‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 12 sur 71 · HA · texte numérisé non relu

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fois surtout, il fallut toute l'adresse de notre conducteur et la sûreté de pied de ses chevaux. Mais enfin vers minuit nous nous retrouvions à l'abri dans la retite auberge que nous avions quittée le matin.

A notre réveil, tout le pays était couvert d'une épaisse couche de neige. Nous rentrons, M. Haggin et moi, à Salt Lake City, où je retrouve Rothschild et le docteur Davesne. Notre départ pour San Francisco est aussitôt fixé au lendemain, Je profite &es quelques heures qui me restent pour lier connaissance avec plusieurs des notabhilités de Salt Lake City, que je n'avais pu encore rencontrer, et de qui j'obtiens bien des renseignements curieux.

En somme, le Mormonisme n'est pas une religion absolument nouvelle. On trouve dans l'histoire des exemples nombreux de sectes religieuses ou de peuples même, qui ont soutenu être les seuls qui eussent droit à la faveur de Dieu et qui, altérant le sens des Ecritures, ont prétendu y trouver la sanction de tous leurs débordements et de toutes les cruautés. Sans remonter très haut, le nom même que les Mormons ont donné à leur Église, ce nom de Nouvelle Sion, dès le temps de Luther, en 1534, Jean de Leyée l'avait donné à celle qu'il cher-

. chait à établir. Il avait institué la polygamie comme

Brigham Young l'a fait dans l'Utah, et les atrocités commises à Munster, à Ziwchau, par les fanatiques seetaires qui l'avaient pris pour leur chef, peuvent être mises en balance avec celles dont se sont rendus coupables les Mormons,

Un esprit d'intolérance dont on ne peut se faire aucune idée, un fanatisme sauvage, sont chez ces derniers les fruits naturels de leurs doctrines.

Le Mormonisme est la glorification du Moi. Il n'impose aucune contrainte aux passions les plus basses. Il enseigne au contraire qu'elles peuvent être tournées à la plus grande gloire de Dieu et de la religion. Il promet à ses adhérents le triomphe sur leurs ennemis et uns domination absolue sur le monde. « Les Saints des derniers jours », comme ils s’intitulent eux-mêmes, écraseront les Gentils sous leur talon, ils deviendront les possesseurs des terres, des maisons, des richesses de ceux qui n'ont pas la foi.

Par la polygamie, les « Saints » peuvent se constituer un royaume vour « l'éternité ». Que si on leur fait remarquer que le nombre des femmes, même dans « l'Utah », étant à peu près égal à celui des hommes, forcément il en est qui constituent leur royaume pour l'éternité au détriment des autres, ils répondront que le juste seul a le droit d’avoir femme, et que si le pécheur en possède une, elle peut lui être enlevée.

Ce qui est admis pour la femme étant admis pour tout le reste, le vrai Mormon n'a aucun respect pour la propriété, la liberté, la vie même de ceux qui ne partagent pas ses croyances.

Chez les Mormons, l'Église est un pouvoir politique qui prétend à une souveraineté temporelle absolue, Et si maintenant, en apparence, il n’en est plus ainsi, de fait c'est encore Brigham Young le véritable gouverneur de l'Utah,

. C'est une conséquence naturelle de l'organisation

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sociale des Mormons où les membres de la communauté, pour le plus grand nombre, ne possèdent rien en propre, les uns ayant fait don à l’Église de leurs biens et n’en usant qu'à titre d'intendants, les autres n'ayant pu s'établir que grâce à des prêts faits par elle, dont ils ne peuvent jamais arriver à se libérer tout à fait.

En opposition absolue avec les principes primordiaux de toute société établie, «les Saints des derniers jours » se sont toujours trouvés en lutte sourde ou ouverte avec les habitants de diverses contrées où tour à tour ils se sont réfugiés, fuyant ce qu’il leur plaît d'appeler les persécutions de Gentiis. Aujourd'hui une crise est de nouveau imminente, il est impossible de le nier. Un court aperçu historique sur Brigham Young et l'établissement des Mormons dans l'Utah pourra aider à le faire comprendre,

Brigham Young est né dans le Vermont en 1801. Dans sa jeunesse, il fut peintre en bâtiments et vitrier. Ilsuivait alors avec zèle les pratiques des Méthodistes. Il épousa en 1824 sa première femme, et c'est en 1830 que pour la première fois il lut le contenu des tables dont l'existence avait été révélée au prophète Joe Smith. En 1832 il fut baptisé, après avoir passé en Pennsylvanie un an à étudier les principes de la religion qu’il allait embrasser, La même année il perdait sa femme et se rendait dans l'Ohio auprès du prophète, qui bientôt parlait de lui comme devant le remplacer un jour. En 1835, il deverait un des douze apôtres et en cette qualité il avait à remplir plusieurs missions ; puis, plus tard, il devenait le président de ces douze apôtres. Absent de Nuuwoo, établissement mormon

fondé en 1838 dans l'Illinois, quand Joseph Smith et son frère Hiram furent massacrés à Carthage, il revint à la hâte, et prit toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder la vie et les intérêts de ses coreligionnaires, menacés chaque jour.

En 1846, les Mormons durent se décider à émigrer ; ils passèrent près de deux années sur les bords du Missouri, à Council Bluffs. Brigham Young, parti én avant dès 1847, pénétra jusqu'au grand Lac Salé ; il y fit un premier établissement, et en 1848 il y amena le gros des Mormons, qu'il avait été chercher. Des missionnaires et des trappeurs étaient déjà venus jusqu’à ce grand Lac Salé, ceci est indubitable, et Brigham Young avait eu sur sa situation des renseignements plus précis que ses fidèles ne veulent en convenir.

Il fut élu gouverneur de la nouvelle colonie qui s’'établissait dans une contrée appartenant alors au Mexique, et cette position lui fut conservée lorsque, en 1850, les États-Unis devinrent, par suite de la cession qui leur en fut faite, les possesseurs dn pays. Il la garda jusqu'en 1857.

Depuis cette époque, le gouvernement du territoire d'Utah à été confié par le congrès à d'autres personnages; c’est un poste difficile, et quile fut surtout dans les premiers temps. Aujourd'hui, le nombre des Gentits s'accroît chaque jour, en raison des mines si riches d'or, d'argent, de fer, de plomb, etc., qui se rencontrent dans l’Utah en abondance, ot les Mormons sentent que chaque jour ils perd nt un peu de terrain.

Il n'en eût pas été ainsi si Brigham Young ne s'était pas opposé à l'exploitation des mines par les siens,

Le pays alors lui eùt dû son récent développement et il est présumable qu'à l'heure actuelle le territoire d'Utah eût pu rivaliser en richesse seut-être avec la jatifornie elle-même.

Il est difficile de s'expliquer la conduite de Brigham Young en cette circonstance, lui qui dans tant d'autres a fait à un si haut degré preuve &’instinct et de perspicacité; mais il m'a été impossible d'en savoir les motifs. L'apôtre Taylor, quand je lui en ai parlé, n'a pas répondu d’une façon satisfaisante à ma demande; quant à Brigham Young, lorsque j'ai voulu aborder la question, il a détourné la conversation avec un ennui visible.

Il n'aura vu au premier abord dans cette exploitation des mines que le danger pour lui de donner aux « Saints » la possibilité de se créer une fortune en dehors du contrôle de l'Église et par suite un moyen de lui échapper.

Quoi qu'il en soit, la situation des Mormons dans l'Utah est bien changée déjà. Les Gentils lèvent la tête et veulent être traités comme des citoyens de la libre Amérique et la loi commence à faire sentir son action sur tous sans distinction. à

Le président, comme on l'appelle encore, vient d’être condamné à payer une pension alimentaire à une de ses épouses qui a obtenu le divorce contre lui, et s'il ne se soumet pas à la décision du juge, il devra demeurer prisonnier jusqu’à ce que le montant intégral de la somme soit payé, à moins toutefois que le jugement ne soit cassé. Le débat vient d'être porté devant l'attorney général de l'Union, et il sera curieux

de connaître quels arguments Young pourra faire valoir. En effet, Ann Eliza a contracté mariage suivant les lois de sa religion; le tribuna! compétent a prononcé le divorce et il me paraît que Brigham Young ne pourrait arguer que de l'illégalité de son mariage, Ann Eliza étant sa dix-neuvième femme, et la loi des Etats- Unis n’admettant pas la polygamie; mais il porterait ainsi un coup terrible aux doctrines qu'il a préconisées lui-même.

Le temps des Destroying Angels est aussi passé. On me montre bien dans la rue l’un d'eux, ce Porter Rockvell, coupable, me dit on, de plus de quatre-vingtdix meurtres; mais maintenant il n’est plus redouté. Il n'oserait affronter les chances d'un jury qui pourrait se trouver composé de Gentils. Car une loi d'exception a passé en juin 1874 (le Poland bill), et maintenant dans l’Utah quand le sheriff prend la liste des jurés, il met dans l'urne, pour en extraire douze noms, les noms de cinquante jurés Mormons et ceux de cinquante jurés Gentils. Autrefois, en raison de la composition du jury, l'impunité était sûrement acquise à tout acte comrais sous l'inspiration ou d’après les ordres de Brigham Young; il était impossible d'obtenir justice, alors même qu'il ne s'agissait que de questions d'intérêt.

Cette loi d'exception pour la formation du jury n'a pas toutefois atteint le but que se proposait le législateur, le châtiment du crime.

Il y a actuellement en prison ici cinq individus reconnus coupables de forfaits de tous genres et dont l'un est poursuivi spécialement comme ayant été le

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principal acteur dans le drame épouvantable qui s'est déroulé en 1857 et qui est connu sous le nom de Mountain Meadows Massacre, où cent vingt individus environ, hommes, femmes et enfants furent impitoyablement massacrés. Dans cette affaire, Young et plusieurs membres influents de la secte sont impliqués.

On avait déjà été mis sur la trace de plusieurs crimes odieux par la confession récemment publiée d'un des anges destructeurs, Bill Hichkmann; cette fois c'est grâce aux aveux du Bishop Lee que la lumière a pu se faire.

Mais ie tirage au sort n’a pas amené pour juger Îles prévenus un jury composé uniquement de Gentils : les deux tiers étaient des Mormons qui, tenus parleurs serments religieux à ne pas prêter leur concours dans les poursuites exercées contre un de leurs frères devant une cour américaine, n'ont pas admis les témoignages. Il n’a pu être rendu de jugement et les prisonniers attendent la réunion de nouvelles assises.

Ainsi que je le disais donc et comme il est facile de s’en convaincre d'après ce court exposé, l'état de choses actuel dans l'Utah ne saurait évidemment se prolonger et l'on devra avant peu s'occuper activement d'y porter remède.

Le président Grant est venu dans les premiers jours d'octobre visiter le territoire; Brigham Young et une députation de Mormons sont allés le recevoir à Ogden, faisant ainsi acte de déférence vis-à-vis du gouvernement de l'Union, mais il ne semble pas que l'opinion du chef de l'État leur ait été favorable.

Le sentiment public, d’ailleurs, commence à se sou-

lever et le temps n’est pas loin, j'espère, pour l'honneur des Etats-Unis, où les Mormons seront considérés comme s’écartant avec intention des lois de leur pays et forcés comme tous autres de s’y soumettre.

Une considération pourra faire temporiser encore. Brigham Young est déjà âgé, sa santé est en très mauvais état; après lui, il est probable que toute cette organisa tion des Mormons tombera en pièces, peut-être pensera-t-on qu'il vaut mieux laisser au temps la mission de renverser l'œuvre de Joe Smith et de son successeur.

8 novembre, — À trois heures quarante-cinq minutes nous prenons le train qui doit nous ramener à Ogden. La voie ferrée suit pendant quelque temps les bords du Lac Salé, puis s’en écarte un'peu, mais on l’apercoit presque jusqu'à Ogden,

Le Lac Salé, ainsi appelé à cause de la quantité énorme de sel qu’il tient en dissolution (28 pour 100) a environ 126 milles de long sur 45 de large. Il renferme plusieurs îles dont la plus grande, qui porte le nom d'Antilope, à près de 15 milles de longueur. Plusieurs établissements de bains sont établis sur le rivage. Les eaux produisent un excellent effet ; leur densité est telle que presque sans aucun mouvement il est facile de se soutenir à ia surface. À 3 milles de la ville, et sur les bords mêmes du lac, se trouvent des sources thermales.

Taudis que nous courons le long du rivage, le soleil commence à disparaître à l'horizon et éclaire de ses pâles rayons la vaste étendue d’eau qui s'étend sous nos yeux sans qu'une ride vienne en troubler Ja surface; les montagnes à l’ouest qui s'élèvent, sauvages

et désolées, du centre de ce qu'on appelle le grand désert américain, se perdent dans un ciel très bizarre, teinté d’un rouge étrange, — C'est ainsi que si j'étais pcintre, je me figurerais le Golgotha, — me dit notre ami Davesne. Je trouvai qu'il avait raison.

À la nuit nous arrivions à Ogden et nous nous embar-

quions sur le Central Pacific Railroad pour Sen Francisco,

SAN FRANCISCO 9-13 NOVEMSRE

Les Indiens Soshones et Futes, — Descente des inmonts Nevada, — Cape Horn.—Les plaines de la Californie, — Sacramento. — San Francisco. — Le Seal-Rock, — Quartier chinois. — Les Chinois en Californie, — Physionomie de la population de San Francisco. — L'agriculture en Californie, — Les chemins de fers et leurs tarifs,

9 novembre.— Le pays que traverse la voie ferrée, au lever du jour, à l'apparence d’un véritable désert ; il y pousse comme à regret quelques herbes sans couleur et les seuls êtres animés qu'on apercoive de temps en temps sont ces lièvres dont j'ai déjà parlé, les jachass rabbits, Dans le lointain on voit la silhouette de monta: gnes couvertes de neige, mais sans caractère. Depuis plusieurs heures déjà nous sommes dans l'État de Nevada qui doit son nom à la chaîne de montagnes qui le sépare de la Californie à l’ouest.

Puis la scène change un peu; le chemin de fer suit le cours de la rivière Humboidt; le terrain est toujours aride et les quelques arbres qui y poussent ne semblent avoir ni séve, ni vigueur; mais sur les bords mêmes dé la rivière on rencontre des prairies où on élève du bétail. En somme, rien qui attire l'attention dans ces plaines monotones:

A quelques stations seulement, on voit des Indiens en grand nombre. À Carlin, ce sont des Indiens Soshones. Ils ont pour la plupart des vêtements européens, et ils se drapent majestueusement dans des couvertures en laine, vertes, blanches ou rouges, importées d'Europe. Pour coiffure, presque tous ont le chapeau de feutre mexicain, Les femmes sont vêtues de robes en toile imprimée ; elles se promènent portant leurs enfants fixés sur leur dos dans l'espèce de boîte qui leur sert de berceau. Moins réservées que les hommes, elles mendient de l'argent et du tabac. Elles ont les cheveux épars, tandis que presque tous les hommes les ont tressés. Un grand nombre de ceux-ci portent d'énormes boucles d'oreilles en métal.

Ces Indiens ont tous les pommettes très prononcées, les cheveux noirs et très épais, la peau cuivrée, l'œil fendu obliquement. Le nez est petit et bien fait,

A Battle-Mount, à Winnemucca, ce sont des Indiens Yutes, Il est impossible pour moi de faire la moindre différence entre ceux-ci et les premiers. Accroupis sur le sol, ils jouent aux cartes. Les femmes semblent même plus passionnées que les hommes pour le jeu. L'un de ces Indiens, mieux vêtu que les autres, paraît être un chef. Il parle l'anglais avec une certaine facilité et semble très fier d'une mauvaise carabine à piston qu'il porte à la main.

Que.ques hommes et quelques jeunes filles ont le front, les lèvres et le menton peints en rouge.

10 novembre, — Pendani lanuit, nous sommes entrés en Californie et quand le soleil paraît il nous trouve descendant les pentes des monts Nevada. Je suis agréa-

ns en blement surpris quand, après avoir passé sous une série ones, de mow-sheds, je monte sur la plate-forme et je con- Is, et state que la température a considérablement changé. ‘tures Le thermomètre marque 65 F., environ 18° C. rope. Le pays, très accidenté, couvert de bois, a une anaeatre logie frappante avec certaines parties du Dauphiné et toile de la Forêt-Noire. Rien de plus gai, de plus frais à ifants l'œii, Le contraste est frappant entre le spectacle ert de qu'on a ici sous les yeux et celui qu'offrait la région MeR" montagneuse, aride et sèche que nous venons de yeux traverser.

s ont Nous passons plusieurs villages dont les maisons rmes sont dispersées d'une façon assez pittoresque dans les replis des montagnes; à droite, on aperçoit de vastes Fes étendues qui ont été bouleversées pour l'exploitation œi

des ‘sables aurifères, puis on arrive à un pont en charpente très hardi, et on entrevoit un torrent qui bondit dans une gorge étroite et profonde et tout à coup reparaît au-dessous de la voie ferrée, au fond d'un abîme de plusieurs milliers de pieds de profondeur.

Le train s'arrête ici un instant pour laisser 2 dmirer le panorama qu'on a devant soi et que les Américains,

diens indre s sur nême n de

e Ju avec une légère exagération, qualifientun des plus grands é et du Continent américain, si ce n’est du monde entier, C'est qu'il l'endroit connu sous le nom de Cape Horn. J'ai déjà pu constater quelques traces de culture.

nt le Elles se muliplient maintenant. Les maisons sont

entourées de vergers, et parfois on aperçoit quelques ntrés petits champs de vignes.

PES A Colfax un stage californien attend les voyageurs réa

pour Grass Valley, Nevada, etc. C'est un curieux spéci- 1. 6

men de carrosserie, que cette énorme et lourde voiture qui ressemble à une berline à six glaces et qui peut contenir douze voyageurs. Elle est à huit ressorts et les panneaux sont décorés de dessins et de figures peintes qui dénotent ‘in certain talent chez l'artiste.

La ligne ferrée suit une tranchée assez profonde, À puis bientôt, descendant toujours, elle arrive dans la plaine, où l’on voit de grands champs bien cultivés, des pâturages couverts de nombreux troupeaux, des vergers bien entretenus, ce qui repose de tous les bouleversements de terrains dus au travail des mineurs que nous venons d’avoir sous les yeux pendant toute la dernière portion üe la route.

sncore un beau pont en charpente, trestle Work, et nous voici à Sacramento, la capitale de la Californie, perdue au milieu des jardins et des vergers.

Sacramento à une population d'environ 20,060 babi- ‘ tants; son importance est considérable non-seulement en raison de la richesse du pays quil'env'ronne, mais aussi à cause de sa situation au point de vue commercial. 1 Cette ville est tête de ligne pour quatre chemins de fer, et, de plus, elleest placée sur une rivière navigabio pour des bâtiments d’un tonnage même élevé.

Après quelques instants d’arrèt seulement à Sacramento, le train reprend sa marche. Nous passons une chaîne de collines connue sous le nom de Coast Range et nous pénétrons dans une région sablonneuse et sais végétation ; puis, contournant une série dehautenrs peu élevées, les Foot Hills, qui sont assez boisées, et où dominent les chênes verts dont les branches inférieures sont recouvertes de lichens qui pendant sou:

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vent fort bas, nous entrons dans la vallée qui se termine à la baie de San Francisco.

Nous côtoyons cette baie quelques instants, et après nous être arrêtés à Oakland, où habitent beaucoup des marchands et des négociants riches de San-Francisco, nous nous engageons sur une jetée en charpente, L ge assez pour permettre à plusieurs trains à la fois de circuler et qui s'’avance à plus de deux milles dans l’intérieur de la baie.

A l'extrémité de cette jetée se trouvent trois quais d'embarquement. L'un sert aux chariots et aux bestiaux à qui on à à faire traverser la baie; l’autre, au sud du premier, est consacré aux voyageurs ; et le troisième, le plus au nord, est réservé à l'usage des bâtiments qui viennent opérer leur chargement ou déposer leur cargaison.

« Un ferry boat » doit nous conduire à San Francisco. Nous nous embarquons; la nuit est déjà venue et c'est en vain que nous cherchous à percer les ténèbres pour nous faire une idée de la ville dont nous apercevons les lumières à l’avant du bateau. Au bout de quelques instants le ferry est à quai, et débarquant nous allons chercher à l'hôtel un souper dont le besoin se faisait impérieusement sentir depuis quelque temps déjà,

11 novembre. — San Francisco est placée à l'ouest de la baie de ce nom et au nord d’une presqu'île formée par a baie et par l’océan Pacifique. Sa population, en 1848, au moment de la découverte de l'or, ne dépassait pas 1,000 individus; elle s'est accrue rapidement, Elle a

doublé depuis l'ouverture du chemin de fer; elle est aujourd'hui d'environ 230,000 âmes.

La ville est bâtie sur une série de collines du sommet desquelles on a un joli panorama : on voit de là la cité qui s'étend jusqu’à la baie; et de ce côté même une partie des constructions s'élève sur des terrains conquis sur la mer et protégés par un large quai en maçonnerie,

Comme dans presque toutes les villes d'Amérique, les rues se coupent à angle éGroit. Généralement elles sont assez bien bâties ; dans le quartier commerçant, la plupart des maisons sont en briques, en pierre, ou en fer. La rue principale s'appelle Montgomery Street. Il n'y à pas à San-Francisco de monument remarquable.

J'ai passé la matinée à parcourir rapidement une partie de la vifleet à y prendre des points de repère ; après le déjeuner, M. Gansel, l'agent de la maison Rothschild, vient nous prendre, mes compagnons de voyage et moi, pour nous faire faire une promenade dans les environs.

Par une route macadamisée assez bien entretenue, nous nous dirigeons vers le célèbre Seal-Rock, situé près de l'entrée de la baïe, à l’ouest. C’est l’objet d’un jolie promenade en voiture de 5 à 6 milles. En sortant de la ville on passe près des différents cimetières qui tous sont situés sur les hauteurs qui font suite à celles sur lesquelles a été bâtie San-Francisco.

La route court au milieu de collines, les unes verdoyantes, les autres où la végétation n’a pu couvrir le sable; de tempsen temps onentrevoit l'océan Pascitique et l'entrée de la baie, le Golden Gate; puis tout à coup on &ébouche sur la plage, et l'Océan s'offre aux regards dans toute son immensité.

Un chemin taillé dans la falaise, à pic, mène à un restaurant, le Clif-House, de la Lerrasse duquel on aperçoit à quelques centaines de mètres le rocher sur lequel les « lions de mer » se livrent à leurs bruyants ébats. Ce rocher, probablement d’origine volcanique, est d’un bel effet : usé par les flots, iloffre des saillies et des anfractuosités qui sont vraiment très pittoresques. Au-dessous de la terrasse la vague vient se briser avec bruit contre les quartiers de rochers tombés de la falaise; mais ce bruit est impuissant à couvrir les aboiements, les hurlements, les rugissements des Sea Lions.

Ils sont là prés d'un mille, protégés par une loi qui défend de les tuer, et c'est un curieux spectacle que celui de ces monstres marins reposant isolés ou bien couchés par groupes sur ce rocher, ou encore essayant de grimper jusqu'au sommet de l'ilôt.

Parfois, quand ils rampent ainsi, on les voit s'arrêter, lever leur tête carrée, puissante, puis pousser ur long aboiement qui résonneau loin. Les plus forts ne se gtnent pas pour se faire faire place et les plus faibles n’essayent pas de résistance; ils se contentent de protester par leurs cris et ils font ainsi leur partie dans ce concert qui, on se l’imagine sans peine, n'a rien d'harmonieux.

Collé au rocher ou rampant hors de l'eau, le lion de mer n'est pas bien attrayant par son apparence. Il fait rêver à ces monsires qui datent de l’origine du monde et dont on trouve les débris dans les terrains supercrétacés. Mais il faut le voir nager; c'est alors un tout autre animal. Quelle aisance, quelle soupiesse lorsqu'il se laisse porter par lalame jusque sur le récif sur lequel il semble qu'il va se briser et comme par un

léger mouvement de sa queue, à peine perceptible, il sait éviter le danger !

Des oiseaux en quantité innombrable contribuent à animer la scène : ce sont des goëlands, des mouettes d'une espèce particulière, des pélicans, des canards.

De retour de notre promenade au Seal-Rock et aussitôt après avoir dîné, nous allons, sous la conduite de l'officier qui est chargé de la police de ce qu'on appelle la ville chinoise, visiter cette portion de San-Francisco que je n'ai fait qu’entrevoir ce matin et qui offre, m'a-t-on dit, un très grand intérêt.

On ne m'a pas trompé. Tout d’abord, dès qu'on pénètre dans ce quartier qui occupe toute la partie nord de la Queen-City, on se trouve comme perdu au milieu des représentants de la race jaune avec leur queue légendaire et le costume national, blouse bleue et pantalon bleu ou de nankin. Seul le couvre-chef n’est pas celui adopté dans l'empire du Milieu; généralement les Chinois portent ici un petit chapeau mou en feutre gris. Une langue bizarre qui ne ressemble à rien de ce que je connais bourdonne à mes oreilles; c’est à peine si, parfois, on entend prononcer quelques mots en langue européenne. Des lanternes de papier de couleur se balancent aux fenêtres et aussi des enseignes de toute nuance, portant des inscriptions en caractères quasi diaboliques. 11 semble que la baguette d’un magicien nous ait en une seconde transportés à mille lieues de l'endroit où nous nous trouvions tout à l'heure,

Notre première visiteest pour le théâtre, où nous prenons une loge, Nous entrons par un long couloir étroit

et sale, nous gravissons un étage et nous voici à ce qu'on pourrait appeler les fauteuils de galerie: de là à notre loge le trajet est facile, La loge n’est guère plus propre que la salle, ni la salle que le couloir d'entrée. Tous les assistants fument, les uns de mauvais cigares, les autres de l’opium. En face de nous, dans des loges séparées du reste du public, quelques femmes qui, elles aussi, fument de l’opium. La scène, assez grande, est décorée d'ornements usés, fanés et assemblés sans grand art. Ce ne sont que des banderoles de papier de diverses cuuleurs, revêtues d'inscriptions, des morceaux d’écharpes de soie, des plumes d'oiseaux de tout genre, etc.

L'orchestre, placé au fond de la scène, est formé d'un mélange d'instruments indescriptibles. Là aucune prétention à l'harmonie; chacun des artistes ne semble avoir qu'un but, faire plus de bruit que son voisin.

Quant à l'action de la pièce, il nous est évidemment difficile, n'entendant pas la langue, de nous en faire une idée bien exacte. Toutefois un Chinois qui parle l'anglais et que nous avons amené comme interprète, nous en explique l'intrigue. C'est l’éternelle histoire de la jeune fille aimée d'un jeune homme et dont le père refuse son consentement au mariage des deux amants, Une servante sert de confidente et protège les jeunes gens. Mais ce n'est, paraît-il, qu'un épisode; la pièce, commencée il y a quelques semaines déj?, se continuera pendant bien des soirées encore avant que le dénoùment ne se produise,

Au bout de quelques instants, ne prenant qu'un médiocre intérêt à ce qui passe sur la soène, noys des-

cendons dans les coulisses, puis dans les dessous du théâtre, où vivent tous les acteurs et les employés, au nombre de quatre-vingts environ.

Les rôles de femmes sont joués par des hommes qui mettent un soin inoui à se grimer et qui réussissent leur transformation d'une facon étonnante; l'artiste qui tient les premiers rôles de femmes et que nous avons été visiter, sortait de scène au moment où nous entrions dans la piècé qui lui sert de loge, de chambre à coucher et de cuisine tout à la fois, car chacun ici fait sa cuisine personnelle ; vu même de près, l'illusion était absolue et il n’est personne qui'ne l'eût pris pour une femme chinoise et une chinoise fort jolie qui plus est, Il touche 900 $ par an d'appointements.

Les artistes de second ordre et les figurants ne jouissent pas d’une chambre particulière.

Parfois ils logent jusqu'à six et huit ensemble dans des réduits qui n’ont pas plus de six pieds carrés, Il couchent sur des planches superposées, fixées au mur et qui ne sont couvertes que d'une mince natte en jonc ou en paille. Je laisse à juger de l'effroyable atmosphère qui règne dans de pareils endroits.

En sortant du théâtre, nous passons devant une pagode où nous entrons un instant. Extérieurement, rien n'indique un temple. Une foule d'idoles ornent l'intérieur. Elles sont inconvenantes, pour ne pas dire obscènes parfois : grotesques toujours. Devant presque toutes les images brûlent des lampes et des petits morceaux de bois préparés d'une certaine façon et qui doivent préserver celui qui les a allumés de tel ou tel mal. Les vases, les flambeaux, les ornements, tantôt

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Nous continuons notre visite à la ville chinoise en donnant un coup d'œil à un atelier d’orfèvre où travaillent six ouvriers avec une adresse des plus remarquables ; puis en passant par un des restaurants où les Chinuis viennent manger le soiret où on prépare les comestibles qui demain seront vendus dans la rue, nous entrons dans une de ces maisons où les représentants de la race jaune, pour quelques cents, vont chercher l'ivresse en fumant l’opium; et, pour finir, nous allons visiter quelques-unes des maisons qu'ils habitent. Partout ils sont pressés, serrés comme à bord d'un navire. Dans certaines pièces de huit pieds carrés logeaient dix, douze et même quatorze chinois. Il était tard et le travail de chacun était fini. Couchés dans leur casier, sur leur natte, les uns fumaient leur pipe d’opium, les autres préparaient, à la flamme d'une lampe, la petite boule qu'ils allaient fumer tout à l'heure, les autres avaient déjà ressenti les effets du poison, et, pâles comme des morts, presque endormis, répondaient par des mots inintelligibles aux questions que leur faisait notre interprète.

La race jaune a pendant longtemps été en butte à de mauvais traitements de toute sorte en Californie, Elle est maintenant un peu plus favorisée. Il n'y a plus guère que les démagogues et les piliers des barrooms qui prétendent que le bon marché du travail des Chinois soit Ja ruine pour les blancs.

Jadis on répétait sans cesse qu'ils arriveraient à occuper tous les emplois et que par leur nombre ils empècheraient les blancs de gagner leur vie; ce dire n’est plus que celui de ceux-là même qui refuseraient tout travail qu'on leur offrirait, quel qu'il fût.

Jamais ici les Chinois ne restent inactifs, ils saisissent toutes les occasions de s’employer. Ils ont de plus une organisation merveilleuse pour qui veut les engager. Pour un certain travail donné, désire-t-on un nombre quelconque de Chinois, il suffit de s'adresser à une des agences ad hoc constituées à San Francisco et dans les vingt-quatre heures on vous expédie le nombre d'hommes nécessaires avec un contre-maître qui est le seul au quel on ait affaire, qui recoit l'argent et qui est responsable, Quant ies ouvriers sont nombreux, l’un deux remplit les fonctions de cuisinier, il est payé comme les autres. Les provisions sont achetées par les-Chinois sur leurs propres deniers; ils arrivent à se nourrir à raison de 2 $ par semaine, en moyenne. C’est un fait excessivement rare qu'une troupe d'ouvriers ainsi engagée abandonne son travail avant de l'avoir achevé.

En dehors de ces agences de travaux, il y a à San Francisco six grandes compagnies chinoises qui ne sont, autant qu’on peut croire, les renseignements n'étant pas faciles à obtenir, que des sociétés de bienfaisance. Chacune de ces compagnies ne s'occupe que des Chinois de la province pour laquelle elle a été formée.

Dès qu'arrive un vaisseau d'émigrants, les agents des diverses compagnies montent à bord; chacun prend le nom des Chinois de sa province respective. Puis, une fois débarqués, les arrivants sont logés, nourris par

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ces diverses compagnies. Elles leur procurent un emploi; si c’est nécessaire, elles leur avancent l'argent qu'il leur faut pour se rendre à tel ou tel endroit. Elles soignent les malades et elles renvoient dans leur patrie les ossements de ceux aui meurent,

Ces compagnies, en outre, règlent les différends entre Chinois; elles imposent des amendes et forcent chacun au 1° janvier à Jiquider ses dettes.

Les frais sont couverts par les contributions volontaires des membres; elles varient suivant les compaguies et les dépenses de l’année. Nul n’en est exempt. Si un Chinois meurt laissant quelque argent, ou si sa famille en a les moyens, la compagnie exige le remboursement du prix du transport du corps en Chine.

Ilya maintenant en Californie environ 80,060 Chinois, dont 20,000 environ à San Francisco. Leur nombre ira toujours en augmentant, mais non pas dans de trèsgrandes proportions tant qu'ils ne viendront que pour un temps et qu’ils rentreront dans leur patrie dès que par un travail de quelques années ils auront amassé les 1,000 ou 1,500 dollars objet de leur ambition.

Ce qu'on peut assurer sans crainte, c'est que si onles forçcait à abandonner la Californie, la prospérité de cet État courrait un grave danger, que la plupart des grandes industries seraient ruinées et que la plus grande partie des capitaux engagés quitteraient le

pays.

13 novembre, — Quand on parcourt les rues de San-Francisco et surtout certaines d'entre elles à l'heure où se traitent les affaires, Montgomery Street, par exem-

ple, il est impossible de n'être pas frappé de la diversité de types, de races, de couleurs que présente la population. Tour à tour on peut rencontrer à côté de l'Anglo Saxon, le Gaulois, le Germain, le Panois, l'Italien, l'Espagnol, le Polonais et dans toutes leurs variétés le Nègre, l'Indien et le Chinois. Cette diversité est assurément commune à tous les Etats-Unis; c'est une de leurs singularités les plus caractéristiques au milieu de celles si nombreuses qui les distinguent des autres contrées du globe; mais nulle part je n'ai rencontré une représentation aussi complète des quatre grandes familles humaines.

La race blanche, la race noire, la race rouge, la race jaune ont ici leurs représentants. Et, spectacle singulier, bien digne d'intérêt, citoyens d'un même pays, obéissant à ses lois. tous travaillent d'un commun accord à sa prospérité; et cela avec les coutumes,le génie particulier qui sont propres à chaque race, et la ferme volonté chez chacun de défendre l'intégrité de ses droits.

Pendant longtemps l'élément féminin a fait défaut en Californie; le temps n’est pas éloigné encore où quand une femme apparaissait, la foule se précipitait pour la voir. On à cité à ce propos un fait curieux. Un mineur arrivant avec sa femme à un placer, la tente où il a trouvé asile est immédiatement assiégée par la foule des mineurs accourus en apprenant la nouvelle. A grands cris ils demandent que cette femme se montre. Le mari l'excuse, prétexte les fatigues qu’elle à eu à subir et raconte qu'ils ontété dévalisés par les Indiens, Les mineurs insistent, la femme sort enfin. Pour la

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remercier, une quête est -rganisée et on lui apporte 1,250 $. Aujourd'hui, à San-Francisco, les femmes sont en proportion notable. Il en est de mème dans toute la Californie, où elles sont devenues ur, élément de la stabilité qui faisait absolument défaut dans une contrée où tout n’était que provisoire.

Nous avons fait, grâce à M. Gansl, la connaissance de bon nombre des notabilités de la ville; avec lui nous avons visité plusieurs des comptoirs et des grands entrepôts de marchandises ; partout nous avons trouvé l'accueil le plus cordial.

Une de nos visites les plus intéressantes a, sans contredit, été celle que nous avons faite à l’entrepôt de la compagnie d’Alaska. Il serait difficile de s'imaginer la quantité de fourrures de toutes sortes qui s'y trouvait accumulée, bien que la saison ne fût pas favorable et que la plus grande partie des peaux récoltées l'hiver précédent eût déjà été expédiée. Nous y avons fait quelques achats.

Hier soir, nous avons été passer notre soirée au théâtre, où les Minstrels donnaient une représentation. Aujourd’hui, un grand diner nous à été offert à l’Union Club, où nous avons été invités dès notre arrivée. M. Stanford, ancien gouverneur de la Californie, président du Pacific Railway ; M. Sharon, sénateur; le général Schofield, qui commande les troupes en Californie, étaient au nombre des convives. Ils ont été assez

aimables pour me donner une foule de renseignements précieux.

Le général aété envoyéà Paris en 1865, après la guerre de sécession, et :i se louait beaucoup de l'accueil qu'on lui avait fait alors.

J'aiété assez étonné de trouverchez un de ces messieurs un défenseur de la théorie de non-intervention du Gouvernement central dans la question des Mormons. Bien que partageant mon dégoût, que je ne lui avais pas caché, pour les coreligionnaires de Brigham Young, mon interlocuteur soutint qu'il n’y avait rien à faire, que toute mesure prise contre eux ne serait pas légale, Il ajouta que, quoiqu'il déplorât certains vices de la constitution, il considérait que rien ne serait plus fâcheux quede porter une atteinte quelconque au principe fondamental de la liberté des cultes et que ce serait le résultat infaillible de toute immixtion dans les affaires de l'Utah.

La Californie, découverte en 1534 par Cortez, fut cédée en 1848 par le Mexique aux Etats-Unis. C'est presque aussitôt après cette cession qu'eut lieu la découverte de l'or. Le pays, qui n’était alors habité que par des tribus sauvages, dont quelques-unes avaient été, ilest vrai, euristianisées par les Franciscains envoyés au temps de la domination espagnole, fut envahi par les chercheurs d’or et les individus dont l’industrie était nécessaire à la vie des mineurs.

Pendant longtemps la culture du sol resta négligée. Mais petit à petit on fit des défrichements, le commerce offrit des débouchés aux produits de l’agriculture, et aujourd’hui la Californie semble être entrée dans une voie qui Jui offre les garanties d'une prospérité plus

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solide et plus durable que celle qui reposait uniquement sur l'exploitation des mines et des plasers.

Elle produit actuellement heaucoup plus degrainsque sa consommation et elle en exporte déjà des quantités notables, à Liverpool principalement; en même temps elle expédie les laines de ses troupeaux pour des sommes relativement importantes. Le chiffre des agriculteurs n’est pas toutefois de plus de 100,000, y compris les femmes et lesenfants, tandis qu'en France, dont l'étendue est sensiblement égale à celle de la Californie, la population agricole est de 4 millions d'individus.

Il ya en Californie 40,000,000 d’acres environ de terres arables:; 8 milions d'individus vivraient aisément dans cet État, dont les côtes offrent un développerment d'à peu près 750 milles et dont la plus grande largeur est de 250 milles,

La population actuelle ne dépasse pas 650,000 âmes. L'immigration doit en peu d'années doubler, tripler même ce chiffre. La population s'est accrue l’année dernière de 75,000 individus, en chiffres ronds : 60,000 nouveaux arrivants et 15,000 naissances.

Pour la culture, on économise la main-d'œuvre le plus possible, Presque partout on emploie des faucheuses, des semoirs mécaniques. Mais dans la plupart des fermes on se sert encore des charrues ordinaires, avéc cette différence toutefois qu'on en relie entre elles, par une traverse, parfois jusqu'à six ensemble, qui sont alors trainées par un attelage de six, huit ou même dix chevaux conduit par un seu] homme. Il est vrai qu’on ne laboure jamais à plus de

quatrs ou six pouces de profondeur. Mais le sol est d’une fertilité telle qu'avec ce labour superficiel, quand l'année est favorable, on obtient jusqu'à 46 bushels de grain à l’acre.

La mo;enne de la production en Californie est actuellement en blé de 500,000 tonnes, en orge de 200,000 tonnes et de 100,000 tonnes en avoine, pois, haricots, etc. On fait peu de betteraves, bien qu’elles deviennent énormes. On ne fait ni trèfle, ni luzerne. Comme fourrage vert, on se contente de céréales coupées au moment où l'épi est prêt à se former.

La vigne donne un excellent raisin, et en grande quantité. On commence à en faire des vins et des eauxde-vie qui généralement sont médiocres, il est vrai, mais cela tient très probablement à des défauts dans la fabrication et au peu de soin donné à la culture de la vigne.

Les arbres fruitiers produiseïrt des fruits en telle abondance que souvent on est obligé d'en laisser perdre une partie, faute de moyen de les utiliser. Et cependant on fait beaucoup de conserves et de fruits séchés qui sont exportés.

Les ouvriers employés aux travaux des champs sont généralement des blancs. Ils sont payés de 30 à 35 $ par mois et nourris.

Quand le chemin de fer au Southern Pacific sera : hevé, les communications deviendront plus faciles. Il est évident qu'’alors la culture preadra un accroissement considérable. Malheureusement ce chemin de fer ne pourra être terminé que dans cinq ans au plus tôt. Les voies ferrées ont subi dans leur développement aux

États-Unis un temps d'arrêt considérable, 11 y a quelques années on a monté des compagnies et construit des chemins de fer beaucoup plus que cela n'était nécessaire. Il en est résulté que ces compagnies, ayant fait de mauvaises affaires, n’ont pu payer de dividendes et que beaucoup même ont fait faillite. Les capitaux, aujourd'hui instruits par l'expérience, sont devenus plus prudents et souvent sont difliciles à trouver.

Un autre avantage considérable qu'offrira l'ouverture &e la ligne du Southern Pacific, sera l’abaissement forcé du prix destransports. Ces tarifs sont très élevés presque partout en Amérique; j'en ai déjà fait mention à propos des prix de revient du coke apporté de Pennsylvarie dans l’Utah, mais nulle part ils n'atteignent le chif r« véritablement scandaleux des tarifs de l'Union Pacip:.

La meilleure preuve qu'on puisse donner de ce fait, c'est le peu de développement du trafic de San-Francisco à Omaha, sur la seule ligne ferrée qui traverse le continent. Il ne part que deux trains réguliers de marchandises par jour de San-Francisco. Il est fort rare que l'on soit obiigé d'en constituer un troisième.

Il à été calculé qu'en raison des difficultés du transport, le prix devait en être admis comme variant entre un derni-cent et trois auarts de cent par tonne et par mille. De Omaha à San-Francisco, le prix de revient devrait être, la distance étant de 1,907 milles, de 71 cents 1/2 par 100 livres; au lieu de cela, il est de 6 $ pour le transport des marchandises de première classe et de 12 $ pour certaines marchandises qui payent le double du tarif de celles considérées comme marchandises de première classe,

Ces quelques chiffres peuvent donner une idée de l'arbitraire qui préside à la réglementation des tarifs sur une ligne à la construction de laquelle le gouvernement à concouru par des concessions de terrains et des avance d'argent très considérables, et où il eût dû, pour le moins, se réserver un contrôle qui lui permît

de sauvegarder un peu les intérêts des contribuables.

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