‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 16 sur 71 · BA IR EE 2 UNS DE NT FE · texte numérisé non relu

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Déjà le matin, dans une chasse aux canards que j'ai faite à l'aube, avant notre promenade à travers l'exploitation, j'ai pu admirer la beauté du paysage, mais non pas dans toute son étendue. À mesure que nous nous éloignons de la côte, il nous est plus facile de nous rendre compte de l'aspect de la contrée. Elle peut être comparée à tout ce que la Suisse peut offrir de plus beau. Cette promenade nous donne aussi l’occasion de constater un des côtés curieux de la vie des femmes dans certaines parties de l'Amérique. Au boarding house établi rrès de la mine et où nous avons pris nos repas, nous avions été servis par les deux filles de la landlady; sur le bateau nous les retrouvons; M. Parrott les avait invitées, ainsi que la femme de l'ingénieur qui surveille la construction des nouveaux condensateurs. 11 est impossible de ne pas reconnaître qu’elles ont recu une excellente éducation, Elles ont été élevées dans un des meilleurs pensionnats de San-Francisco, elles ont des facons parfaites, leur mise est élégante, l'une d'elles est bonne musicienne. Aussi quand après notre promenade, le soir à souper, je me retrouve les avoir derrière ma chaise, faisant le service comme servantes, je ressens un sentiment d’embarras ass°z naturel et semblable à celui que j'avais déjà éprouvé à Provo Valley; mais là, du moins, j'étais chez des Mormons,

À un mille environ du Sulphur Bank, sur les bords du Clear Lake, se trouve un campément d’Indiens Diggers. Ils sont établis là depuis quelque temps déjà et un certain nombre d’entre eux sont employés aux travaux

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de culture dans les environs. Doux et point ivrognes, leur voisinage ne cause pas d'ennuis. Le seu! défaut qu'on puisse leur reprocher est un amour effréné du jeu. Dans la matinée j'avais été, — à mon retour de la chasse, — les visiter, et j'avais appris que le soir il devait y avoir une grande danse. Ayant manifesté le désir d'y assister, le chef nous convia.

Vers neuf heures du soir, nous nous rendons à l'invitation. La salle de danse est une construction permanente qui appartient à dix tribus et parfois, parait-il, plusieurs centaines d'individus s’y trouvent réunis. On y arrive par un long souterrain. Elle est creusée à environ 9 ou 10 pieds sous terre. Elle est circulaire eta environ 35 à 36 pieds de diamètre. Au centre, un tronc d'arbre sert de pilier sur lequel viennent s'appuyer des madriers dont l'autre extrémité repose sur de larges poteaux plantés en terre et formant une série d’arcades concentriques aux parois de la salle. Ces madriers sont recouverts de terre battue qui forme la toiture. Celle-ci est au niveau du sol. Les parois sont formées de troncs d’arbres serrés les uns contre les autres, Un grand feu de bois sec éclaire d’une facon bizarre le spectacle, une ouverture dans la toiture ne laisse échapper qu'imparfaitement la fumée qui nous aveugle et nous prend à la gorge.

Trois guerriers en grinu costume, c'est-à-dire révê: tus simplement d'une ceinture et d’une coiffure en plumes, tatoués de rouge et de bleu, dansent un pas étrange, accompagné de battements de jambes et de sauts invraisemblables; ils frappent le sol du pied en mesure, ils agitent à la main des scalps et en cadence

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soufflent dans des tubes en bois, longs de cinq à six pouces, qui donnent des sons analogues à ceux de nos mirlitons, ou bien ils poussent des sortes de cris gutturaux qu'on ne pourrait guère traduire que par he! he! — hi! hi! — huy! huy! de temps à autre, ils s'arrêtent en jetant des clameurs sauvages. Nous assistons à une danse guerxière.

Les femmes, au nombre deseize, sont vêtues de robesen toile blanche, ornées de dessins rouges au bas de la jupe et au haut du corsage. Leur visage est tatoué de bleu. Leurs cheveux sont retenus par des bandelettes de grèbe ou de fourrure, garnies de plumes. Les mains sur la poitrine, elles se balancent tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, soufflant dans des instruments analogues à c:.x des guerriers et s’interrompant en même temps que ceux-ci pour FOURS des cris qui n’ont rien d'harmonieux.

L'orchestre se compose d'une dizaine d'individus. L'un est muni d'une sorte de claquette formée d'un morceau de bois long d'environ deux pieds, fendu dans la longueur, et qu'il frappe en mesure dans la paume de sa muin; un autre est armé d’une espèce de chapeau «Eiuois ; dantios sautent sur des troncs d'arbres creusés et qui rendent un son sourd comme celui du tambour ; d'autres enfin accompagnent de la voix.

Le reste de la tribu, hommes, femmes et enfants se tient rangé autour de la salle, Le spectacle a quelque chose de véritablement diabolique; mais nous ne tardons pas à nous en fatiguer, et au bout d’une heure nous nous retirons, après avoir donné au chef quelques pièces de monnaie.

Le lendemain, nous effectuions notre retour à San- Francisco; nous traversions de jour cette fois la vallée de Napa, qui offre une culture très variée et où les vignobles sont très considérables. — C'est de là que proviennent une partie des vins les plus réputés de la Californie.

26 novembre. — Hier soir nous sommes venus coucher à San-Jose, petite ville de 15,000 âmes, située dans la vallée de Santa-Clara, à 50 milles environ au sud de San-Francisco et le centre d’un commerce de grains assez considérable.

Ce matin, à huit heures, nous partons pour la mine de New Almaden. Des nuages nous empêchent de voir les sommets des montagnes qui forment la x ilée dans laquelle court la route que nous suivons; mais on en voit les premiers contre-forts, les uns dénudés, les autres couverts de bois d'assez belle venue. Des champs bien entretenus bordent ce chemin, et de temps à autre on aperçoit des ranchos coquettement cachés dans la verdure ou des haciendas entourées de jardins et de vergers.

A dix heures et demie nous avons fait les 14 milles qui nous séparaient du point où se font les travaux métallurgiques. L'établissement est très joliment situé au fond de la vallée; le superintendant de la compagnie se met gracieusement à notre disposition pour nous le faire parcourir.

Il y a deux genres de fourneaux en usage actuellement à New Almaden, mais petit à petit on arrivera à n'employer que le Zron clad furnace, dû à un ingé-

nieur autrichien, M. Exeli, et dont on se sert en I 8

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