‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 5 sur 71 · oOCTOBRE · texte numérisé non relu

oOCTOBRE

Les nouveaux quartiers, — Une soirée à Park-Theatre. — Le quartier des affaires, —- Les Minstrels. — Central-Park, — Ce que semblent penser quelques gens sérieux sur l'avenir des États-Unis. — Jerome- Park, — Les courses, — Nouveau mode de paris,

14 octobre, — M. Belmont, qui est venu passer quel ques instants avec nous hier soir, nous a prévenus qu'un paquebot partait dans la journée pour l'Europe. La matinée, naturellement nous la consacrons à notre correspondance. Puis, après un déjeuner non moins parfait que le dîner de la veille, nous allons rendre à M. Belmont sa visite. Cela fait, nous décidons que, pour commencer, nous nous promènerons un peu à l'aventure, à la découverte en quelque sorte, afin de prendre une idée générale de New-York. Ce ne sera que plus tard, à notre retour de notre voyage dans les États de l'Ouest, en prenant notre temps, que nous en consacrerons ce qui sera nécessaire pour obtenir une connaissance plus approfondie de la cité impériale américaine.

Nous pareourons tour à tour Broadway, Fifth Avenue, Madison Square, Union Square et tout le quartier avoi-

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sinant. Les États-Unis n’ontpas encore cent ans d'existence, ils n’ont par suite qu'une histoire très courte, et conséquemment on ne rencontre ici que très peu de ces monuments qui surgissent à chaque pas dans les villes de la vieille Europe et sont comme de grands livres écrits sur la pierre même dont on s'est servi pour les construire, où sont relatés les actes des hommes illustres, bienfaiteurs de leur pays ou de l'humanité, les événements importants, etc. En revanche de nombreux temples. Il y a à New-York trois cent cinquantequatre églises ou temples de différents cultes. Quelquesuns sont d'une architecture élégante et d’un heureux effet. Mais tous sont dans l'alignement des maisons. Fermés dans l'habitude de la vie, il ne se distinguent des habitations voisines que par leur architecture spéciale. Dans les squares, dans Fifth avenue, des arbres d'essences diverses, avec leurs feuilles teintées différemment par l'automne, reposent agréablement la vue. En somme, l'aspect de la ville dans le beau quartier, celui que nous avons parcouru aujourd’hui, est plaisant en dépit de la teinte foncée des constructions, la plupart en briques.

La nuit venue, nous nous hâtons de dîner pour nous rendre au Park-Theatre, où dans la journée nous nous sommes arrêtés pour prendre des places. Cette salle est spécialement consacrée aux drames et comédies d'auteurs américains. On joue une pièce qui a pour titre le Mighty-Dollar, « le tout-puissant Dollar ».C'est une sortie d'une violence inouïe contre les mœurs politiques du jour; le gouvernement y est outragé presque à chaque mot; cela nous semble curieux à nous autres

Européens; ici, presque personne ne s'en étonne, et c'est à peine si quelques rares applaudissements viennent parfois souligner ces attaques. Il y a cependant actuellement, me dit-on, un mouvement de réaction très prononcé et presque général contre ces agissements trop réels malheureusement, que flagelle si vigoureusement la pièce que nous sommes venus voir. Les acteurs sont bons, la mise en scène suffisante, Ce qui à mon avis est de trop, c'est le prix exagéré des places. Nous avons dû payer 20 $ notre petite loge!

M. Belmont ayant eu l'amabilité de nous faire inscrire à deux des cercles de New-York, le Knicker-Boker et le Union-Club, nous finissons notre soirée dans ce dernier, où nous rencontrons quelques connaissances d'Europe.

Le lendemain la pluie tombe à torrents ; mais, partie à pied, partie en fiacre, nous continuons nos promenades dans la ville. Nous nous rendons dans Wall Street, Cette fois nous sommes bien dans le quartier des affaires, — Tout l'indique, — le mouvement des rues, — le pas pressé des piétons, — les affiches dont sont bariolées les maisons. L'aspect du quartier des affaires à New- York a vraiment une ressemblance frappante avec la Cité à Londres ; il y a toutefois ici moins de voitures et elles marchent moins vite. Les voies de communication sont aussi très inférieures comme état d'entretien. Cette observation peut d’ailleurs s'appliquer aux quartiers les plus élégants, où la voirie laisse beaucoup à désirer. Je ne suis plus surpris de l'étonnement que manifestent les Américains venant pour la première fois à Paris, en constatant la propreté de notre eapitale,

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