‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 28 sur 71 · SP TT · texte numérisé non relu

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qui, me dit-on, n'a pas plus de treize ans, douée d'une voix de contralto qui ferait la fortune d’un impresario.

Aux chants de caractère religiux succèdent des airs nationaux par lesquels la troupe termine la soirée.

15 décembre. — Départ pour George Town dans le Clear Creek County, au pied du Snowy Range, une des ramifications du grand massif des Montagnes Rocheuses, Le pays que traverse la voie ferrée est en commencant absolument plat et n'offre rien de saillant. Au bout de 13 ,ailles on arrive à la petite ville de Go/den City, aux environs de laquelle se trouvent des gisements assez considérables de lignite. Golden. City est bâtie au bas d'une colline dont le sommet est garni d'une suite de rochers à pic qui sembient les derniers vestiges d’une place forte, avec ses murs et ses tours en ruine.

Ici nous changeons de train et nous prenons ce qu’on appelle un Narrow gauge railroad, un chemin de fer à petite section. Ce genre de voie est toujours adopté en Amérique quand on a de grandes difficultés de parcours à vaincre et lorsque ni le trafic, ni la circulation n’atteignent des proportions importantes. La ligne que nous allons suivre et qui fait partie du réseau du Colorado Central C° R, R, est une des plus curieuses dans ce genre. En moyenne on monte de 104 pieds par mille, Le maximum de pente est de 211 pieds par mille, La voie décrit un nombre considérable de courbes ; quelques-unes n’ont qu’un rayon de 179 pieds, la plupart ont un rayon de moins de 220 pieds. Les locomotives avec leur combustible et l’eau qui leur est nécessaire ne

‘pèsent que 16 tonnes ; elles peuvent monter un poids

de 30 tonnes, et elles ont raonté jusqu’à 250 voyageurs.

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oix En quittant Golden City, côtoyant les bords tourmentés d'une petite rivière, le Clear Creek, on suit le fond d'un des canôn extrêmement étroit, qui n’a pas parfois plus de { u rée. 50 pieds de largeur. On se sent bien vraiment dans les | il s le Montagnes Rocheuses. Ici, de chaçue côté, s'élèvent F4 des des murailles verticales de granit et de gneiss qui ont | | SES. jusqu’à 500 pieds de hauteur ; là, des rochers de même î : cant nature, comme suspendus au milieu des airs, menacent | Me t de de s'effondrer sur la voie ; peu de traces de végétation ; F4 aux seulement parfois dansles anfractuosités quelques arbres id 1SSeZ verts et quelques pieds chétifs de Cotton wood. Le spec- | | bas acle est véritablement fort beau et doit l’être encore | te de davantage quand il est éclairé par un brillant clair de 1 d'une lune. Les habitants de Denver sont sans doute de cet avis, a car, à la petite station de Beaver Brook, on aperçoit une ‘4 qu'on salle de danse champêtre où, par les belles soirées de h. fer à l'été, ils viennent par le chemin de fer se divertir. (l té en Les eaux du Clear Creek ont été autrefois exploitées . cours pour l'or qu’elles contenaient ; ce travail est abandonné po 'attei- aujourd’hui. A partir de Beaver Brook, les roches chan- Fil nous gent, le granit devient de la syenite, l'amphibole a RTE Lorado remplacé le mica. pi) ns ce À Floyd Hill nous atteignons une altitude de 7,108 ie mille. pieds au-dessus du niveau de la mer; nous sommes à El.

environ 30 milles de Denver, Quittant le chemin de fer, nous prenons un stage et, suivant la netite rivière connue sous le nom de South Clear Creck, nous ne tardons pas à arriver à Zdaho. Le pays entre Floyd Hill et Zdaho est aride et son aspect est moins pittoresque que celui que traverse le chemin de fer, A Zdaho, il y a des sources sodiques chaudes qui, pendant la belle

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saison, attirent quelques baigneurs. Nous y changeons de chevaux et nous continuons notre route. La scène s'agrandit, la vallée s’élargit, les montagnes deviennent plus élevées; mais partout il y a de la glace et de la neige. À trois heures nous arrivons à George Town, à une altitude de 8,452 pieds.

George Town est le centre d’un pays très riche en mines d’argeat; nous avons sur notre route déjà aperçu quelques établissements métallurgiques, mais de peu d'importance; profitant d'une dernière heure de jour, nous allons visiter le Pelican mill, qui se trouve à l'entrée de la ville.

Le minerai traité dans ce moulin provient de la mine du Pélican ; mais ce n’est pas le plus riche. Celui qui contient assez de métal précieux pour cumpenser les frais de transport est vendu. Le minerai traité dans ce moulin est une galène argentifère où la proportion de plomb ne dépasse pas 15 p. 100 et qui peut renfermer en outre, en moyenne, 6 p. 100 de fer et 7 p. 100 de zinc.

IL est placé d’ahord sur un séchoir; un foyer allumé à l’une des extrémités de ce séchoir dégage la chaleur nécessaire; puis il est soumis à l’action d’un rock breaker et ensuite à celle de pilons qui sont au nombre de äix. Une fois réluit en poudre très fine, il est jeté dans des cylindres en fer doublés de briques réfractaires, connus sous le nom de cylindres de Brückner. Un fourneau est placé à la partie antérieure de chacun de ces cylindres, qui sont animés d'un mouvement circulaire autour de leur axe et font une révolution à la minute. Chaque cylindre contient deux tonnes de mi-

eur rock bre jeté ''AC+ 107, cun à la mi-

nerai qu'on mêle à du chlorure de sodium en quantités déterminées. Sous l’action de la chaleur il se forme un sulfure de plomb et un chlorure d'argent. Les vapeurs sorlant de chacun de ces cylindres et les poussières entraïnées par le courant d'air sont recueillies dans des chambres én hriques qu’on nettoie une fois par semaine.

Le minerai est ensuite retiré et jeté dans ce qu'on appelle les Freiburs barrels, avec une certaine quantité de mercure. Ces tonneaux, au nombre de huit, font vingtcinq révolutions à la minute, On obtient un amalgame qui esttraité parles procédés ordinaires danslesretortes.

Le Pelisan mill est muni d'une machine à vapeur de la force de 50 chevaux. On y brûle du bois; il en faut sept cordes par jour; la corde revient à 5 $.

On peut traiter dans ce moulin 10 tonnes de minerai par jour. Quatorze ouvriers suffisent, Les dépenses sont de 120 $ par jour. Elles sont réduites en été, grâce à l'emploi, alors possible, d'une roue hydraulique qui développe une force de 100 chevaux-vapeur.

16 décembre. — Partis à cheval de bonne heure, nous allons visiter la mine du Pélisan, à environ 5 milles à l'ouest de George Town. Cette mine est située sur le mont Sherman, sur la pente est d’un ravin assez profond qu'on appelle le Cherokee, Grâce à cette circonstance, l'exploitation en est très facilitée par l'ouverture, sur le flanc de la montagne, de galeries qui pénètrent à une grande profondeur. Le filon connu sous le nom proprement dit du Pélican, à environ 3,000 pieds delong, mais d’autres s'y rattachent qui appartiennent aux mêmes propriétaires, La longueur totale de ces veines est de 12,000 pieds.

La largeur moyenne de celle du Pélican est de 10 pieds. Elle court du nord-ouest au sud-est, elle est légèrement inclinée vers le nord. La pegmatite, c'està-dire une roche composée de quartz et de feldspath lamellaire, constitue la gangue du minerai. La composition de celui-ci est analogue à celle du minerai de toutes les mines voisines. Il contient du plomb, du fer, du zinc et de l’argent en différentes proportions, comme je l’ai dit déjà. Le plomb s’y trouve en quantité extrèmement variable et qu'on peut parfois chiffrer par 50 p. 190. Ii y a de 60 à 1,500 onces d'argent à la tonne.

Cinquante-cinq ouvriers seulement sont actuellement employés à la mine, parce que, en raison des difficaltés qu'on rencontre dans le transport du minerai en hiver dans cette région, il s’accumulerait en quantités trop considérables si on faisait travailler un plus grand nombre de mineurs. L'été dernier, il y en a eu jusqu’à cent cinquante à la fois. IL y à 5,000 pieds de galeries ouverts.

La mine du Pélican, comme presque toutes celles du Colorado, se développe lentement, mais d’une facon progressive et sûre. Il en est de même des moulins et des établissements de fonte du minerai ou smelting works. À l'origine, les capitaux effrayés des résultats de spéculations folles basées sur des mines qui n'avaient pas été suffisamment étudiées et sur des procédés d'exploitation incomplets s'étant retirés, les mineurs du Colorado se sont trouvés réduits à leurs propres ressources, très minimes en commencant. On semble rentré dans une bonne voie aujourd'hui et

chaque jour les progrès sont plus apparents. Quelques capitalistes depuis un an ont même retrouvé la route du Colorado. Ainsi, en descendant de la mine du Péiican, nous nous arrètons à un nouveau moulin appartenant à M. Eddy, qui vient d’être achevé et qui est construit sur le modèle des moulins existant en Europe. On y traite par des procédés mécaniques seulement les minerais les plus bas qui, jusque-là, étaient rejetés comme inutiles, et les résidus dont on ne pouvait plus rien tirer. Les frais d'exploitation et le prix d'achat des minerais et des résidus sont, à la vérité, presque nuls; mais les frais de transport pour les amener a moulin sont considérables. Malgré cela, les bénéfices sont largement rémunérateurs. Le minerai passe d'abord dans un concasseur, puis entre deux laminoirs placés horizontalement, et de 1là dans un crible en forme de cylindre qui se meut autour d’un axe horizontal. Un élévateur alors l'amène dans la partie supérieure du bâtiment, d’où un courant d’eau l’entraîne dans une série de cribles formés de toiles métalliques dont les mailles deviennent progressivement de plus en plus étroites. Un mouvement mécanique constant agite ces cribles, sur lesquels passe un courant d'eau excessivement lent. En raison de leur poids spécifique, toutes les particules métalliques viennent successivement tomber au fond; les plus petites et les plus légères, qui sont en dernier lieu entraînées par le courant, sont arrêtées dans des sluices, Le minerai très riche résultant de cette opération est envoyé aux smelting works. La machine à vapeur employée est d'une force de 40 chevaux. On peut, dans

le moulin de M, Eddy, travailler par jour 40 tonnes de minerai.

Toutes les hauteurs voisines, comme la vallée, sont couvertes de neige. À George Town, il fait un froid très vif, et les chemins sont revêtus d'une épaisse couche de glace; les gens du pays nous assurent que ce serait folie de tenter, comme j'en avais le désir, une expédition de chasse dans le Middle Park, large plateau qui se trouve de l'autre côté du Snowy Range. 11 faut renoncer à ce projet, et pourtant un chasseur du pays, revenu de cette région il y a huit jours à peine, nous conte qu'il y à vu des Wapitis, ies grands cerfs d'Amérique, en nombre considérable, Hélas! depuis, la neige est tombée, les passages sont fermés et luimême se refuserait, dit-il, à nous conduire.

Mais il nous a tant été parlé des splendeurs du spectacle que l'on obtient du haut de ces montagnes qui nous entourent, que nous nous décidons à tenter, faute de mieux, l'ascension de l’une d'elles. Nous avons d'abord la plus grande difficulté à trouver un guide, Enflo, un jeune homme, M. F.-C, Marshall, se propose; nous essayerons d'atteindre au moins le Snake River Pass. On cherche en vain à nous dissuader, et à midi nous nous mettons en route à cheval, Rothschild, M. Marshall, le jeune Bellemans et moi. A peine sommes-nous sortis de la ville que nous nous trouvons en difficulté. Nos chevaux sont ferrés avec des crampons, mais c’est avec grande peine qu’ils se maintiennent sur leurs jambes. Au bout de quelques milles la route disparaît, et, à la file, nous suivons notre guide qui nous

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montre le chemin ; même en temps ordinaire, il n°y a ici qu'un sentier, à peine suivipar quelquesrarestrappeurs.

Parfois nos chevaux enfoncent dans la neige jusqu'au poitrail et nous ne les en tirons qu'avec mille efforts, Bientôt nous devons même renoncer à demeurer dessus et, les poussant devant nous, nous avançons le plus rapidement qu'il nous est possible vers une hutte abandonnée que M. Marshall sait devoir trouver au pied de la montagne ; nous les laisserons là, ils ne sauraient aller plus loin.

À mesure que nous avançons, nous nous élevons audessus de la vallée, le froid devient plus pénétrant, Quand nous arrivons à la hutte où nous attachons les chevaux, Rothschild me déclare qu'il ne saurait monter plus haut, depuis quelque temps déjà il souffrait de la raréfaction de l'air et sentait des bourdonnements dans les oreilles. Il insiste pour que nous continuions et nous attendra ici.

Sans perdre de temps, nous repartons; mais ce n’est qu’à quatre heures que nous atteignons enfin le sommet du col. Malheureusement il fait un froid terrible, en raison surtout du vent qui souffle en ouragan, car le thermomètre ne marque que 4° F. (— 169,5 C.); mon baromètre me permet d'évaluer la hauteur à 13,490 pieds environ, Il nous est impossible de rester sur la crête même, autrement que couchés et nous tenant étroitement serrés; mais le panorama qui s'offre alors à notre vue est véritablement de toute beauté. Grâce à la limpidité de l'atmosphère, on peut voir distinctement à plusieurs centaines de milles de distance cette Série non interrompue de pics et de vallées qui con-

stituent les Montagnes Rocheuses et qui forment un des massifs les plus grandioses et les plus imposants qui soient au norde. Au loin dans les fonds scintillent aux rayons d'un soleil déjà sur l'horizon, comme de l'argent liquide, l’eau des lacs, les torrents et les rivières qui alimentent les grands fleuves, tributaires, d'un côté de l'océan Pacifique, de l’autre de l'Atlantique; au-dessus de nous s'élève le Gray's Peak, dont la cime est à environ 14,400 pieds au-dessus du niveau de la mer. Dans cette nature vierge, la main de l'homme n'apparaît nulle part et pas un être vivant ne vient troubler la solitude.

Le froid nous chasse bientôt de notre merveilleux observatoire. En nous relevant, M. Marshall a l’imprudence de me lâcher; et, tandis que je me retiens à un quartier de roc, il est renversé violemment par le vent et se coupe profondément la main sur l’angle d’un rocher. Je bande sa blessure du mieux qu'il m'est possible et nous redescendons rapidement, à la cabane où nous reprenons Rothschild et les chevaux. Notre retour s'effectue plus facilement, grâce à la route que nous nous étions tracée en venant; mais nous n'arrivons à George Town qu'à la nuit noire, à la grande surprise des mineurs de l'endroit, qui supposaient que nous aurions été obligés de bivouaquer, et n'ayant pas fait d'autre rencontre intéressante que celle d'un ours noir dont nous étions, d'ailleurs, séparés par toute la largeur de la vallée que nous suivions. î

Tandis que je fais honneur au repas qui nous est servi, on vient m'inviter à un bal donné par le club de l'endroit, l'Americus Club ; je m'excuse sur mon costum:,

mais on insiste et je vais finir la soirée fort agréablement au milieu de la société élégante de George Town, C'est assurément un de mes plus curieux souvenirs que celui que j'ai conservé de ce bal, avec toutes ces femmes, le plus grand nombre fort jolies, vêtues presque toutes 2vec élégance, dans cet endroit perdu au milieu des Montagnes Rocheuses et après une course comme celle que j'avais faite dans la journée.

17 décembre. — De bonne heure, dans la matinée, remontant en stage, nous reprensas notre route de l'avant-veille jusqu'à Zdaho. Après avoir relayé, nous tournons vers le nord en suivant le Virginia Canôn. La pente à gravir est des plus rapides, et ce n’est qu’au bout d’une heure et demie que nous atteignons le sommet du contre-fort qui sépare le North Clear Creek du South Clear Creck, celui que nous avons côtoyé en venant. A nos pieds, dans la vallée du North Clear Creek, nous apercevons Nevada City, Central City et Black Hawk, qui, reliées entre elles par les maisons, s'étendent sur une longueur de 4millesenviron. Partout,une fois dans la vallée, s'offrent à nos yeux, le long du chemin, des mines d'or. Après un court arrêt à l'un des hôtels de Central City, nous descendons vers Black Hawk; mais, en passant, nous nous arrêtons à la mine Bobtail.

Cette mine fait partie d’un filon qui a 3 ou 4 milles de longueur, mais qui appartient à diverses Compagnies ou à différents propriétaires. Cette diversité d'intérêts a apporté des entraves nombreuses à l'exploitation. La mine de Bobtail, proprement dite, appartient aujourd'hui à une Compagnie composée de différents propriétaires qui se sont constitués en société,

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Le minerai qu’on en extrait donne en moyenne à la tonne 100 $ en or, 16 onces d'argent, 8 p. 100 de cuivre environ et un peu de fer. La production est évaluée actuellement à 20,000 $ par mois, mais ce chiffre pour- , rait être doublé si tous les travaux d'appropriation étaient terminés.

Le claim de Bobtail u une longueur de 900 pieds et une largeur de5 à 6 pieds; ii est exploité a une profondeur de 600 pieds; il y a huit étages de galeries. Un tunnel de 1,200 pieds, creusé dans le flanc de la montagne, mène aux galeries d'exploitation. Ce tunnel est aussi employé par quelques propriétaires de claims

limitrophes qui payent une redevances. Il n°y a dans la tr mine de Bobtail qu'une seule machine à vapeur de te 50 chevaux, qui sert à la fois à l'épuisement de l’eau et le au hissage du minerai, dont le pius riche est envoyé at d'abord aux moulins — suills — et le reste directement pc aux srelting works. gn

Quittant la mine de Bobtail, nous nou: acheminons l d' vers les Smelting works du professeur ul, à Black À Li Hawk, il en sort pour environ 2 millions de dotiars ta d'argent par an.

On y travaille avec les autres minerais les tellures se d'or et d'argent qu’on trouve dans les mines du Comté sa de Boulder. Le tellure, qui Jour se volatiliser exige une al

température plus élevée que le soufre, ne peut être regardé que comme un élément très gênant dans la composition des minerais d’or et d'argent. L'amolgamation n'est pas praticable en raison de la saturation des atomes d'or et d'argent par le tellvre, et la même raison s'oppose à l'emploi des procédés purement mécaniques.

Le minerai est d'ahord grillé en plein air ou dans des fourneaux, suivant qu'il est en morceaux assez gros ou en morceaux plus petits; on le débarrasse ainsi d’une partie du soufre ; puis on le soumet à la fusion en ajoutant, dans certaines propcrtions déterminées par une analyse préñlable, des scories, du quartz, etc. Il en résulte une matte de cuivre, de fer, d'argent, d'or et quelquefois de tellure, et des scories. Celles-ci, si elles ne contiennent pas de métal précieux, sont rejetées; sinon elles subissent une seconde fusion. La matte est concassée et soumise à une nouvelle opération par laquelle on la débarrasse de l'argent qu'elle contient. Exposée ura troisième fois à l’action de la chaleur, ce qui reste de tellure disparait par la volatilisation, le fer reste dans les scories qui sont rejetées et on obtient un sel de cuivre auquel l'or est mélangé et qui est envoyé à Boston pour être traité daris un établissement de la Compagnie à laquelle appartient déjà celui de Black Hawk, et d'où on expédie le sulfate de crivre obtenu à Saint- Louis, à Chicago, etc., où l’on en trouve un débit facile, tandis que l'or est vendu sur place.

Notre visite aux Smelting works du professeur Hill se trouve malheureusement un peu écourtée par le passage du train qui doit nous ramener à Denver, où nous arrivons à la nuit,

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19 DÉCEMBRE. — l''IANVIER,

Las Animas et ses habitants. — Chasse aux buffalos sur le territoire indien, au sud du Kansas. — De Dodge City à Saint-Louis, — Saint- Louis, — Le général Sherman, — De Saint-Louis à Philadelphie,

19 décembre. —- Après un jour de repos bier gagné, nous partons le matin de Denver par le Kansas Pacific

Railroad. Cette ligne traverse la contrée qu’on appelait autrefois le grand désert américain. Elle mérite ce nom; toute la journée nous parcourons des plaines couvertes d’une herbe desséchée et qui s'étendent à perte de vue ; dans le lointain, tout à fait à l'horizon, on aperçoit seulement la ligne des Montagnes Rocheuses. Des troupes nombreuses d’antilopes et de chiens des prairies, quelques bestiaux, donnent seuls un peu de vie à ce paysage désolé. Aux stations on ne voit que deux ou trois maisons à peine, en dehors de celles où habitent les employés de la Compagnie. A Kit Carson, à 160 milles environ de Denver, nous quittons la ligne principale, et le soir nous arrivons à 56 milles plus loin, à Las Animas, sur ia rivière Arkansas, où nous nous arrêtons pour la nuit

DE DENVER A PHILADELPHIÉ 195

C’est un point de transit important pour le territoire de New Mexico, et c'est de là que part le chemin de fer, actuellement en construction, qui aboutira à Santa Fé dans ce territoire, au sud-sud-ouest de Las Animas.

Las Animas est un petit village d'environ 800 habitants qui présente une physionomie curieuse. La population, en grande majorité mexicaine ou de sang mêlé, offre des spécimens de tous ces types de coureurs de prairies qu'une foule de romans ont rendus populaires : conducteurs de chariots, muletiers, vaqueros, etc. Notre car a été garé en dehors de la voie et nous y passons la nuit; mais, en attendant le moment de nous concher, nous allons faire un tour dans les maisons de jeu et les salles de danse où tous ces gens se réunissent. Callot eût pu y faire ur choix de personnages dignes des types qu'il à immortalisés. Quelques femmes seulement, mais presque toutes laides et de la plus basse lasse. Les danses, généralement des danses mexicaines, sont fort gracieuses, en dépit des lourdes bottes garnies d’éperors énormes des danseurs, qui tous portent sur la tête le chapeau mexicain à larges bords, ont à la ceinture un ou plusieurs revolvers et, à la main, ce fouet en cuir qu'ils ne quittent jamais, L’orchestre, composé d’ordinaire d'une guitare, d'un violon et d’un violoncelle, est généralement pitoyable, Au commencement de ‘la soirée il règne un ordre relatif; mais, comme après chaque danse le cavalier conduit sa danseuse au bar, lui fait servir à boire et naturellement n'a garde de s’oublier, on se figure aisément l'aspect de ces maisons vers minuit ou une heure du matin. Les disputes et les rixes éclatent, et toute la nuit résonnent les coups de

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revolver qu'accompagnent les hurlements de cent ou cent cinquante chiens de toute espèce, de toute taille, de toute couleur qui rôdent autour des habitations, se disputant les rares débris dont ils font leur nourriture.

20 décembre, — Grâce à un travail assez long et après avoir mené notre car à 7 milles &e Las Animas, à un endroit où les deux lignes du Kansas Pacific et de l'Atchinson et Topeha R, courent parallèlement à une courte distance l'ane de l’autre, on est arrivé à le faire passer sur la seconde de ces deux lignes. Aussitôt nous partons pour le fort Dodge, dans le Kansas.

Le chemin de fer suit le cours tourmenté de la rivière Arkansas; le pays serait, s’il était possible, plus triste et plus monotone encore que la veille, si ce n'étaient les quantités innombrables de bestiaux paissant dans la plaine. Parfois le train est obligé de ralentir sa marche pour ne pas écraser les animaux qui errent sur la voie.

A Sargent, nous entrons dans le Kansas et, le soir, nous nous arrêtons à Dodge City où on détache notre ar et où nous passons la nuit.

21 décembre. — Une lettre nous avait été remise à notre arrivée de la part du commandant par intérim du Fort Dodge, situé à 5 milles de la ville, nous annoncant sa visite pour le lendemain. En effet, à neuf heures nous voyons arriver M. J.S. Payne, capitaine au 5° régiment de cavalerie, et deux autres officiers, le capis taine Hays et le lieutenant W.P. Hall. Le capitaine Payne avait été prévenu, par une lettre que le général Sheridan avait eu la gracieuseté de lui envoyer,

de notre désir de faire une chasse aux buffalos (1) et très aimablement, avec cette courtoisie qui distingue tous les officiers de l'armée fédérale, il venait nous inviter à diner pour combiner au fort les moyens propres à assurer l'exécution de notre projet.

Le fort Dodge, pus plus que la plupart des postes qui ont reçu la même appellation sur les limites du terriroire indien, n’est un point fortifié. C’est en réalité un véritable camp où les officiers et les soldats sont établis confortablement dans de petites maisons généralement en bois, mais dont cependant quelques-unes sont en pierre.

Les officiers mariés ont chacun un logement à part et vivent chez eux avec leur femme et leurs enfants. Ceux qui ne le sont pas ont un mess où ils trouvent toutes les ressources qu’on peut se procurer, étant données la difficulté des communications et la distance à laquelle on est de tout grand centre.

Nous dinons chez le capitaine Payne, qui nous a présentés à sa femme. Mrs. Payne, ainsi reléguée sur les confins de territoires qui ne sont habités que par des tribus sauvages, ne se plaint pas de la vie sérieuse qu'elle est obligée de mener et qui sera sa vie sans doute pendant de longues années encore, car il n'y à qu'un bien petit nombre de villes où la cavalerie de l'armée fédérale ait des détachements. Elle nous a fait un accueil charmant et ne paraît pas penser qu'il y ait du mérite à accepter comme elle l’a fait un genre d'existence qui semblerait

(1) J'emploie le mot buffalo pour me conformer À l'usage; c'est à proprement parler bison qu'on devrait dire. (Vote de l’auteur.)

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insupportable à tant de femmes en Europe. — « Nous sommestoutes de même, nous autres femmes d'officiers ; quand nous nous marions, nous savons bien quel est le sort quinous attend », — medit-elle simplement, comme je lui manifestais mon admiration.

Après le dîner, après nous être entendus sur l'heure du départ de notre expédition pour le lendemain, nous retournons à notre car, qui est garé à Dodge City.

22 décembre. — Vershuit heures du matin, septcavaliers commandés par: un brigadier, qui nous serviront d’escorte, et le lieutenant M. Hall viennent nous prendre. Ils nous amènent deux chevaux de selle aui ont été mis à notre disposition. Un lourd chariot attelé de six mules, qui doit porter les approvisionnements et les objets de campement, une autre voiture plus légère, destinée aux gens qui seraient fatigués ou écloppés, et deux chasseurs pour nous servir de guides complètent le convoi.

Une demi-heure plus tard nous nous mettons en marche et, traversant la rivière Arkansas, nous nous dirigeons vers le sud-sud-ouest.

Le pays est extrêmement plat; quelques ondulations de terrain, à peine sensibles, n’altèrent en rien la monotonie du spectacle que nous avons sous les yeux. Nous sommes au milieu des prairies, de ces prairies où l'herbe est parfois si haute qu'elle atteint la tête d'un cavalier ; mais, ici, ce n'est pas le cas; nous sommes en hiver d’abord, puis le feu a tout ravagé. Les Indiens, pour refouler les buffalos sur leur territoire, ont brûlé toute la plaine qui s'étend entre l'Arhkansas et la région du Beaver Creek, vers laquelle nous comptons nous diriger.

Dans le lointain ous apercevons quelques antilopes, mais elles se trouvent hors de portée et nous n'avons pas le temps de chercher à les approcher; notre unique pensée est d'avancer le plus rapidement possible pour sortir de la région désolée où nous nou: trouvons. Vers le soir, après avoir traversé le Mulberry Creek, où quelques flaques d'eau saumâtre, les seules d'ailleurs que nous ayons rencontrées sur notre route, indiquent le lit de la rivière, nous établissons notre campement sur le Crooked Creek, à 26 milles environ de Dodge City, et où nous trouvons de l'eau et du bois relativement en abondance.

23 décembre.— Au point du jour le signal du réveil est donné et nous levons notre camp, mais en emportant cette fois avec nous le bois qui sera nécessaire pour le soir, Nous continuons notre marche vers le sud-sudouest.

Le pays a le même aspect que la veille; mais le temps est à l'orage, ce qui m'inquitte, M. Hall m'ayant prévenu, après avoir examiné le ciel, qu'à l’époque de l’année où nous nous trouvons les orages presque toujours dégénèrent en ouragans de neige qui s’en vont balayant devant eux tout ce qu'ils rencontrent. Si l'on ne se trouve pas à proximité de quelque pli de terrain derrière lequel on puisse s'abriter, on

ne tarde pas à devenir le jouet de la tempête et souvent des convois entiers ont ainsi disparu. Les animaux effrayés brisent leurs entraves; après une course folle, ils s'arrêtent épuisés, ils tombent pour ne plus se relever et meurent ensevelis sous la neige. Les

malheureux qui les conduisent, s’ils ont résisté à cette

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terrible épreuve, sans vivres, sans moyens de transport, ne tardent pas à leur tour à succomber.

Tout en cheminant tous deux en tête de notre colonne, nous appelons un des chasseurs qui nous rejoint, lui aussi tout soucieux. Nous tenons conseil et il est décidé que nous continuerons à nous porter en avant. Le vent souffle dans notre dos; les nuages de poussière qu’il soulève nous gênent moins que si nous faisions volte-face, et puis nous sommes assurés en tout cas d'arriver à temps au point où nous devons camper pour la nuit et où nous serons en sécurité. Il est convenu toutefois que, pour ne pas effrayer les hommes, nous ne parlerons pas des éventualités possibles,

Nos craintes heureusement ne tardent pas à se dissiper. Au bout de quelques heures la tourmente se calme un peu; de nombreux effets de mirage, souvent fort curieux, se produisent à chaque instant et' nous continuons à marcher rapidement, ne rencontrant que quelques rares bandes d’antilopes qui se tiennent hors de portée de nos balles.

A cinq heures du soir, après avoir fait à peu près 38 milles, nous nous établissons pour la nuit sur la rive gauche du Cimeron River.

A ce moment se produit vers l'est un des plus immenses arcs-en-ciel qu’on puisse se figurer; les couleurs en sont d'une vivacité extraordinaire, et les arcs concentriques qu'elles forment sont d’une régularité admirable.

24 décembre, — Dès que le jour nous le permet, nous levons le camp. C'est toujours le même pays ravagé par l'incendie que nous parcourons, Le

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vent a changé; il vient du sud-ouest, il n'inspire plus les mêmes craintes que la veille, mais il est glacial et soulève des flots de poussière qui, à certains moments, semblent obscurcir la clarté du jour.

Prenant les devants avec M. H:1l, l'un des chasseurs et un cavalier, je vais chercher l'emplacement où nous pourrons camper le :soir. Au bout de 25 à 30 milles nous arrivons aux collines de sable qui bordent le Beaver Creek, qu'on appelle aussi North Fork of Canadian River. Dans le lointain nous avons aperçu quelques buffalos; nous avons vu aussi un cerf à queue noire, des sconz, des chiens de prairie; mais les uns étaient hors de portée, les autres ne méritaient pas le coup de carabine. |

En atteignant ces collines, nous sommes obligés de mettre pied à terre pour les gravir, le sable coule sous les pieds de nos chevaux, et nous-mêmes nous enfonçons jusqu'à mi-jambe. — Des broussailles partent des Jachkass r'ubbits, puis une volée de colins; mais nous n’avons que nos carabines et il nous est impossible de chercher à regarnir notre garde-manger; la viande fraîche commence pourtant à nous faire défaut. Quel: ques minutes après, treize dindons sauvages partent loin devant nous, courant et s'aidant seulement de leurs ailes comme font les autruches. Dans ce terrain, pas la moindre chance de les rejoindre; je leur tire deux coups de carabine, mais sans succès. Enfin, nous arrivons au sommet de l’une des collines; il commence à faire sombre déjà, et l'aspect de la vallée, sévère et impressionnant au possible, n’est pas fait pour nous réjouir. Cette vallée qui se déroule à nos pieds est

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