabond la grand'route et l'aimant, Travaillant pour manger tout juste et qui préfère, Quand c'est son goût, ne rien manger et ne rien faire.
Rude travailleur, quand il s'y met et, avec cela, un gai compagnon, toujours la chanson aux lèvres et le cœur en fête. Au moment où la pièce s'ouvre, il s'est loué, pour la moisson, chez maître Pierre, le riche fermier. C'est lui qui entraîne tous les autres à l'ouvrage et il fauche si dru que le maître Pierre lui propose de le garder à l'année avec de bons gages, comme premier valet de ferme. Il refuse ; l'oiseau ne veut pas de la cage.
Maître Pierre lui ménage un autre assaut. Il a remarqué que sa servante Toinette, une jolie fille, orpheline qu'il a recueillie et qui a grandi dans la maison, agréait fort au chemineau. Il les laisse seuls ensemble, espérant qu'ils s'entendront. Il ne se doute pas qu'ils se sont, hélas ! déjà entendus. Toinette s'est laissé prendre à la chanson de ce robuste et joyeux gars ; elle est sa maîtresse. Elle le prie gentiment de rester ; ils gagneront bien leur vie ; ils achèteront un petit clos : ils seront heureux ! Moi , s'écrie le chemineau,
Moi, possesseur d'un champ ! moi, clos dans ma maison ! Pourquoi pas me fourrer tout de suite en prison !
Toinette, qui l'aime, comprend que chacun doit suivre sa nature. La tienne, lui dit-elle,
La tienne, c'est d'aller fier, libre, à l'aventure, Mais tu peux avec toi m' emmener par la main, Et j'irai n'importe où, quel que soit le chemin: Mon chemineau, mon tant aimé, mon bien, mon maître.
Il est touché, mais il refuse :
Ah ! mignonne, accepter, ce serait te promettre. Pour de rares moments bons, trop de mauvais pas, Avec des nuits sans gîte et des jours sans repas, Et le ventre qui crie et le cœur qui se serre, Moi, mon cuir est tanné par le vent de misère ; A toi, bouton de vose, il serait hasardeux.
Elle insiste ; il promet, mais sur la fin de l'acte, il est ressaisi de l'instinct migrateur ; il jette au tablier de Toinette les dix pistoles qu'il a reçues pour salaire de la moisson terminée, et s'en va; et, tandis que Toinette l'appelle et pleure, on entend dans le lointain sa voix qui chante le refrain accoutumé :
Coup' toujours et coupe encor, Chaqu' javelle f ra son tas d'or.
Il est délicieux, il est exquis, ce premier acte ; tout parfumé de l'odeur des blés qu'on coupe, tout égayé des chansons qui voltigent dans l'air, tout illuminé de poésie. Enfin ! la voilà donc, cette charmante, cette idéale langue du vers appliquée de nouveau aux détails de la vie rustique, et appliquée avec un art merveilleux par un incomparable virtuose. Comme ce vers est simple tout ensemble et savoureux! Comme il relève par l'image ou par le rythme la familiarité voulue de l'expression! C'est un enchantement que ce style, qui reste franc et aisé, tout en étant très composite.
Vous ne sauriez croire quel en a été l'effet sur le public de l'Odéon. Xous étions tous charmés. Voilà bien longtemps que je dis qu'au théâtre le Français n'aime au fond que le drame en vers et le vaudeville ! Jamais cette vérité n'a été mieux prouvée que l'autre jour. Le vers a tout
fait passer, même cette fin d'acte, où le chemineau abandonne assez vilainement, il faut le reconnaître, la jeune fille qu'il a séduite et qui de son fait va devenir mère.
Vous savez que la pièce avait été lue à la Comédie - Française, qui au Chemineau a préféré Martyre, du même auteur. Claretie connaissait donc la pièce ; mais il n'avait pu assister à la première représentation, et comme nous en causions ensemble :
— Et la fin du premier acte, m'a-t-il demandé, qu'est-ce que le public en a dit ? Est-ce qu'il n'a pas été choqué de cet abandon si cruel ?
— On n'y a même pas pris garde. La poésie nous avait transportés dans les régions du bleu où ces choses- là n'ont pas de conséquence. Le chemineau, qui s'exprimait en vers, avait évidemment le droit de faire ce qui eût été abominable s'il eût été l'un de nous, parlant en humble prose.
Cet acte n'est qu'un prologue. Toinette a vingt ans de plus quand le second s'ouvre. Elle est mariée à un brave garçon, François, qui l'aimait déjà au temps où elle avait connu le chemineau, qui l'avait épousée malgré sa faute, qu'elle lui avait avouée, et qui avait accepté pour sien l'enfant né d'un autre.
Cet enfant , c'est Toinet. Il s'est épris d'Aline, la fille de maître Pierre, et elle est tombée amoureuse de lui. Mais Aline est riche ; car maître Pierre, qui était déjà un gros fermier il y a vingt ans, a depuis lors arrondi son domaine. François, le père de Toinet, n'a qu'un tout petit bien. Maître Pierre refuse son consentement ; il le refuse d'abord parce qu'il ne veut pas pour gendre le fils d'un de ses anciens valets de ferme, qui est resté gueux, puis pour une autre raison, qu'il ne dira qu'à la dernière extrémité.
François croyait que seul il savait le secret de la faute de
sa femme. Mais le secret, maître Pierre l'avait pénétré, >i bien que dans une explication très violente avec le père de Toinet :
— Je ne veux pas, lui crie-t-il, d'un bâtard.
A ce mot, François bondit et se jette sur maître Pierre. Mais le sang lui monte à la gorge ; il tombe foudroyé. Plût à Dieu qu'il fût mort du coup ! il ne nous ennuierait pas au dernier acte, où il est insupportable. Je vous en supplie, mon cher Richepin, tuez-le-moi ! Quel plaisir trouvez-vous à me camper plus tard ce paralytique sur une chaise longue où il retardera, sans profit pour personne, un dénouement qui traîne ? Un bon mouvement, tuez-le ! Ça ne vous coûte rien. Votre pièce y gagnera, et Chelles aussi, qui pourra s'en aller coucher à dix heures , et nous qui n'aurons pas à subir les ânonnements de cet insupportable paralytique. Allons! c'est fait, il est mort, qu'on l'enterre et n'en parlons plus.
Il n'y a pas grand'chose dans ce second acte, il ne vaut que par la grâce du détail rustique et par la langue qui est toujours ferme et colorée. Mais le troisième est ravissant et il est allé aux nues.
Nous sommes à l'auberge, où Catherine, la cabaretière, sert les consommateurs. Catherine, c'est Mme Archainbaud, vraiment élégante et jolie sous son bonnet de paysanne. Elle dit le vers avec une aisance très souple ; elle en fait sentir le rythme, tout en gardant la simplicité de diction que le rôle exige. A une table sont assis, devisant des commérages du pays et buvant sec, Thomas et Martin, dont la conversation a mis la salle en joie. C'est Garbagny et Prince qui jouent ces deux rôles épisodiques ; tous deux sont excellents ; ils ont une façon de dire : c — Oui , Thomas ; — oui, Martin », qui, à chaque fois, fait éclater le public de rire. Ils se content que le pauvre Toinet, pour oublier
in.
son chagrin, s'est mis à boire, et qu'il erre, par la campagne, paie, défait, l'esprit perdu, et se remontant d'un coup de vin à chaque auberge qu'il rencontre. Et justement, le voilà ! Oh ! qu'il est las et triste ! La bonne Catherine, après l'avoir réconforté d'un morceau de pain, le conduit à la grange où il dormira un somme.
Et cependant voilà qu'une voix s'élève du lointain, chantant une chanson à boire. C'est celle du chemineau. Ah! comme la salle s'est tout de suite éveillée et a frémi de curi< «ité impatiente. Xous l'attendions tous ; il y avait si longtemps que nous ne l'avions vu ! Il entre, toujours aussi droit, toujours aussi gai. Thomas et Martin le regardent et rassemblent leurs souvenirs. Eh! mais, c'est le chemineau d'il y a vingt ans. Lui, il ne les reconnaît pas; c'est qu'ils ont vieilli, tandis que lui!...
Ah ! dame, à voir vieillir autour de vous les vôtres, Vous vieillissez plus tôt. vous; tandis que nous autres, Des oiseaux voyageurs, qui n'avons pas de nid, On ne voit que des gens nouveaux : ça rajeunit.
-t à peine même s'il reconnaît le pays ; il en a tant et tant vu ! Mais peu à peu les souvenirs remontent à sa mémoire et le nom de Toinette, jeté dans l'entretien, évoque en son esprit les images d'autrefois. Il s'informe de Toinette : on lui apprend qu'elle est mariée, qu'elle a un fils — ce fils, quel âge a-t-il ?
Il tombe dans une grande rêverie, et comme Thomas lui demande à quoi il pense, avec cet air songeur et triste :
Je pense aux blés coupés qui ne sont pas les nôtres Et dont les épis mûrs font du pain pour les autres,
répond-il avec une pointe de mélancolie.
La seene à faire ici est évidemment celle qui doit mettre
en face l'un de l'antre le chemineaa et Toinette. Elle est amenée sans beaucoup d'art, mais ces gaucheries de facture ne sont pas déplaisantes dans un draine de ce genre. En revanche, l'auteur a pris soin de nous ouvrir par avance le le ses deux personnages : il nous a montré d'un côté Toinette éperdue, courant après son fils, se désolant de sa déchéance et cherchant partout un appui ; de l'autre, le chemineau inquiet sur les devoirs, nouveaux pour lui, que lui impose cette paternité. Son premier mouvement avait été de s'enfuir :
Suis ton destin; va, chemineau, chemine.
Mais il s'est ravisé. Oh ! non, s'est-il dit à lui-même :
Ce serait trop honteux ! tu n'es qu'une vermine De vouloir fuir. Tu dois rester ; tu dois le voir. Pour la première fois que tu sais ton devoir, Il te faut le remplir, si fort qu'il te tenaille, Er tu le rempliras, cette fois-ci. canaille!
Xe me demandez pas comment a pu fleurir tout à coup le sentiment de la paternité dans l'âme de ce chemineau, qni a rencontré un jour sur son chemin une belle fille, l'a quittée le lendemain en chantant, et ne s'est pas plus soucié de l'enfant dont il lui laissait l'espérance, que l'oiseau de la graine qui s'est échappée de son bec, qui est tombée et qui a germé n'importe où, au gré du hasard. Je vous répondrais que c'est là une des conventions théâtrales de l'heure présente. Il est admis pour le moment, en art dramatique, qu'un père, qui retrouve un fils qu'il a toujours ignoré, doit sentir ses entrailles s'émouvoir. Et puis, si cette raison ne vous suffit pas (j'avoue qu'elle n'est pas suffisante), j'ajouterai : Que voulez-vous ? c'est en vers. Et si cette nouvelle raison
ne tous suffit pas encore... Ah ! bien, alors, allez vous promener !
Voilà donc Toinette et le chemin eau en présence. C'est à peine s'ils échangent quelques mots sur un passé charmant et douloureux ; ils ne se préoccupent que de Toinet. La mère conte la détresse du pauvre enfant ; elle a foi, pour lui rendre espoir et force, dans son chemineau qui était si intelligent, si adroit, qui avait si bon cœur. Il promet de relever le moral du jeune garçon :
Bah! je lui trouverai des mots encourageants.
N'est-ce pas mon métier, moi, d'égayer les gens?
Moi, boute-en-train que, pour se distraire, on invite !
C'est bien le moins, vingt dieux ! que mon gars en profite ?
Sans compter qu'à me voir le rire sur les dents
Il n'aura pas soupçon que je pleure au dedans.
Le fait est que tout de suite il ragaillardit de bonnes paroles Toinet, qui, en s'é veillant de son lourd somme, est sorti de la grange :
Va. tu Tépouseras, ton Aline, elle^t'aime, Je le sais, oui; mais toi, ce que tu ne sais pas, C'est que son père est un, que, moi. je mets au pas. Ab ! bigre ! quand je parle, il n'en mène pas large ; Cela te fait rire?
Toinet a ri, tout va bien; le chemineau le prend sous le bras et l'emmène en chantant le refrain par lequel il s'est anuoncé.
Cette fin d'acte nous a tous mis en belle humeur. Moi, je regrettais tout de même de n'y avoir pas vu une gentille scène d'amour entre Toinet et Aline. Xous l'aurons peut-être à l'acte suivant, me disais-je. Eh! bien, non î L'auteur ne l'a pas faite ; mais, en revanche, il nous en a donné une, en ce quatrième acte, qui est tout à fait
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imprévue, bien originale, et qui a changé le suce triomphe.
Il s'agit pour le chemineau d'obtenir de maître Pierre son consentement au mariage de sa fille Aline avec Toinet. Or, maître Pierre croit avoir besoin du chemineau. Il a vu dans le temps quel rude travailleur c'était, et industrieux, et habile ouvrier. Il vendrait l'engager ; il en a d'autant plus envie qu'en ce moment il a la guigne : ses bœufs sont malades, ses moutons meurent comme des mouches, la récolte s'annonce mal. Il est superstitieux comme tous les paysans, et l'on dit que ce chemineau a toutes sortes de secrets, les uns pour guérir bêtes et gens, les autres pour les foire périr à volonté. C'est xmjeteux dp sorts.
Il entre donc en arrangement avec le chemineau.
Bien qu'il soit serré, le ladre, il offre une grosse somme au chemineau, pour l'avoir à son service. Mais le chemineau -ne veut pas d'argent ; ce qu'il veut, ce qu'il exige, c'est la main d'Aline pour Toinet. Maître Pierre se révolte; il allègue sa grosse fortune, ses terres au soleil. Mais le chemineau n'a-t-il pas « ses secrets » ? les mauvais et les bons. Deux fermes, eh î mon Dieu ! qu'est-ce qu'il faut pour en ruiner le propriétaire : une maladie, le feu, la grêle.
Et, tout en parlant ainsi, le chemineau regarde maître Pierre d'un air méphistophélistique, il fredonne un air mystérieux, qui trouble profondément le superstitieux fermier. Maître Pierre croit aux sorciers.. Il ouvre des yeux hagards et une bouche terrifiée, tandis que le chemineau tourne autour de lui, chantant des couplets, d'un sens imprécis, mais qui évoquent vaguement des images de mort et de ruine.
Decori et Janvier ont joué de la façon la plus amusante cette piquante et curieuse scène. Janvier douteux
d'abord, puis crédule et épouvanté ; Decori, avec un regard en dessous, malicieux et rieur, l'enveloppant de ses prédictions sinistres et le forçant enfin à composer. Car maître Pierre cède; il cède, je dois le dire, à un motif plus noble. Sa fille est très malade, et le chemineau promet de la remettre sur pied. Il peut prendre cet engagement ; car il sait de quel mal sourire Aline. Le père se rend :
Ne laisse pas entrer le malheur par ma porte ;
J'ai peur pour mon enfant. Tout le reste, qu'importe !
Sauve mes biens : je t'en donnerai la moitié.
Mais elle, elle! Ah! j'ai peur; ne sois pas sans pitié.
Ce fut, quand le rideau tomba sur ce quatrième acte, une longue explosion d'enthousiasme. Dès ce moment, le succès était acquis. Le cinquième acte qui est long, touffu, encombré de détails inutiles, ne l'a pas refroidi. Il serait si facile d'émonder ce dernier acte, de le rendre, à l'aide de quelques suppressions, plus animé et plus vivant.
Quel est le dénouement ?
Aline et Toinet sont mariés. Le chemineau, qui les a faits heureux, est repris par son humeur vagabonde. En vain on le prie de rester ; il faut qu'il parte ; Toinette qui l'aime, comprend ce besoin et l'excuse ; il recharge sa besace sur son épaule et sort en disant :
Et toi, suis ton destin... vieux chemineau... chemine :
Le voilà, le dénouement. Il y est ; mais mêlé à toutes sortes de détails inutiles et encombrants. Le vieux paralytique, que vous savez, n'en finit pas de faire des adieux dont personne ne se soucie. Il veut que le chemineau, après sa mort, épouse Toinette. Mais nous, qui ne le désirons pas, nous trouvons son insistance désobligeante.
Non, il fallait s'en tenir à nous montrer la décision du chemineau, et l'approbation que lui donne Toinette, qui a de l'intelligence à force d'avoir du cœur. Et cette approbation, elle la donne dans un couplet admirable de verve, dont je ne détache que les derniers vers. Elle s'adresse au pauvre gueux que tout le monde presse de rester au pays :
Dis-leur que des pays, ce gueux, il en a cent,
Mille, tandis que, nous, on n'en a qu'un, le notre ;
Dis-leur que son pays, c'est ici, là, l'un l'autre,
Partout où chaque jour il arrive en voisin,
C'est celui de la pomme et celui du raisin:
C'est la haute montagne et c'est la plaine basse ;
Tous ceux dont il apprend les airs, quand il y passe,
Dis-leur que son pays, c'est le pays entier,
Le grand pays dont la grand'route est le sentier;
Et dis-leur que ce gueux est riche, le vrai riche,
Possédant ce qui n'est à personne : la friche
Déserte, les étangs endormis, les halliers,
Où lui parlent tout bas des esprits familiers ;
La lande au sel de miel, la racine sauvage ;
Et les chansons du vent dans les joncs du rivage;
Et le soleil et l'ombre, et les fleurs et les eaux,
Et toutes les forêts avec tous leurs oiseaux.
0 puissance de la poésie sur la foule ! A ce dernier vers si pittoresque, d'une harmonie si pleine, il y a eu une longue acclamation du public transporté. Mettez ça en prose; mettez toute la pièce en 'prose; il n'en restera rien; peu de chose, tout au moins.
C'est Mlle "Weber qui a lancé le couplet. Elle l'a dit avec beaucoup de force; j'y aurais souhaité un plus profond sentiment du rythme. Il y a des vers qu'il faut absolument détacher, dont il faut suivre et marquer avec la voix le contour harmonieux. J'ai horreur de la mélopée
continue au théâtre; elle est quelquefois nécessaire. Mlle TTeber a eu dans le cours de son rôle, qui est long, complexe'et difficile, des moments superbes. Au troisième acte, quand elle sort de la grange où dort son fils, elle est incomparable de grâce digne et fière.
22 février 1897.