‹ Quarante ans de théâtre (volume 4)Chapitre 6 sur 29 · MONSIEUR LE MINISTRE · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE MINISTRE

Claretie est un écrivain de beaucoup de talent, qui a, vous le savez bien, assez d'esprit pour qu'on puisse lui dire très précisément ce qu'on pense de son œuvre, qualités et défauts.

Il m'est arrivé de prendre un de ses romans comme sujet d'une de mes conférences du jeudi. II était venu bravement écouter. Je le savais là; j'avais beaucoup de réserves à faire, et je les avais faites avec la courtoisie de paroles que l'on doit à un aimable confrère, mais aussi avec la netteté de jugement qu'exige la critique.

Et comme après la conférence nous nous en allions bras dessus bras dessous, causant de son livre :

— C'est, me dit-il, une sensation étrange de se voir, une heure durant, sans pouvoir répondre, tenu sur le gril par un homme qui blâme dans votre ouvrage ce que vous aimez le mieux, et qui vous loue des qualités où vous ne

prétendez pas. Mais je suis tout de même bien aise d'avoir passé par là.

— Eh ! bien, lui dis-je, vous êtes un des rares hommes de lettres qui en prennent ainsi leur parti! Et ce que j'admire encore le plus dans votre livre, c'est la façon dont tous en avez écouté la critique.

Xe croyez pas que ce soit là un exorde pour m'excuser des coups que je vais porter à la pièce de Claretie. Non, j'ai beaucoup de bien, vraiment, à en dire ; mais un peu de mal aussi : et je demande grâce pour l'un comme pour l'autre.

Il y a dans l'œuvre nouvelle deux courants bien distincts : l'un de pur drame, l'autre d'observations, de conversations, d'étude sociale.

Le drame est simple et connu : il peut se raconter en dix lignes.

Marianne Kaiser est la nièce d'un peintre sans talent, mais convaincu : c'est une belle jeune fille, hardie et provocante, qui a déjà eu des aventures, mais ne s'est point affichée. Elle est venue à Grenoble avec son oncle, chargé de la décoration de je ne sais quel monument. Elle s'y trouve en même temps que Yaudrey, le célèbre député que la ville a mandé pour prononcer un discours à l'inauçruration d'une statue.

Yaudrey apprend là qu'il a été choisi pour faire partie du nouveau cabinet, et parmi tous les complimenteurs qui s'empressent autour de la nouvelle excellence, il remarque cette grande belle personne, qui lui a présenté ses félicitations avec tant de bonne grâce. Il l'invite à revenir le voir à Paris.

Elle n'y manque pas. Yaudrey a pourtant une femme très gentille, une bonne petite provinciale, toute pleine de sens et d'esprit, et qui est à genoux devant son grand

homme de mari; mais la vue de Marianne l'éblouit. Il est pris à ses filets. Il y a là, au second acte, dans le cabinet ministériel, une bien jolie scène de séduction qui rappelle la scène du Fila de Gihoyer , où la baronne de Pfeiffer se faisait rattacher son bracelet par ce petit eoquebin de comte d'Outreville.

Hélas ! le pauvre Yaudrey est, lui aussi, un eoquebin : j'entends un provincial, ignorant de la vie parisienne, sans défense contre les roueries d'une femme si experte. Marianne lui tient la dragée haute, et il n'est pas plus avancé au troisième acte qu'au second. Elle le reçoit dans le plus coquet des appartements, dont il a payé l'installation, mais où il n'entre encore que par la grande porte, officiellement. Tout Paris lui donne déjà la belle Kaiser pour maîtresse, et il n'a encore obtenu que sa main à baiser. Il a tous les inconvénients de la chose sans en avoir les menus profits.

Marianne hésite, en effet. Elle s'est gardé à tout hasard un en-cas, et elle se demande si Fen-cas ne vaudrait pas mieux pour elle qu'une liaison affichée avec un personnage aussi bruyant. L'en-cas est un duc espagnol, M. de Jlosas, qui est éperdument épris d'elle, qui l'eût déjà épousée, si elle n'avait commis l'imprudence, comme il lui demandait sa main, de lui avouer une faute. Elle n'en avait pourtant avoué qu'une. Mais le duc est susceptible. Il a fort mal pris la chose; il s'est enfui désespéré. Mais il reviendra.

Il revient, en effet. Le bruit des commérages parisiens est arrivé jusqu'à ses oreilles. Il est jaloux. Il offre de nouveau sa main, mais il exige un serment : elle lui jurera qu'elle n'a jamais appartenu au ministre. Ça ne lui a pourtant pas réussi une première fois à ce pauvre duc! Rien ne serait si simple que de faire ce serment, puis-

qu'après tout il est conforme à la vérité, puisque le duc est fabuleusement riche, puisqu'il lui donne avec sa fortune son nom et un rang dans le monde, puisqu'elle n'aime pas Vaudrey; mais elle se pique d'amour-propre, on ne sait pourquoi ; je ne l'ai pu deviner, au moins ; elle lui dit :

— Prenez-moi comme je suis, les yeux fermés.

C'est une prétention un peu exorbitante chez une femme qni a déjà laissé échapper le premier aveu. Le malheureux duc fait la grimace à cette proposition et s'en va, remportant son désespoir d'autrefois.

Yaudrey arrive au bon moment :

— Prenez-moi, mon maître, lui dit-elle ; je suis à vous.

Au quatrième acte, il n'y a peut-être plus qu'une personne à Paris qui ne sache pas la liaison du miuistre avec Marianne, c'est Mme Yaudrey. Tout le monde en parle, et les journaux à scandale y font allusion en termes plus ou moins clairs.

Il y a bal au ministère. Mlle Kaiser y est venue triomphante, au bras de son oncle. On chuchote sur son passage. Le numéro d'un journal où son histoire est contée brutalement tombe aux mains de Mme Yaudrey, qui surprend son mari causant d'un peu trop près avec la belle. Un ministre ! Dans un bal officiel, chez lui ! En vain essaye-t-il de calmer sa femme ! Elle fait un éclat ; elle jette au nez de Mlle Kaiser le mot de maîtresse et lui enjoint de sortir. C'est la scène de la Princesse Georges.

Le pauvre mari fait une figure assez piteuse.

— Yoas me laissez insulter chez vous! lui dit Mlle Kaiser.

Le duc de Kosas s'avance alors. C'est un brave garçon, ce duc, un peu bête tout de même, mais plein de cœur. Il traite le ministre de lâche, et prenant le bras de Mlle Kaiser :

— Je vous présente la future duchesse de Rosas, dit-il.

Et il l'emmène.

Dans l'intervalle d'un acte à l'autre, Vaudrey reçoit un bon coup d'épée que l'on fait passer, dans le public, pour une fluxion de poitrine. Le mal qui le retient au lit n'est pas son souci le plus grave. Il a signé beaucoup de lettres de change, au temps de sa liaison avec M"e Kaiser. Si elles étaient protestées! Yn ministre! D'autre part, sa femme, qui est restée pour le soigner, a déclaré qu'aussitôt qu'il serait sur pied, elle se séparerait de lui. Scandale sur scandale.

Vaudrey a par bonheur pour ami un Parisien fin et avisé, et qui de plus est fort riche, M. de Lissac. Ce Lissac connaît fort bien MIle Kaiser, qu'il a cueillie un jour, en passant, d'une main discrète. Il s'arrange tout bas avec elle pour payer les lettres de change et pour couper court aux calomnies qui commencent à bruire dans l'ombre. Ce n'est pas tout. On a profité de la maladie de Vaudrey pour le miner à la Chambre. Une interpellation va se produire, à laquelle on espère qu'il ne pourra répondre. Mais il s'est guéri; et tandis que les médecins publient de faux bulletins, qui le présentent encore comme couché et incapable de recevoir, il se rend sournoisement à la Chambre, monte à la tribune, confond ses ennemis, enlève un vote de confiance, et revient plus ministre que jamais.

On l'entoure, on le félicite. Mais il en a assez de tous ces tracas, de tous ces ennuis ; il est dégoûté, écœuré des bassesses humaines, des misères de la politique, et il envoie sa démission. Il ne songe plus qu'à la retraite.

Ah ! si sa femme voulait l'y suivre ! Mais elle est inexorable. C'est encore Lissac qui lui enlève cette épine du pied. Lissac montre à Mme Vaudrey les lettres de change qu'il a retirées de la circulation.

— Quoi ! s'écrie Mme Vaudrey ingénu ment, il payait cette femme ?

— Assurément, répond Lissa c.

— Il ne l'aimait donc pas, puisqu'il la payait ? Je puis pardonner alors.

Et elle pardonne.

La conséquence ne m'a pas paru des plus logiques. Car enfin il serait assez sot de payer les femmes qu'on n'aime pas. La seule excuse de Mme Vaudrey pour raisonner ainsi, c'est qu'elle est provinciale. Et puis le mot termine la pièce à la satisfaction générale. Tout le monde sera heureux, même Vaudrey, qui évidemment n'avait pas en lui l'étoffe ni les ambitions d'un homme d'Etat, et qui n'était bon qu'à planter ses choux.

Telle est la fable imaginée par M. Jules Claretie. Elle en vaut une autre, et elle en rappelle beaucoup d'autres. Mais cela importe peu. Car ce n'est pas évidemment dans l'agencement de cette action dramatique que M. Jules Claretie a mis ses plus grands soins et cherché son meilleur succès. Il a eu des visées plus hautes. Il a cherché à peindre le monde politique, et ce drame n'a été pour lui qu'un fil destiné à relier les conversations où se marquent l'esprit, les idées et les tendances de ce monde particulier.

C'est sur ce point que Jules Claretie a porté l'effort de son travail. Xous ne saurions lui en vouloir, nous qui aimons par-dessus tout la comédie de mœurs. C'est aussi sur ce terrain que nous allons le suivre.

5 février 1883.

Le premier mérite, de Monsieur le Minisire, c'est qu'il n'est pas un vaudeville soufflé en comédie. L'auteur a essayé de peindre les mœurs de son temps, il a voulu nous donner un tableau de la vie politique en 1883. Il a relégué au second plan, comme faisaient les maîtres, la fable de son drame. Elle n'est pour lui qu'un fil à l'aide duquel il relie les divers épisodes qui caractérisent son véritable sujet. Cette fable, nous l'avons racontée. Elle est après tout assez intéressante. Les scènes au travers desquelles elle se déroule sont habilement coupées ou distribuées : au premier acte, Marianne Kaiser se présente au nouveau ministre ; au second, elle l'empaume ; au troisième, elle se donne à lui; au quatrième, elle triomphe insolemment et se fait jeter à la porte par la femme légitime ; au cinquième, elle revient, sous les espèces de la duchesse de Rosas, liquider la situation. Tout cela est très correctement, très proprement aménagé. La grande scène, la scène à effet, se trouve comme il convient dans les pièces bien faites, au quatrième acte. Au second acte, il y a une scène de flirtation qui est tout à fait charmante, celle où cette coquine de Marianne feint d'éprouver pour son compte le trouble où elle jette M. le ministre. C'est, à mon avis, la meilleure de l'ouvrage, et elle a été jouée à ravir par Marais et Mme Magnier.

Mais, encore un coup, ces qualités d'agencement dramatique sont, dans une comédie de mœurs, des qualités de second ordre, bien qu'elles contribuent grandement au succès et qu'il soit presque impossible à une œuvre de théâtre de s'en passer. Jules Claretie a visé plus haut.

Il a voulu peindre le politicien des nouvelles couches. L'aigle d'un barreau quelconque d'une petite ville de pro-

vince s'est jeté dans la politique ; il a apporté du fond de sa province à la Chambre des convictions fortes, une grande honnêteté native , quelque talent de parole, et, par-dessus tout, une parfaite inexpérience de la vie parisienne. Les hasards du parlementarisme le mettent en vue ; on lui offre d'entrer dans une combinaison ministérielle. Il accepte. Le voilà du jour au lendemain bombardé ministre, tiré de son obscurité, ébloui tout ensemble et ravi de cette élévation soudaine.

Que va-t-il se passer dans cette âme ? Aura-t-il la tête assez forte pour résister à cet enivrement soudain du pouvoir ? Saura-t-il, lui, le naïf de province, se démêler des intrigues qui vont s'ourdir autour de lui? Son honnêteté native ne se laissera-t -elle pas entamer ou par le septicisme blagueur de Paris ou, ce qui serait pis encore, par de basses et honteuses propositions ? Comment, en un mot, soutiendra-t-il cette nouvelle fortune qui lui tombe inopinément sur les épaules ?

Le sujet est original, car il est puisé dans les mœurs contemporaines. Jadis, un homme n'arrivait au ministère qu'après s'être rompu longtemps, soit dans les bureaux, soit dans les commissions, soit dans les ambassades, à la pratique des affaires. La politique n'avait pas alors de coquebins. Ce n'est guère que depuis l'avènement des fameuses nouvelles couches de Gambetta que les ministres ont pu sortir, en une nuit, de dessous terre, après une pluie d'orage, comme des champignons sans racines.

L'étude des altérations que doit subir un provincial transplanté tout à coup dans ce milieu était donc curieuse à faire. Eh ! bien, mon grand, et peut-être mon seul reproche à Jules Claretie, c'est qu'elle n'est qu'indiquée. La critique est ici extrêmement difficile à préciser, parce qu'elle ne porte pas sur un point particulier, que je puisse saisir

et vous mettre sous les yeux : elle s'attaque à ce qui n'existe pas, à ce qu'on sent qui manque. Et comment rendre le néant visible, comment le formuler ?

L'observation de Claretieest juste en général; mais elle est superficielle. Elle n'a pas les dessous dont m'a quelquefois parlé son collaborateur Alexandre Dumas, quand il me contait la genèse de ses propres pièces. Claretie, lui, se contente de la vérité courante, de l'à-peu-près ; il regarde à fleur de peau; les personnages qu'il jette sur la scène sont plus agités et plus vibrants que vivants. Leur conversation est un papotage très animé, très brillant, d'où partent quelquefois des mots très drôles; mais de ce dialogue on n'emporte pas un sujet de réflexions profondes ; ses mots ont l'allure du petit journal, et quelques-uns même en viennent.

Prenez au second acte la peinture du cabinet d'un ministre. C'est cela et ce n'est pas cela. Yoilà bien le va-etvient des amis, des solliciteurs, des chefs de service, des garçons de bureau. Mais ni les physionomies ne sont marquées d'un trait assez vif, ni les paroles qu'on leur prête ne sont assez caractéristiques. Chez le ministre même, je ne sens pas assez l'honnête ardeur du néophyte enflammé du désir des réformes et l'infatuation naissante du parvenu qui la cache sous une affectation de bonhomie.

Tout le tableau amuse les yeux et les oreilles, sans occuper ou, si vous aimez mieux, sans préoccuper l'esprit. Quelques détails même choquent par trop la vraisemblance et sentent la caricature : ainsi les petites Madurel, les filles du sous-secrétaire d'État, qui improvisent, en guise de sonate au piano, une conférence alternée sur l'instruction laïque obligatoire. Ici le trait n'est pas seulement trop gros, il est peu juste.

J'ai peine aussi à me figurer un sous-secrétaire d'Etat

aussi nigaud que Hadurel, et la femme d'un haut fonctionnaire aussi ouvertement méchante langue que Mme Madurel.

Un homme qui a passé par l'administration me disait : Tout ministre qui arrive au pouvoir ne manque jamais de faire venir le directeur de la presse, chargé de lire les journaux pour les hommes d'Etat qui n'ont pas le temps de lé faire eux-mêmes, et lui recommande de ne lui rien cacher de tout ce qu'on écrira contre lui. Il veut la vérité, toute la vérité.

Le directeur de la presse s'incline.

Que fera-t-il ensuite de ces ordres ?

Celui de Claretie dérobera à son ministre les attaques qui lui seraient déplaisantes. Ça, c'est de l'observation vraie, si vous voulez, mais une observation générale et de surface.

Le véritable employé collige soigneusement les articles les plus virulents, les plus infâmes, et, à l'heure du travail, avec une correction parfaite qu'il assaisonne d'un faux air de regret, il se donne le délicieux plaisir de voir la grimace de son chef, et de recevoir des remerciements pour le zèle avec lequel il s'est empressé de lui servir cette amère pilule.

Yoilà la vérité vraie, profonde ; voilà la comédie. Il y a au troisième acte une scène dont le succès est immense tous les soirs. Le ministre est chez sa maîtresse, quand un ébéniste se présente pour raccommoder un petit meuble. L'homme d'Etat s'amuse à faire causer ce brave homme et le met sur la politique. Eh ! bien, je ne sais, mais il me semble que les vrais, les profonds sentiments de i "ouvrier parisien ne sont pas résumés dans ce dialogue. Celui de Claretie parle un langage de convention ; c'est un ouvrier de livre de distribution de prix.

Cela amuse parce qu'il fait la leçon aux ministres ; mais cela sonne faux. Non, ce n'est pas ainsi que pense et parle, chez nos ouvriers de Paris, si éveillés sur les questions sociales, si ardents — même les meilleurs et surtout peut-être les meilleurs — la passion politique. Là encore, c'est de la vérité si l'on veut, mais une vérité de surface. La scène n'en est pas moins fort jolie, et Saint-Germain la joue avec une finesse merveilleuse.

Au dernier acte, Vaudrey, revenu de ses égarements et dégoûté du pouvoir, exhale son chagrin dans une longue tirade, où il dit qu'il n'a vu partout qu'intrigues, ambitions personnelles, que tout le monde lui a parlé de ses intérêts particuliers, mais qu'on ne lui a pas dit un mot de la France.

C'est un morceau de bravoure très brillamment exécuté, et l'effet en est grand sur le public. Ce qui me le gâte, c'est que, durant ces quatre actes, je n'ai pas vu ce ministre plus occupé de la France que les autres. Il a passé son temps à écouter des commérages et à faire la cour à une drôlesse. Il est mal venu à se plaindre que ces autres, qui ont moins de responsabilité que lui, l'imitent sur ce point.

Ces plaintes ne sortent pas d'un cœur vraiment affecté. La tirade est voulue. C'est une tirade pleine de verve et de mots sonores, mais c'est une tirade.

Ce qui me semble faire défaut dans toute la pièce, c'est précisément ce qu'a cherché Claretie, c'est la vérité ; non une vérité banale et de surface, celle-là y est le plus souvent; mais la vérité profonde, définitive, éternelle.

Je m'en voudrais de rester sur cette impression fâcheuse.

Cette pièce si touffue le premier jour, et qui reste encore telle, même après les élagages du second, est toute semée d'épisodes charmants, et pour n'en citer qu'un : je sais peu de discours plus drôles que celui qu'adresse le général au

ministre, qui vient d'apprendre sa nomination : « Monsieur le ministre, j'aime le bronze, le bronze qui tue les ennemis de la patrie et qui immortalise ses grands citoyens », et après quelques phrases où il commente cette antithèse, il en cherche une plus brillante que les autres, qui soit le mot de la fin, et, ne la trouvant pas, il répète : « J'aime le bronze, j'aime le bronze. »

Il y a bien un peu de charge. Mais cela est si gai, si spirituel ! Et puis — c'est affaire de goût — il me semble qu'ici la caricature ne passe pas les limites du grossissement qu'autorise et qu'exige le théâtre. Le dialogue étincelle de ces mots qui portent la marque de fabrique : Dumas et compagnie. Sont- ils de Dumas? Sont-ils de Claretie? On n'en sait rien ; Claretie possède à un si prodigieux degré le génie de l'assimilation, qu'il est capable, après s'être approprié le procédé, de faire des mots à la Dumas, mieux que Dumas lui-même. Il y en a beaucoup dans Monsieur le Ministre, et qui ne contribuent pas pour une part médiocre au grand succès de l'ouvrage.

12 février 1883.

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