NOVEMBRE
Une villa dans les environs de San-Francisco, — Excursion à Mercès. — Le Clea: Lake et le Sulphur Bank, — Extraction du cinabre, — Traitement du minerai, — Une danse de guerre chez les Indiens Diggers, — La mine de New Almaden.— Traitement du minerai.
14 novembre. — Les villas qui se trouvent dans les environs de San-Francisco et qui sont occupées par la haute finance et le haut commerce sont très vantées.
Nous avons été invités à passer la journée d'aujourd'hui à la campagne par M. Gansl, qui nous a promis de nous faire visiter quelques-unes des maisons voisines de la sienne et nous avons accepté avec plaisir,
D'’assez bonne heure dans la matinée, nous prenons don: le chemin de fer qui longe la baie de San-Francisco. Cette baie se prolonge jusqu'à 32 milles au sud. La station où nous nous arrêtons n’est qu’à 13 milles de la ville; une voiture bien attelée nous y attend et nous mène rapidement à l'habitation de M. Gansl à travers un pays très vert, bien cultivé, où sont dispersées une foule de jolies maisons de plaisance, Une chaîne de collines peu élevées les abrite contre les vents de Ja mer, La villa de M. Gansl n’est, nous dit-il, qu'une
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acquisition récente; il veut y faire beaucoup de travaux ; bien des gens s’en contenteraient volontiers telle qu’elle est maintenant.
A déjeuner nous rencortrons plusieurs des voisins de notre hôte. Le café dégusté, nos cigares allumés, nous allons en nous promenant visiter la maison de l'un des convives, M. Milton S. Latham, un ancien gouverneur de l'État. Le jardin mérite une mention spéciale; les serres et les fleurs ne laissent rien à désirer. L'habitation en elle-même est bien entendue et parfaite au point de vue de l'élégance et du goût. Une jolie collection de tableaux, où je retrouve beaucoup de toiles vues au différentes expositions, des Meissonier, des Lefèvre, des Toulmouche, etc., en décorent les murs.
Dans l'escalier on me montre un assez bon tableau représentant Samson et Dalila, à propos duquel on me raconte un détail curieux : ce tableau a servi longtemps de décoration dans un bar-room où ilattirait l'attention des Chinois, qui chaque jour venaient en assez grand nombre le regarder. Un fait analogue à celui que rappelle le tableau se rencontre, paraîtrait-il, dans l'histoire religieuse des Chinois.
Notre visite chez M. Latham s'étant prolongée, nous n'avons pas le temps d'aller voir d’autres villas et nous rentrons à San-Francisco, où le soir vers sept heures, tandis que je jette ces quelques notes sur le papier, une oscillation de tremblement de terre légère, mais assez sensible, se fait sentir.
17 novembre. — Le temps est devenu déplorable; les nuages apportés par les vents du nord-ouest pénètrent par lu Porte-d'Or, s'accumulent dans la baie et au-des-
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sus de la ville; mais on nous assure que de l'autre côté de la baie nous retrouverons le soleil, Nous nous mettons, sur la fo' de ce renseignement, en route pour le Yosemiîte Valley et les Big trees de Mariposa, Notre première étape, nous la faisons par le chemin de fer, qui nous débarque à Merces où nous devons passer la nuit. La pluie qui n'a cessé de tomber pendant la journée redouble au lever du jour; nous constatons avec désespoir l'impossibilité de continuer, au moins pour l'instant, notre expédition. Une partie de la journée, nous la passons à l’abri dans une petite auberge, puis fatigués de cette inaction, pour tuer le temps, armés de nos fusils, nous allons tirer quelques bécassines et quelques pluviers sur les vastes étendues à demi submergées qui s'étendent autour du village. Des oies par milliers sont visibles dans la distance ou haut dans les airs, mais dans ce pays découvert il est impossible de les approcher.
18 novembre. — Les raffales de pluie n’ont pas cessé et, toute la nuit encore, elles ont persisté avec violence ; les mauvaises routes par lesquelles nous devions arriver jusqu'au Yosemite sont rompues en divers endroits; forcés de renoncer à notre course dans cette fameuse vallée, nous nous décidons à reprendre le chemin de San-Francisco; la voie ferrée a elle-même été enlevée en plusieurs points, mais avec du temps et de la patience on nous fait espérer que nous arriverons. A six heures du matin nous partons, mais au bout de quelques milles à peine, nous nous trouvons arrêtés ; la voie a été détruite en trois endroits différents; heureusement les trois brèches qui se sont produites
dans le remblai sont très près les unes des autres et à un mille au delà un train venant de la direction opposée pourra nous prendre. Ce mille, il s’agit simplement de le faire à pied et de traverser les trois coupures sur des poutres jetées sur le torrent. L'opération, très délicate en raison du transbordement du bagage, s'effectue sans accident, mais exige un temps assez considérable pendant lequel un ingénieur de la ligne m'explique que l’inondation à été fortement aidée dans les dégâts faits à la voie ferrée par le travail d'une sorte d'écureuils qui, comme les lapins, habitent sous terre et qui font leurs terriers dans les remblais. Ces écureuils, détail assez bizarre, vivent dans leurs terriers avec les serpents à sonnettes très nombreux dans cette région; ils font un très grand tort à l’agriculture. Le gouvernement de Californie a, pendant quelque temps, pour en amener la destruction, payé jusqu'à 5 cents par tête d'écureuil; il a dû y renoncer en raison de la dépense à laquelle cela l'eût entraîné. Mais il est des fermiers qui dépensent par an plus de 200 $ en pièges, en amorces empoisonnées, etc. On ne s’en étonnera pas quand on saura que dans les bajoues de l'üz de ces animaux qui venait d'être tué, on a compté jusqu'a soixante-neuf grains de blé.
Grâce au train venu nous prendre de l’autre côté des brèches causées par l'inondation, nous arrivons bientôt à Lathrop, où nous rejoignons la ligne principale de l’Union Pacific Railway, Le train avec lequel nous devions correspondre étant déjà parti, il ne nous reste plus qu'à attendre celui qui vient de l’est et qui a luimême subi un retard de plusieurs heures. Lathrop
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EXCURSIONS DANS L’'NTÉRIEUR 119
n'offre pas de ressources : c’est une petite station comme la majeure partie de celles qu’on trouve sur le parcours de la voie ferrée qui traverse le continent américain et ne se composant que de quelques maisons en bois. Nous profitons des sept heures que nous avons devant nous pour allier avec nos fusils battre le pays environnant qui est des plus giboyeux. Je tue pour ma part trois lièvres resseiablant absolument à nos lièvres d'Europe et quelques-uns de ces charmants collins à huppe droite qu’on appelle ici des cailles.
Vers cinq heures du soir le train d'Omaha arrive; il est bondé de voyageurs; nous nous trouvons forcés, pour nous caser, de prendre place dans un wagon occupé par un détachement de soldats des troupes fédérales, dont la mauvaise tenue en l'absence du chef du détachement provoque de ma part une sortie grâce à laquelle nous finissons par obtenir les places auxquelles nous avons droit et que les soldats s'étaient mis dans la tête de nous refuser : à dix heures du soir, nousétions de retour à San-Francisco.
20 novembre. — Parmi les richesses minérales de la Californie, une des plus importantes est le mercure, qui jadis n'était fourni que par les mines d'Almaden en Espagne et d’Idria en Autriche. Aujourd’hui l’exploitation du mercure a pris un très grand développement en Californie et la production tend à s’accroître tous les jours. Une occasion s'étant offerte à nous de visiter une mine dont on commence à parler comme devant être d’une richesse exceptionnelle, nous la saisissons
avec empressement. Cette mine est, d'ailleurs, située à une assez grande distance au nord de San-Francisco et nous aurons en nous y rendant l'avantage de parcourir une région qu'on nous a beaucoup vantée.
Nous nous embarquons donc le 20 novembre sur le ferry-boat qui fait le service entre San-Francisco et Vallejo, petite ville située sur la baie de San-Pablo à l’est de la baie de San-Francisco et qui s'ouvre sur elle.
Il est trois heures et demie quand nous quittons Frisco, comme on dit ici par abréviation, et pendant toute notre traversée qui dure deux heures et demie, nous pouvons admirer à notre aise la portion nord de la baie superbe dont les Californiens sont si fiers et à juste titre.
A Vallejo nous prenons le train qui, par la vallée de Napa, nous mène à Callistoja où nous descendons, à la nuit noire, guidés par M. Parrott, un des propriétaires de la mine que nous allons visiter et M. Lightener, l'ingénieur qui est à la tête de l'exploitation; nous nous établissons dans une petite maison inhabitée l'hiver, mais où l'été viennent s'installer les quelques rares baigneurs qui veulent profiter des sources thermales de l'endroit. Nous sommes munis de vivres, et à la lueur de quelques bougies que nous avons aussi apportées, nous soupons à la hâte, puis nous nous installons pour la nuit. Il nous faudra partir demain matin de bonne heure.
21 novembre. — Malgré ce qui avait été convenu, ce n’est guère qu'un peu avani sept heures que nous montons, sept en tout, y compris le cocher, dans une sorte de grand châr à bancs attelé de six chevaux menés à grandes guides
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Le chemin est défoncé par les pluies des jours derniers; tantôt gravissant les pentes les plus ardues, tantôt descendant les côtes les plus rapides, il serpente le long des flancs de la montagne, souvent à une hauteur considérable. C’est merveille de voircomment s'acquitte de sa tâche notre automédon, sur cette route qui offre à peine la largeur nécessaire à notre chariot ; il jouit, d’ailleurs, d'une réputation que nul ne luiconteste dans toute la contrée. Le pays que nous parcourons est le plus beau qui se puisse voir. Malheureusement les nuées nous cachent les cimes des montagnes et le panorama se trouve forcément un peu borné. Mais quels aspects variés dans les premiers plans! — Tantôt nous traversons des forêts de redwoods, non plus serrés les uns contre les autres comme cela arrive souvent pour les sapins, mais dispersés ça et là, dominant de toute leur hauteur un fouillis pressé de madronas avec leur écorce rouge et lisse,de mansanettas,de bay-trees — qui sont une sorte de laurier — et de cent autres essences diverses presque toutes à feuillage persistant; tantôt nous passons à travers des prairies ombragées par des chênes verts énormes, aux branches tordues de mille façons pittoresques, ou par d’autres chènes dont les feuilles sont teintées des couleurs les plus différentes par les premières pluies de l'hiver; tantôt nous cheminons au milieu de champs de petite étendue, il est vrai, mais bien cultivés et où la richesse du sol se révèle à chaque pas. Et ces paysages variés se succèdent brusquement ; il semble qu'on traverse une chaîne de montagnes interminable lorsque tout à coup on se trouve dans une plaine cultivée; ou bien on se croit dans une forêt sans
fin quand, à un détour de la route, on aperçoit une de ces prairies couvertes de bestiaux et de TONER Ce sont de vrais changements à vue.
Dans quelques endroits j’apercois des marronniers dont les fruits sont un peu plus gros &t un peu moins foncés que nos marrons d'Inde. Les Indiens, me dit-on, les recueillent pour en faire une sorte de farine qui leur sert de nourriture. Mais ils font subir à cette farine une opération préliminaire. Après avoir bien battu le sol dans un endroit sablonneux, ils étendent la farine, puis ils versent de l’eau en assez grande quantité. En s'écoulant en terre, cette eau entraîne les principes amers et pernicieux contenus dans les marrons.
A moitié route nous nous arrêtons près d’un ruisseau pour laisser reposer nos chevaux et luncher; puis nous remontons dans notre chariot,et vers quatre heures et demie du soir nous apercevons à l'horizon une nappe d'eau considérable. A la nuit tombante, après être passés leiong des bords d’un lac de minime étendue, le Boraxæ Lake, nous descendons à la porte de la maisonnette en bois où habite le Superintendant de la mine de Sulphur Bank sur les bords du Clear Lake,c: lac que nous avions entrevu dans le lointain.
La course a été longue et nous avons été singulièrement cahotés; aussi chacun, après le dîner, se hâte de gagner son lit; de bonne heure, demain, nous irons visiter les travaux.
22 novembre, — Le Clear Luke se trouve dans la chaîne de montagnes connue sous le nom de Coast range, — sur le 39° de latitude nord et sur le même degré de longitude que San-Francisco; dans sa plus grande lar-
geur, du nord-ouest au sud-est, il a environ 35 milles; il à 16 milles de largeur, La contrée dans son ensemble offre des signes très apparents d'origine volcanique, Sur la dernière partie de la route par laquelle nous sommes arrivés hier et qui est taillée dans le flanc de l’une des montagnes qui forment la ceinture du lac, on constate la présence en grande quantité de fragments d’'obsidienne. Parfois des roches tout entières de même nature se trouvent disséminées au milieu des laveset des
ponces qui, dans d’autres endroits voisins, constituent le terrain. Mais le rameau de la chaîne qui se trouve au-dessus du Borax Lake est formé de grès rouge; on y trouve de nombreux échantillons de serpentine et, à quelques milles plus au nord on exploite une carrière de pierre à chaux.
Le Borax Lake paraît être l'emplacement d'un cra-
tère éteint. 11 a environ 2 milles de tour. Le borax contenu en solution dans l’eau y est en proportion consilérable. Autrefois on en faisait l'exploitation par les procédés ordinaires de cristallisation, maintenant ce travail est abandonné.
Le Sulphur Bank semble être un curieux exemple d'une coulée de *oches volcaniques décomposées, où le mercure et le soufre se trouvent en quantité prodigieuse. Il en sort plusieurs sources chaudes, et par les fissures du sol s’échappent en abondance des gaz et des vapeurs. Pendant neuf années, de 1854 à 1873, le gîte n’a été exploité que pour le soufre qu'il contient, et la société qui en était propriétaire alors, semble ne s'être jamais doutée des richesses en mercure amoncelées en cet endroit à fleur de terre. Un Anglais, le professeur
Oaxland, qui appela l'attention des intéressés sur ce fait, ne fut pas écouté, et le Sulphur Bank fut vendu aux propriétaires actuels pour la somme de 60,000 $.On s'explique difficilement comment il a pu se faire que des gens qui ont conservé pendant neuf ans entre leurs mains l'exploitation de ce gîte, aient pu se tromper si grossièrement sur la constitution du minerai. J'en ai vu sur le terrain plus %e 25,000 tonnes qui avait été brûlé pour en extraire le soufre et où le cinabre resté est aussi apparent qu'il est possible. Les propriétaires actucls travaillent même à cette heure, pour le mercure qu'il contient, ce minerai dédaigneusement rejeté, et où reste encore de 8 à 10 p. 100 de soufre.
Aujourd’hui le gîte est exploité sur une étendue de plus de 5 acres et sur une hauteur de plus de 75 pieds. Le travail qui se fait à ciel ouvert n'offre aucune diffculté. On coupe à même dans le flanc de la colline qui constitue le gîte et on porte tout ce qui est détaché, jusqu’à la terre même, à quelques cents mètres de là, à l'endroit où se fait le travail métallurgique. Cette colline est l'extrémité d'un rameau qui court de l’est à l'ouest. Son inclinsi:on est nord-sud.
Le rendement d' minerai varie un peu selon l'endroit d'où il a été extrait. Dans certains points où les roches dominent, la proportion du mercure contenu est peu considérable. Dans d’autres points, il y a une grande quantité de roches dispersées qui sont enveloppées d'une couche de terrain peu résistant; ces roches sont plus ou moins décomposées et désagrégées ; celles qui sont dures et intactes sont sans valeur, tandis que celles qui sont décomposées renferment des veines riches en cina-
Lust