XLI1I
L’art subtil et profond de Carrière, tout d’abord compris par un petit groupe d’élite, a vu progressivement le nombre de ses admirateurs grandir jusqu’à devenir légion.
Beaucoup, en effet, ont appris peu à peu à regarder une œuvre d’art, à ne plus se contenter d’un coup d’œil distrait pour juger une toile et à ne plus s’en détourner avec indifférence sous le prétexte que la technique du peintre diffère de celles auxquelles nos yeux sont habitués.
Iniquité qui condamne les novateurs à ces jugements sommaires de la foule que révisent, heureusement, quelques libres esprits.
Or, regarder une œuvre de Carrière avec l’attention quelle mérite, c’est la comprendre, c’est l’aimer, c’est en être épris jusqu’à l’obsession — et si jamais un grand artiste a été compris et expliqué avec une émouvante sincérité et avec une claire éloquence par quelques-uns, c’est bien celuici, n’en déplaise à Degas qui, dans une boutade célèbre, affirme que « la littérature explique la peinture sans la comprendre ».
En contemplation devant une de ces merveilleuses têtes d’expression qui constituent le summum de l’art de Carrière, et comme l’aboutissement logique de son génie, un raffiné d’art me disait : « Devant une belle œuvre, j’ai