‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 30 sur 71 · RES ES MORE FRERE · texte numérisé non relu

RES ES MORE FRERE

un excellent repas, après lequel, montant à cheval, M. Hall, Rothschild et moi avec les deux chasseurs et deux cavaliers, nous traversons le Red Bluff Creek et nous partons à la découverte, marchant en ligne, mais très espacés les uns des autres et scrutant l'horizon.

Au bout de trois quarts d'heure, l’un des chasseurs qui se trouve à l'extrême droite fait un signal. Nous le rejoignons et il nous montre à environ un mille et demi trois buffalos paissant.

Après une courte consultation, nous prenons le vent et, laissant nos chevaux aux deux cavalierset à l’un des chasseurs, M. Hall, Rothschild, le second chasseur et moi nous nous mettons en devoir d'approcher les animaux. À cet effet faisant un large détour, nous arrivons derrière la colline de l'autre côté de laquelle ils se trouvaient ; puis doucement, en’silence, nous montons au sommet, Arrivés à la crête, sur les genoux, j'avanceun peu, puis, me mettant à plat ventre, jeregarde au-dessous de moi. Les buffalos ont disparu! Après quelques moments d'hésitation, reprenant le chemin par lequel nous sommes venus, nous nous dirigeons vers la rivière, pensant que peut-être ils y seraient allés s’abreuver, quand tout à coup M. Hall, resté un peu en arrière, et qui avait continué à glisser le long de la crête, nous siffle doucement; les buffalos se sont déplacés et ils sont couchés à quelqués cents mètres à peine de l'en droit où nous nous trouvons.

. Alors, rampant sur le ventre, sur les genoux, sur les: mains, profitant du moindre pli de terrain, de la moindre touffe d'herbe, nous nous dirigeons vers eux, Arrivés à portée, nous nous tenons cois une demi-seconde

pour reprendre haleine, puis, nous soulevant tout doucement un peu, nous attendons que les bufiles se soient relevés pour pouvoir les tirer à un bon endroit. Nous avions le vent pour nous heureusement; mais, au bout d’une seconde à peine, l'un des animaux se dresse avec une rapidité telle qu'il m'est absolument impossible de juger si, comme le cheval, i! se relève d’abord sur les jambes de devant ou comme les bêtes à cornes sur celles de derrière ; il hume avec bruit l'air de notre côté. Ses deux compagnons se dressent à leur tour. Le moment est favorable, nous faisons feu. Deux des buffalos, mortellement blessés, tombent à demi; le troisième, légèrement touché seulement, s'éloigne. Sans nous relever nous achevons les deux premiers; puis, les cavaliers qui tenaient nos chevaux arrivant, je saute en selle et donne chasse au troisième buffalo. Il s'éloigne grand train, mais j'arrive au bout de vingt minutes à le joindre. Je le manque d’une première balle; d’une seconde je letoucheen plein corps. Il s'arrête,se retourne, et, frappant la terre du pied, secouant son énorme tête, la queue en l’air, il me chârge ; mon cheval, qui n'avait pas encore fait cette chasse, fait un écart et je ne peux tirer le buffalo qui passe à quelques pas et qui aussitôt reprend sa course, Je me remets à sa poursuite et je le tue enfin d’une balle au défaut de l'épaule, au moment où,ayant traversé un ruisseau assez large, il remontait, la berge opposée, Traversant à gué à mon tour, je me mets en devoir d'enlever la langue et la bosse. Au bout dequelques minutes je suis rejoint par le chasseur et un cavalier que M. Hall a envoyés à ma recherche. Les trois buffalos que nous avons tués sont de vieux i 12

taureaux, leur viande ne sera pas très savoureuse, mais nous n’en sommes pas moins ravis de notre chasse, et quand le plus petit des deux chariots qu'on avait envoyé querir pour transporter les dépouilles des deux premières victimes, -- la troisièmé étant trop loin on n’en avait pris que la langue et la bosse, — rentre au camp, il est accueilli par les hourras des hommes restés au campement et privés de viande fraîche depuis trois jours.

Dans la soirée, battant les bords du Red Bluff Creek dans une portion de prairie brûlée par les Indiens, je trouve un! énorme taureau à demi grillé; blessé sans doute, il n’avait pu fuir et était mort au milieu des flammes.

C'est aujourd’hui le jour de Noël; autour d'un grand feu tous nous faisons réveillon avec de la viañde de buffalo arrosée de quelques bouteilles dechampagne que nous avions apportées de San-Francisco avec nous dans le car, et qu’en partant de Dodge City nous avions fait charger sur notre chariot en prévision de la solennité.

26 décembre, — Notre but, faire une chasse aux buffalos, étant rempli, comme, de pius, le temps n’est pas très engageant, il a été décidé la veille que nous reprendrions de suite le chemin du retour. Aujourd'hui la route sera plus facile, puisque nous connaissons le point Li il faut passer le Reavcr Creek et que nous n'avons plus à le chercher; mais ;'étape n’en sera pas moins longue, il faut forcément atteindre le Cimeron, sous peine de nous passer d'ean.

Nous levons donc notre camp de bonne heure, et il fait jour à peine quand notre convoi s'ébranle, Le vent

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a encore changé une fois, il vient du nord et nous coupe le visage ; aussi cneminons-nous assez silencieux, cherchant autant que faire se peut à nous garantir de la bise qui pénètre par la moindreouverture de nos vêtements et nous gèle jusqu’à la moelle.

Vers une heure, nous apercevons onze buffa!os assez loin sur notre gauche, qui ne nous ont pas éventés encore, le vent nous étant favorable ; me débarrasser à la hâte de mon manteau n'est que l'affaire d’une seconde ; le lieutenant M. Hall convient rapidement avec moi qu’il continuera sa route avec ies hommes et les chariots et que, si la chasse m'entraîne trop loin, je retrouverai le camp dressé sur le Cimeron ; il doit aussi m’envcer immédiatement un homme de bonne volonté,

Je me mets en chasse, mais les buffalos nous ont enfin apercuset s’éloignent au galop; faisant un détour, je cherche à les ramener du côté où se trouve le convoi, pour ne pas m'écarter trop de ma route. Au bout de huit à dix minutes, je les ai rejoints et suis tout étonnéde voir mon cheval, qui semblait si effrayé hier, ne faire aucune difficulté pour se rapprocher du trcupeau. L'expérience de la veiile lui a prouvé que les gros animaux qui lui faisaient si peur étaient plus terribles en apparence qu'en réalité.

— Tâchez de tuer une vache ou un veau, m'avait crié M. Hall au moment où je m'éloigaais, la viande en sera meilleure. — La chose était plus facile à dire qu’à faire; galopant côte à côte avec le troupeau à une vingtaine de pas, j'avise en effet une vache; je la tire et la blesse légèrement ; je veux chercher à lui envoyer une nouvelle balle,etjem'apercois bientôt queje risque fort d'attendre

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