‹ Quarante fac-similés d'après Eugène Carrière gravés pour la vente de l'atelier du maître, Hôtel Drouot, 8 juin 1906Chapitre 11 sur 15 · XLII · texte numérisé non relu

XLII

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recourbé, continue les bosses du front, se prolonge par les pommettes; un pli dédaigneux avance la lèvre inférieure; la barbe descend en ondes qui se perdent dans l’ombre. On dirait, sculptée par la main de Michel-Ange, dans le roc, la tête d’un faune sérieux où l’âme de la nature arrive à la conscience d’elle-même, et le souvenir s’éveille des groupes où l’artiste a modelé, dans ses marbres frémissants, les ivresses, les angoisses, les terreurs du mystérieux amour qui se prend pour la recherche du bonheur.

Ainsi Carrière ne voit pas une tête ou un corps comme des surfaces, il n’en copie pas l’apparence scrupuleusement; il les voit d’ensemble, dans leur unité, dans la loi de leur structure, et il subordonne tous les détails au plan supérieur qui les domine. Le même esprit de synthèse qui dans ses croquis ne laisse de la forme que ce quelle a d’expressif, la lui fait rétablir dans tous ses droits, quand il arrive à l’œuvre définitive. Dans ses tableaux, où il est vraiment lui-même, le dessin est fait de ces deux éléments : justesse expressive, construction savante ; vous y trouverez la fougue intérieure qui agite ses esquisses, le mouvement passionné, le geste où tout l’être se projette, mais l’action est contenue dans les limites de la forme qui, en l’arrêtant, ajoutent à l’impression de la force qui les voudrait franchir. Le talent de Carrière harmonise ces dons en apparence contraires : sensibilité ardente et intelligence lucide, passion et logique, élans soudains et volonté tenace.

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