‹ Quarante fac-similés d'après Eugène Carrière gravés pour la vente de l'atelier du maître, Hôtel Drouot, 8 juin 1906Chapitre 6 sur 15 · JEUNE FILLE AU RUBAN (PROFIL · texte numérisé non relu

JEUNE FILLE AU RUBAN (PROFIL

magnifique, — me répéta-t-il à plusieurs remises - t-t sensation du retour!.,. Je t’expliquerai cela mieux is tu chaîne fois... Il faut que tu saches cela!... »

Il ne devait pas y avoir de prochaine fois. Le mon venu de le quitter, je !e laissai à regret. Je ne pouvais me résoudre à abandonner ce qui restait de ce martyr. Il me rappela pour nous embrasser encore, puis me suivit jusqu’à la porte d’un regard triste et profond que j’ai pour toujours en moi. Mon ami Richardin, avec qui j étais, eut la même sensation d’un adieu. C’était fini, en effet. Le lendemain, je recevais ce mot : « Eugène Carrière s’est éteint sans souffrances. » Sans souffrances, — mais après plus de trois années où il se voyait s’en aller minute par minute. Depuis le rcr novembre 1905, depuis cinq mois, il ne s’était pa-. relevé de son lit de douleur.

C’est ainsi qu’il eut ses derniers entretiens avis

amis.

Je ne crois pas qu'il y ait eu jamais spectacle plu triste que celui de cette force qui diminuait > ! >l!; e ; davantage.

Cet homme en pleine possession de son • f d’artiste, en plein exercice de son intelligence, m puissante et si fine, se voyait disparaître vivant. 11 était comme un blessé sur un champ de bataille, qui ne peut plus se levei et combattre, qui voit tomber le jour et s’avancer la nuit. Mais quel autre spectacle il donnait en même temps que celui-là ! Ce blessé à mort continuait, malgré tout, à prendre part Je la bataille humaine. Il n’eut pas un abandon de sa pensée, ni un abandon de la pensée des autres. Quand ii avait écrit, — car d’abord il dut écrire, et les feuillets crayonnés se succédaient avec une extraordinaire rapidité, — quand il avait écrit, dis-je, en quelques mots brefs, les

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