NT PE TO I LU LU D
CE] — | ; | Fr e e Ë L É UNE EXCURSION DANS L'UTAH 1 ; * QUELQUES MOTS SUR LES MORMONS S i e 1 4-8 NOVEMBRE Un Canûôn, — La mine Ontario. — Traitement du minerai. — Provo Valley — Le Mormonisme. — Aperçu historique de l'établissement des ’ Mormons dans l’Utah, — La situation actuelle, — Départ de Salt Lake n City. — Le grand lac Salé,
1 novembre, — Dès sept heures du matin nous nous mettons en route; les chemins que nous aurons à par- () courir sont assez difficiles, paraît-il, et nous avons 0 : 33 milles à faire pour atteindre le but de notre excurt
Es
sion, la mine Ontario, située dans la région qu'on appelle Parley's Park, dans les monts Wahsatch, à l'est de Salt Lake City. C'est, dit-on, la mine d'argent de l'Utah qui offre actuellement le plus d'avenir.
Quatre chevaux sont attelés à notre véhicule et en commençant nous avançons rapidement. Il fait un froid très vif et nous nous applaudissons d'avoir pris nos fourrures.
pr Re ARR ARMES
RS RER Et AT
Nous passons devant le Canôn par lequel les Mormons sont arrivés sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Salt Lake City, puis bientôt nous entrons dans celui que
nous devons suivre pour arriver à Parleys Park. Ici nous ralentissons notre allure.
C'est une chose curieuse que ces Canôns, qui tous se ressemhlent dans leurs caractères essentiels. Celui que nous parcourons peut donner une idée de ce que sont es autres.
Qu'on s'imagine une gorge étroite surplombée de chaque côté par des bloes énormes paraissant prêts de s'effondrer, ou par des murs de granit ou de roches calcaires, lézardés, crevassés, qui, dans leurs anfrac: tuosités laissent pousser quelques chênes rabougris, des arbres verts chétits, des touffes d’herbeset d'arbustes qui semblent manquer de vie; au-dessus une suite de pics neigeux s'élevant en étage; au fond de la gorge un torrent parfois caché dans la verdure, parfois courant à découvert, qui de cascade en cascade s'en va rejoindre la rivière circulant dans ia vallée que nous venons de quitter. Tel est le Canôn que nous suivons.
Le chemin devient de plus en plus difficile : tantôt il court à mi-côte, tantôt redescendant au fond du ravin il côtoie le torrent. Parfois il &evient si étroit qu'il semble que voyageurs, chevaux et voitures vont rouler dans l’abîime. Mais l'homme qui nous conduit est si merveilleusement habile, que nous n'éprouvons pas la moindre crainte. Un temps superbe nous favorise et il serait difficile de décrire les très beaux effets de lum.ûre et de coloration qui se produisent à mesure que le soleil montant vers le zénith vient éclairer d'abord !35 cimes recouvertes de neige, puis les croupes tour mentées, püis les profundeurs du ravin.
Nous faisons une halte à moitié chemin, et enfin après
ea nb ci Si dE
huit heures et demie de route nous arrivons à destination. Il a'est encore que trois heures et demie, et, guidés par M. Haggin, le fils d’un des propriétaires de la mine, nous commençons immédiatement notre visite par le moulin où l'on traite le minerai.
Le système en usage n’est pas d’un emploi très général. Il a été adopté ici en raison de la minime quantité de plomb contenue dans le minerai. Celui-ci est d’abord, s’il est en morceaux trop considérables, concassé par l'intermédiaire d'un rock-breaker, sorte de marteau en fonte de fer qui se meut comme un battant de cloche dans un conduit en fonte de fer également, par où on précipite le minerai. Ces morceaux concassés et ceux qui se trouvent naturellement de dimensions convenables sont alors amenés par un courant d’eau sous des pilons en fonte de fer toujours, du poids de sept cencinquante livres chacun. Ce courant d’eau emmène ensuite le minerai réduit en poudre presque impalpable par l'action des pilons, dans de larges cuves rectangulaires et l'y laisse se déposer au fond. De là on le retire pour le porter dans les pans, grandes cuves er: fonte où on le mélange avec du chlorure de sodium, du sulfate de cuivre et du mercure dans des proportions déterminées par l'analyse du minerai. On ajoute de l'eau chaude en quantité suffisante pour faire du tout une masse boueuse, activer et rendre plus efficace par la vapeur l’act'on du inercure, Dans les cuves, deux roues dentées tournant sur un même axe vertical en sens opposé, avec une vitesse considérable, brassent toutes ces matières et en forment un tout compact, Un nouveau lavage débarrasse l'amalgame d'argent qui
80 PREMIÈRE l'ARTIE,
s’est produit des matières étrangères, puis on le filtre à travers une toile. Le mercure liquide traverse les mailles de la toile et l’alliage reste sous la forme d'une pâte consistante. On ie porte dans des retortes ou cornues chauffées au rouge vif; le mercure se vaporise et, reçu dans un condensateur, est recueilli avec soin.
Quant à l'argent, on le fond dans un creuset avec du torax et on le coule rapidement dans un moule d’où il à sort sous la forme de brique. Le borax a retenu les quelques parties étrangères qui restaient dans le métal et forme une croûte au-dessus du creuset.
La brique d’argent ainsi obtenue, contient toujours de 8 à 10 $ d'or et quelquefois un peu de plomb. Elle pèse en moyenne 1,600 onces. Elle vaut aujourd'hui 1 $ 20 l’once environ, ce qui lui attribue une valeur d'à peu près 2,000$. Il faut environ 20 tonnes du minerai qu'on extrait aujourd’hui pour obtenir une brique.
Le moulin n'est muni que de vingt pilions et on ne peut en ce moment obtenir qu'une brique et demie par jour. L'an prochain il y aura cinquante pilons de plus, et le moulin pourra produire 10,000 $ par jour.
La machine employée est d’une force de 50 chevaux. Elle est chauffée avec du bois et en consomme 8 cordes par jour. La corde ici a 4 pieds de hauteur, 4 de largeur et 8 de longueur, Elle revient à environ 3 $ 1/2.
La nuit est venue, nous quittons le moulin et nous nous acheminons vers une cabane, décorée du nom pompeux d'hôtel, où nous dinons; puis nous montons à la mine, située à 2 milles de distance plus haut dans la montagne.
| 1) Al
Tara tit M RER à POESIE
TS CT LL ne
ST
ee de |S ra
Elle n’est en exploitation que depuis deux ans, mais elle s’annonte comme une des plus riches qui soient connues. Ce ne semble pas devoir être une poche, mais un véritable filon d'une profondeur extraordinaire et qui paraît s'étendre à une distance considérable.
La composition des monts Wahsatch semble complexe. La chaîne à l'est de Salt Lake est en granit gris qui forme l’arète principale. Celle-ci est fianquée de couches épaisses de quartz et de pierres calcaires où se trouvent généralement les filons. À Ogden, la roche principale est en général un composé de feldspath de soude et du silicate connu sous le nom d’'amphibole, ce qui constitue la Syenite, qui appartient aux terrains granitiques et porphyroïdes.
Dans l'Ontario Mine, il n'y a encore que 1,800 pieds de galeries ouvertes au premier et au second étage, qui sont l’un à 100 pieds, l’autre à 200 pieds au-dessous du sol, De nouvelles amorces ont été ouvertes à 300 et à 400 pieds et le filon s’y est trouvé aussi riche que dans les galeries actuellement en exploitation.
Des pompes d'épuisement sont nécessaires ; la machine en usage actuellement n'est que de 25 chevauxvapeur, mais on travaille activement à en établir une autre plus considérable.
Les frais de l'exploitation totale montent aujourd'hui à environ 16,000 $ par mois, et le bénéfice net à 6,500 $.
Il y a 80 ouvriers en tout, dont 45 employés dans la mine. La journée est de dix heures. Les mineurs sont payés de 2$ 1/2 à 3$ par jour. Le contre-maître recoit 200 $ par mois; le directeur 1,000 $. Le directeur du moulin que nous avons visité en arrivant reçoit 400 $.
Jde
Les ouvriers sont logés dans une grande maison en bois, où le second sert de dortoir et le premier de salle à manger. Une dizaine seulement sont mariés ou du moins ont leur femme avec eux. Ceux-là vivent dans de petites maisons à part. Les ouvriers célibataires sont nourris par les propriétaires de la mine, et fort bien nourris. La cuisine est faite par trois cuisiniers chinois. J'ai assisté au repas du soir, le plus léger, qui se composait de deux plats de viande, légumes, fromage, dessert et de thé pour boisson. L'entrée des autres liquides n'est pas permise dans l'établissement, Le directeur mange à la même table que les mineurs, en même temps qu'eux et se nourrit de même.
Tous ces gens semblent bien portants et heureux. Et cependant, il n’en est pas un seul peut-être qui, quand il aura réalisé quelques économies, ne se hâtera de partir à la recherche de nouvelles mines. Le même fait se reproduit partout. L'insuccès ne les décourage pas. Au bout de quelques mois de fatigues inouïes, quand leurs ressources sont épuisées, ils viennent reprendre leur travail pour, de nouveau, au bout de trois ou quatre ans, s’empresser d'aller encore tenter la fortune quand ils en ont le moyen.
Nous ne terminons notre visite que tard dans la soirée et ce n’est que vers onze heures du soir, par un froid très pénétrant, que nous quittons la mine pour redescendre à l'auberge où nous avons dîné et qui doit nous abriter pour la nuit,
5 novembre, — De bonne heure le matin, accompagné d'un chasseur du pays, je me mets en route pour batire un peu la contrée et voir si j'y trouverai un motif de
Nbibiee à
séjour ; le temps est très froid et mon compagnon ne semble pas rassuré, il craint quelque ouragan de neige, Sans donc nous risquer sur les hauteurs, nous battons les bois de sapins qui en couvrent la base et les immenses étendues de Sage Brush « Artemisia », de la vallée, Nous parcourons aussi successivement divers Canôns qui tous se ressemblent, mais sans grand succès. Je rentre toutefois avec quelques grouses de l'espèce appelée dans ce pays Ruffled grouse, dont le nom scientifique est, je crois, « Bonasa uinbellus », et un lièvre blanc qui me paraît assez extraordinaire.
I! nous fournit un excellent rôti pour le souper, aprés lequel je donne l'exemple à mon chasseur qui a nom « Lanksford » et vais me coucher. Je suis décidé à pénétrer plus avant dans l'intérieur du pays et à tâcher d'atteindre la région où se trouvent les grands cerfs des Montagnes Rocheuses et les ours, si le temps n'est pas trop défavorable. Rothschild m'avait quitté dans la journée et était reparti pour Salt Lake City.
6 novembre, — De grand matin M. Haggin, Lanksford, le jeune Bellemans, que Rothschild avait amené avec lui et qu'il m'avait laissé, et moi, nous nous mettons en route pour la vallée connue sous le nom de Provo Valley, dont nous sommes séparés par un massif assez considérable. Cette fois, le chemin est à peine tracé: nous nous embarquons cependant dans un léger boggey attelé de deux chevaux qui doit nous mener à destination. La route s'effectue sans trop de difficulté; parfois, il est vrai, nous marchons à pied, poussant la voiture dans les endroits trop à pic, ou la retenant dans les côtes trop rapides ; ou encore lorsaue nous montons
ou nous descendons ie long des flancs de la montagne, nous sommes obligés de nous suspendre aux poignées de cuir qui sont fixées à la voiture et de nous porter sur les marche-pieds, tantôt à droite, tantôt à gauche, du côté opposé à l'abîime et obéissant aux injonctions de notre automédon qui, en équilibre sur son siége, nous crie: « Starboard! » ou « Port!» suivant la nécessité.
Le pays est des plus pittoresques, le panorama très étendu. En arrivant dans la vallée, comme le temps semble de moins en moins sûr, Lanksford me conseille de remettre à demain notre expédition sur les hauteurs et de descendre en chassant le long de la vallée jusqu'à la petite ville de Heber, où le boggey ira nous attendre. Nous sommes arrivés à un chemin très praticable et le conducteur pourra aisément se tirer seul d'affaire.
Ceci décidé; nous nous mettons en chasse, remontant le cours de la petite rivière de Timpanogos, qui va se jeter dans le lac Utah auquel le Jourdain, comme je l’ai dit, sert de déversoir dans le grand lac Salé. Vers trois heures, après avoir parcouru une assez grande étendue de pays, dont quelques parties sont assez bien cultivées, et dont d’autres servent de pâturage à des troupeaux de bestiaux assez considérables, nous arrivons à Heber City, qui, malgré son nom sonore, n'a guère que cent ou cent cinquante habitants. Il n’y à pas d'auberge, mais l'évèque mormon de l'endroit, M. Hatch, s'empresse de nous faire le plus aimable accueil. Il a déjà lunché, mais ses femmes sont encore à table. Il donne des ordres et bientôt mes compagnons et moi
Va
nous nous trouvons confortablement assis à une table très bien garnie d’où, malgré toutes mes instances, M. Hatch a fait lever ces dames, qui de plus sont forcées de nous servir. Très embarrassé, je leur offre mes excuses, elles en semblent très étonnées. Mes compagnons, plus au fait des usages mormons, ne font pas tant de facons et se hâtent de faire honneur au repas. Force m'est bien de me résigner à faire comme eux.
En sortant de table l'évêque, nous offre l'hospitalité jusqu'au lendemain; comme Lanksford, il nous assure qu'un ouragan de neige est à prévoir. S’il en est ainsi, il ne nous sera pas possible de chasser avant quelques jours, mais ce qui m'inquiète le plus c’est que la route de retour ne sera plus praticable.
En ayant causé avec M. Haggin, je me résouds à abandonner mon projet et nous nous décidons à rentrer à Salt Lake City, mais surtout à nous hâter de repasser la montagne ce soir et de revenir coucher à la mine Ontario.
Notre chasse avait été assez fructueuse : j'avais tué pour ma part un magnifique canard sauvage, des bécassines, quelques grouses de l'espèce appelée Pintail grouse et plusieurs Jachkass Rabbits « Lepus callotis ».
Nous en offrons la plus grande part à notre hôte, et, prenant congé Jde lui, nous nous hâtons de remonter dans notre boggey.
La neige prévue ne tarda pas à tomber, mais en petite quantité d'abord, et nous n’eûmes que peu de difficulté en somme à traverser la montagne; de l’autre côté seulement, elle devint plus abondante; par deux fois nous per imes la route et, pour la rejoindre, une
zZ O us < æ) — « > LL] (0) < :