‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 29 sur 71 · E FRET FE · texte numérisé non relu

E FRET FE

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d'une tristesse véritablement imposante avec les rafales de vent qui font tourbillonner la poussière, puis, entre temps, les rayons du soleil couchant venant éclairer les montagnes de sable de tons métalliques, et cette rivière, aux eaux ternes, qui semble dormir. La difficulté est de faire arriver notre convoi à la rivière; le chemin que nous avons pris ne serait pas évidemment praticable pour ros chariots. Tandis que nous explorons le terrain, tout d'un coup, dans le crépuscule, sur la rive opposée, l'un de nos cavaliers croit apercevoir une sentinelle indienne ; abrités derrière un monticule, nous tenons conseil; nous faisons un large détour pour reconnaître la position; puis, tout d’un coup, nous partons d’un immense éclat de rire : la sentinelle n’est qu'un tronc d'arbre curieusement déchiqueté qui, sur le ciel, se détache comme un homme debout faisant le guet avec une carabine sur l'épaule.

Mais nous avons fini par trouver un passage ; le chasseur est expédié au-devant de la colonne qu'il doit amener à un point que nous lui désignons, Nous nous y rendons de notre côté et, après une attente qui nous paraît fort longue, tard dans la soirée, nos chariots et le reste de notre petite troupe arrivent enfin et nous dressons nos tentes sur les bords de la rivière. Iln’y a pas un arbre, mais quelques morceaux de bois sagement économisés depuis deux jours, quelques broussailles ramassées çà et là, nous permettent enfin de faire cuire un repas impatiemment attendu, après lequel chacun se roulant dans ses couvertures va se reposer.

25 décembre, — La nuit a été si humide et froide que nul au réveil ne se fait tirer l'oreille. Il est évident

DÉ DENVER À PHILADÉLPHIE 203

que nous ne pouvons demeurer c .nous sommes. Nous levons donc le camp, décidés à traverser la rivière et dès que nous aurons trouvé un emplacement convenable, à nous y établir pour nous mettre de suite à la recherche de gibier, les vivres que nous avions emportés se trouvant fort diminués,

Des canards et des oies en grand nombre ont été aperçus sur la rivière ; mais c’est en vain que je cherche à les tirer, en me glissant sans bruit le long du bord que notre petite troupe côtoie à quelque distance jusqu'à ce que nous trouvions un gué où nous puissions traverser. Le passage effectué, nous remontons les collines qui forment au sud la vallée du Beaver Creek ; je chemine à pied, armé de mon fusil, Enfin, au bout de 4 à 5 milles, vers l’ouest, on aperçoit un bouquet d'arbres. Nous nous dirigeons vers ce point et nous ne tardons pas à arriver à un joli cours d’eau qui n’est pas relevé sur la carte, très incorrecte, que nous avons emportée de Fort Dodge, et que M. Hall a pour mission de compléter autant que possible. En raison de la haute muraille de roches rougeâtres qui l'encaisse d'un côté, nous baptisons cette petite rivière le Red Bluff Creek. Elle se jette dans le Beaver Creek, qui lui-même, comme les différents cours d’eau que nous avons traversés, est tributaire de l'Arkansas,

La rive droite du Beaver Creek n’a été que partiellement ravagée par le feu, nous sommes donc dans une région où nous avons chance de trouver les buffalos, Pendant qu'on dresse les tentes, je bats les environs et je ne tarde pas à revenir triomphalement avec trois lapins qui, immédiatement apprêtés, nous fournissent

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