‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 32 sur 71 · AE · texte numérisé non relu

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bords de Ja rivière que nous cotoyons et dont les eaux | \ sont assez basses, mais couvrent un large espace. E (

Il est nuit lorsque nous arrivons au point où la ligne ] ferrée s'écarte du fleuve, qui va se jeter dans le Missis- | sipi, à 15 milles environ au-dessus de Saint-Louis. (

30 décembre, — Arrivés à Saint-Louis le matin, malgré les charmes de notre installation dans notre car | nous nous hâtons d'aller élire domicile à l'hôtel qui Q nous à été recommandé, le Southern Hotel, puis, après avoir déjeuné, nous parcourons la ville, Elle est bien bâtie. Les rues sont larges et payées d'une façon satisfaisante. Les quais qui bordent le ’ Mississipi sont très vastes, En nombre considérable de bateaux de toutes les formes, de tous les tonnages, atteste l'activité dy commerce qui se fait par la grande

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voie navigable qui s'étend sous nos yeux. Un magnifique pont joint les rives du fleuve.

Deux piles seulement en maconnerie supportent toute la construction; elles sont bâties sur le roc, qui constitue, au-dessous des sables mouvants, le lit de la rivière à plus de 100 pieds au-dessous du niveau ordinaire des eaux ; ces piles s'élèvent pour ne pas entraver le passage des navires à plus de 50 pieds au-dessus de ce même niveau. Les ares-bottants construits sur les deux rives sont établis dans les mêmes conditions de solidité que les deux piles qui sont éloignées de près de 590 pieds et se trouvent à une distance à peu près égale du rivage.

Des arches en fer s'appuient sur ces blocs énormes de maconnerie; elles sont reliées par une charpente en fer également, et c’est au-dessus qu'est construit le véritable pont avec deux tabliers superposés, l’un audessous pour le chemin de fer, l'autre au-dessus pour les voitures et les piétons. Un viaduc très large et qui prolonge le pont passe, du côté de Saint-Louis, au-dessus de la portion de la ville qui borde la rivière et permet aux voitures et aux piétons d'arriver sans différence de niveau sensible sur l'avenue Washington, dans la partie haute de la ville, tandis qu’au-dessous il permet au tablier qui porte le chemin de fer de s'ouvrir sur ur tunnel qui, passant sous une grande partie de la ville, rejcint la gare centrale.

Il n’y a pas de monument à Saint-Louis qui mérite l'attention du visiteur.

Le soir,'un jeune homme qui, ainsi que sa sœur, a tait avec nous la traversée sur le Bothnia au mois d'octobre, fait passer sa carte à Rothschild. Il habite Saint- Louis et est, nous dit-il, chargé d'une invitation pour nous.

Il existe à Saint-Louis et dans quelques autres villes des États-Unis une coutume assez singülière. Le jour de l'an, les jeunes filles et les jeunes femmes restent chez elles. Leur salon est ouvert à toute personne qui désire venir leur présenter ses vœux et ses hommages. Une table avec un lunch froid et des vins de toutes sortes est à portée. Généralement, ces dames se réunissent deux ou trois dans le salon de l’une d'elles pour que, receant plus de visiteurs à la fuis, la fête soit plus animée et plus gaie.

M. B**° vient de la {part de sa sœur et de quelquesunes des amies de celle-ci, qui ont appris notre arrivée, nous dire que ces dames, supposant que nous ne connaissions personne à Saint-Louis, craignaient que notre jour de l'an ne se passât d’une facon bien triste et qu’elles seraient heureuses d’essayer de remplacer, autant que possible, pour les voyageurs si loin des leurs, les amis et les parents absents; qu’en conséquence, elies espéraient que nous voudrions bien venir à leur réception.

11 était impossible de nous donner d’une façon plus gracieuse et plus aimable une preuve de cette hospitalité pour laquelle, aux États-Unis, les femmes de Saint- Louis ont une répuration aussi bien établie que peut l'être celle de leur beauté que nul ne conteste. Malheureusement, mes compagnons de voyage ont hâte de

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rentrer à New-Zork et nous sommes obligés de décliner cette invitation.

31 décembre. —Saint-Louis possède le quartier général de l’armée des États-Unis; je suis porteur d'une lettre pour le général Sherman, que m'a donnée avant mon départ un de mes frères qui, alors qu'il était à Washington, a connu le commandant supérieur de l’armée fédérale. Nous passons aux bureaux du commandement. Le général est rentré chez lui, nous allons: l'y trouver. On nous introduit dans un salon très simple, mais élégant. Le général a au suprême degré le port, la tenue et les manières d’un gentleman. Sa physionomie est très intelligente, son air grave, presque: sévère. Il nous fait l'accueil le plus flatteur et, quand, au bout de trois quarts d'heure, je me lève par discrétion pour prendre congé, c'est avec un véritable regret. que je m'arrache à la conversation de cet homme qui,

on le sent, a le sentiment vrai de sa valeur, de son.

expérience, et dont l'esprit est si riche en connaissances variées. Avant que je ne parte, le général me donne très aimablement une lettre pour le commandant. de l'École militaire de West-Point, que je lui ai demandée.

Le reste de la journée, jusqu'à l'heure du départ, nous le passons à nous promener dans la ville,

Saint-Louis est une des plus grandes cités commercanies non séwlement des États-Unis, mais du monde entier. Elle est en communication directe avec la mer, communication qui deviendra plus parfaite le jour où l'on aura fait à la Nouvelle-Orléans les travaux néces-

saires pour faciliter l'entrée du fleuve; elle est par ses chemins de fer en communication, directe aussi, avec l'Est et avec l'Ouest. Avec Chicago, elle est le grand marché du centre et de l'ouest des États-Unis ; mais les affaires s’y font avec un peu moins de cet esprit aventureux qui caractérise les opérations de la cité rivale.

Saint-Louis exporte des grains, des farines, du bétail, des salaisons en quantités prodigieuses. Les autres articles de commerce sont les fourrures, les spiritueux, et surtout le fer, le plomb, le cuivre et le charbon. Le chiffre des affaires par an s'élève à une somme considérable. Saint-Louis, fondé en 1764 par des Français, a aujourd hui une population de plus de 350,000 habitants ; elle a doublé depuis 1860. Son admirable situation, au milieu d’un pays très riche et très fertile, explique facilement son développement. Le Missouri produit beaucoup de grains, surtout du maïs, et l'élevage du bétail et des porcs y est pratiqué avec succès sur une large échelle. La partie méridionale de l'État que traversent les monts Osarks, quise prolongent depuis l'Arkansas, est riche en mines. La capitale du Missouri est Jefferson City (7,000 habitants), non loin du confluent de l'Osage et du Missouri.

. À sept heures du soir nous quittons Saint-Louis, Le train traverse le Mississipi sur le pont dont j'ai déjà parlé et, de l’autre côté du fleuve, nous nous trouvons dans l'Zlinois, que déjà nous avons traversé en allant de Chicago à Burlington.

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1° janvier 1876.— Le jour de l'an nous nous réveillons dans l'État d'Indiana, dont nous avons vu aussi une très minime portion, celle qui borde le lac Michigan, en arrivant à Chicago au mois d'octobre.

Bien que le pays ne soit pas très pittoresque, il est loin d'offrir l’aspect désolé qui m'avait frappé dans la région qui touche au lac. Les vallées semblent, dans la partie que nous parcourons aujourd’hui, très fertiles, les pâturages sont étendus et paraissent excellents, et on voit des forêts assez considérables dont J’exploitation est évidemment conduite avec plus de sagesse et de soin qu'on n’en montre en général aux États-Unis.

Nous passons à Zndianapolis, la capitale de l'Etat, puis à Richmond, située dans un comté dont la fertilité est, proverbiale. A Richmond on voit du chemin de fer nombre de moulins et d'usines.

A Bradford junction nous entrons dans l'Ohio. Une chaîne de collines peu élevées, qui court du nord-est au sud-ouest, parallèlement au lac Erie et à une petite distance, partage cet État en deux versants.

Il est admirablement cultivé, les pâturages sont très beaux et les forêts sont péuplées d'arbres magnifiques. La région que traverse le chemin de fer a une analogie très grande avec l'aspect de certaines parties de l’ouest de l'Angleterre.

Puis le train passe à Piqua, dans un site très pittoresque sur les bords du Great Miaïrni River,un des affluents de l'Ohio, et à Colombus, la capitale de l’État, C’est une ville importante et très peuplée. On y compte plus de 00,000 habitants. Un grand nombre de chemins de fer viennent y aboutir.

Après avoir parcouru une petite vallée d’un joli aspect, que nous quittons un peu après Frasersburgh, nous arrivons à Coshocton, bâtie en étage sur la rive gauche d'un affluent de l'Ohio, le Mrrskingum, formé de la réunion de deux petits cours d’euu, le Wathonding et le Tuscarawas ; puis ayant traversé celui-ci, nous suivons quelque temps son cours sinueux et coquet,.

A 80 milles environ de Coshocton setrouve Steubenville, Nous y arrivons à la nuit, les lueurs qui s’échappent des hauts fourneaux éclairent d'une façon bizarre la ville et la rivière Ohio, qui a déjà ici entre 5 et 600 pieds de large et sert de limite entre l'État auquel elle a donné son nom, et la Pennsylvanie.

Passant la rivière, nous pénétrons dans ce nouvel État et, à7 heures du soir, nous entrons à Pittsburg où l’'Alleghany coulant du nord au sud et la Monongahela

qui du sud remonte au nord, se joignent pour former l'Ohio. Les lueurs étranges, comme à Birmingham ou Liverpool, s'échappent des innombrables cheminées des usines qui s'élèvent de tous côtés et par instant éclairent la ville tout entière.

Pitisburg mérite une visite spéciale que je remets à plus tard, et je continue avec mes compagnons notre voyage à destination de Philadelphie où nous serons demain matin.

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