‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 51 sur 71 · RER DER RE DESERT ED · texte numérisé non relu

RER DER RE DESERT ED

RE SEP ENST ME TTNES

Au sud du Saint-Laurent, la contrée comprise entre le fleuve et les ramifications des Aleghunys porte le nor de Apalachian Region; son étendue est d'environ 30,000 milles carrés. Les roches sont à peu près identiques à celles qu’on trouve au nord du Saint- Laurent, mais elles sont moins résistantes et les terres cultivables sont plus riches, Les portions boisées sont considérables ; quand elles sont défrichées elles sont très fertiles et donnent d'excellentes prairies où on élève un grand nombre de bestiaux et de moutons, ceux-ci spécialement en vue des laines. L'agriculture y est assez avancée et les procédés se perfectionnent peu à peu.

Les grandes plaines du Canada, ce qu’on appelle the Champaign region (la région des plaines) ont, d'après ce qui précède, des limites faciles à déterminer : au sud, le Saint-Laurent et le lac Ontario, au nord les Laurentides jusqu’au point où elles coupent la rivière Oftarwva, puis cette rivière elle-même. Elles sont nartagées en deux portions par la partie de la chaîne des Laurentides qui, depuis la rivière Ottawa, va se réunir aux monts Adirondacks.

Days cette région, les couches inférieures sont des près, des calcaires, des schistes. Elles sont recouvertes d'un lit d'argile, parfois de sables et de graviers, et de terre végétale. C'est une contrée très-fertile, mais dont il semble que, rour ce qui fait partie de la province de Québer, on ait abusé. Les plaines de la province d'Ontario sont, au contraire, les plus riches et les mieux cultivées du Dominion,

Le Nouveau-Brunswick est partagé par l'extrémité de

la chaîne des Apalaches en deux bassins, celui du golfe Saint-Laurent et celui de la baie de Fundy. La rivière Saint-Jean, dont le cours est d'environ 450 milles, qui forme plusieurs lacs et qui sert un instant de frontière entre le Nouveau-Brunswick et les États-Unis, est le cours d’eau le plus important du dernier bassin. Le premier est parcouru par diverses rivières dont les plus considérables sent le Miromichi et le Ristigouche.

La Nouvelle-Écosse est un pays montagneux où s'épanouissent les derniers contre-forts des monts Apalaches.

Les roches qui constituent la chaîne des montagnes du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, sont principalement le gneiss, la syénite, le porphyre, qui sont traversées par des veines de quartz aurifères dans la Nouvelle-Écosse.

Dans la province d’Ontario, on trouve de l'or, du cuivre, du plomb, de l'argent, du fer, des phosphates de chaux, du sel, du cuivre, mais la principale production minérale est l'huile de pétrole que l’on exploite à Petrolia, Enniskilen et Lambton.

Daus la province de Québec,on trouve de l'or, du cuivre, du fer, de la plombagine, de la tourbe. Ce sont les mines de cuivre qui ontle plus d'importance.

Dans le Nouveau-Brunswick, on trouve du cuivre, du manganèse, de l'antimoine, de la plombagine, du charbun, du sel. Le cuivre, le manganèse et le charbon sont les plus productifs.

Dans la Nouvelle-Écosse, ce sont le charbon et l'or qui sont la principale richesse minière dela province, mais on ; irouve aussi du fer et du gypse.

Le climat dans ces diverses provinces est générale-

ment plus froid qu’il ne l’est en Europe à latitude. égale, mais dans la région vcisine du Saint-Laurent, celte moyenne plus froide de température n'influe que faiblement sur la richesse productive du sol, les grandes chaleurs de l'été compensant les froids de l'hiver.

Il n’est pas sans intérêt de connaitre quelques-uns des chiffres de la production agricole.

En 1871, dans la province d'Ontaric, 1,365,872 acres de terres en culture ont donné:

14,233,389 bushels de blé 9,461,233 » d'orge 22,133,958 » d'avoine 3,148,467 » de maïs 8,894,228 de seigle, sarrasin, fèves et pois.

Dans la province de Québec, 242,726 acres ont donné:

2,058,078 bushels de blé 1,668,208 » d'orge 15,116,261 d'avoine 605,356 de maïs 4,419,683 de seigle, sarrasin, fèves et pois, le sarrasin entrant pour 1,676,078 dans ce chiffre.

Dans le Nouveau-Brunswick, 18,884 acres ont donné : 304,911 bushels de blé 70,547 » d'orge 1,231,091 de sarrasin 3,044,134 d'avoine 27,658 de maïs 68,848 de divers

Dans la Nouvelle-Écosse, 19,299 acres ont donné : 227,497 bushels de blé 296,050 » d'org»

234,157 » de sarrasin 2,190,099 » d'avoine 23,349 » de maïs 72,190 » de divers.

On cultive aussi dans ces quatre provinces des pommes de terre et des navets en grande quantité, et, dans les provinces d'Ontario et de Québec, on récolte du foin en abondance.

Les forêts sont une source de revenu considérable; il sera facile de s’en faire une idée lorsqu'on saura que, durant l’année 1871 par exemple, il a été débité 14,791,203 pieds cubes de pin blanc équarri dans la province d'Ontario et 8,876,060 dans la province de Québec.

Les pêcheries, touiours dans les quatre mêmes provinces, occupent 991 navires et 16,876 barques avec respectivement 6,984 et 25,867 matelots. Dans le courant de l'année 1871, il a été pris 628,631 quintaux de morues, 417,300 tonnes de harengs, etc., etc.

Enfin les fourrures sont aussi l’opjet d'un commerce important, principalement les fourrures de castors, d'ours, de loutres, de martres, de visons, de renards, de rats musqués; et, dans la province de Québer, les fourrures de loups marins qui se rencontrent assez haut dans le Saint-Laurent.

17 rÉvRIER — l° Mars

Départ d'Ottawa, — L'hôpital des Sœurs grises à Montréal, — Arrivéo 4 Québec. — Benmore. — La chute de la Chaudière, — La ville de Québec, — La chute de Montmorency. — L'Université Laval, — L'hospitalité québecqnoise, — L'Éducation et les Écoles dans le Bas- Canada, — Progrès considérable dans les dernières vingt-cinq années,

19 février, — Avant-hier la voie ferrée se trouvant enfin libre, je me décidai à prendre congé de lord et lady Dufferin, malgré leurs aimables instances pour m'engager à prolonger mon séjour. Je leur exprimai ma reconnaissance pour tous les gracieux témoignages d'amitié dont ils avaient bien vouiu me combler et je promis à lady Dufferin que je m'arrangerais de façon à revenir à temps pour assister à la représentation d'amateurs qui doit, à la fin de mai, être donnée au palais du gouvernement. Puis, ayant fait mes adieux aux uns et aux autres, je quittai à regret cette hospitalière demeure, où tous m'avaient fait si bon accueil et je repris la route de Montréal,

Arrivé le même soir dans cette ville, je pensais pouvoir le lendemain faire quelques visites dont je

. tenais à m’acquitter, acheter ce qui me mañçuait pour

mon expédition de chasse projetée et repartir immédiatement pour Québec,

Mais la voie était encore obstruée entre cette ville et Montréal, et je dus remettre mon départ à ce soir. J'ai profité de ce délai forcé pour visiter le grand hôpital des sœurs grises, dont j'ai déjà eu occasion de parler,

Cet hôpital, fondé en 1747, est à la tête de revenus cofisidérables; on y soigne plus de 600 individus, incurables, orphelins, enfants trouvés. Le nombre des enfants déposés, non dans le tour, il n’en existe pas, mais dans une chambre du rez-de-chaussée qui a une porte sur la rue et qui remplit le même office, est très grand, Il dépasse G00 par an. Mais ces pauvres êtres sont généralement, en raison du froid dont ils ont souffert, en si triste état quand on les apporte, que la mortalité qui sévit sur eux est effroyable; on n'en sauve pas plus d'un dixième. On les met en nourrice, puis quard ils sont sevrés, ils sont repris dans la maison qui, plus tard, place comme apprentis ceux qui n'ont pas été adoptés par quelque âme charitable,

- L'organisation de l'hôpital est excellente. Un ordre parfait, une propreté scrupuleuse règnent partout. — Dans l’une des salles, on me montra une vieille femme de cent deux ans, avec qui j'échangeai quelques mots. Elle parlait encore assez facilement et m’assura se rappeler très bien, quoiqu'elle n’eût alors que deux ans à peine, le temps de l’attaque de Québec par les Américains, attaque qui coûta la vie à leur généra! Montgomery. Mais le plus agréable souvenir que j'emportai de cette visite, c'est la rencontre que j'y ai faite d’un missionnaire arrivé depuis quelques jours du nord-ouest et

qui, au printemps, ira reprendre sa vie aventureuse au milieu des sauvages de la rivière Rouge. Le père Lacombe m'a paru un homme d'une énergie rare. Fort aimable, il conte avec une verve intarissable, un esprit merveilleux &t en même temps une modestie charmante ses aventures. J'espère que j'aurai la bonne fortune de le trouver quelque part dans le nord-ouest l'été prochain.

A dix heures du soir je prends le train pour Québec,

20 février. — A sept heures et demie du matin arrivé à Point-Levi, — Ii fait un froid vif et sec, le ciel est d'une pureté incomparable. C'est ici qu'on quitte le chemin de fer pour traverser le Saint-Laurent. Je suis les quelques rares voyageurs qui, comme moi, se rendent à Québec, et, au bout de deux à trois cents pas, nous arrivons au pied des hauteurs dominant, en cet endroit, le fleuve de près de 159 pieds. Le spectacle est saisissant,

A mes pieds le Saint-Laurent large de plus de 1,200 yards ; — sur les bords, une quantité immense de glaçons de dimensions colossales, formant un enckhevêtrement inextricable, immobile, tandis que, au milieu, les eaux entraînent d’autres glacons qui semblent devoir pulvériser le petit vapeur sur lequel nous allons prendre passage ; — sur l’autre rive, une énorme masse schisteuse, escarpée, au-dessus de laquelle se dessine la silhouette sombre des murs de la citadelle; — au pied de ce rocher, une foule d'habitations coquettement dispersées le long du rivage ; — dans le lointain, éclairées obliquement par les rayons du soleil qui s'élève à peine au-dessus de l'horizon, ia chaîne des Laurentides et la

vallée de Saint-Charles, avec ses maisons éparses; puis brillant comme une pierre précieuse, la chute de Montmorency, et plus à droite l'ile d'Orléans ; — à gauche le cours majestueux du grand fleuve et scintillant sous la lumière du matin les clochers des villages bâtis sur les deux rives; — tout cela dans un paysage revêtu d'un manteau de neige éblouissante, sur laquelle cà et là ressort brutalement la masse sombre des grands arbres verts.

Nous nous embarquons sur le petit vapeur ; péniblement il chemine au milieu des glacons ; nous descendons un peu le courant, et, au bout de quelques minutes, j'apersoïs la ville de Québec avec ses coupoles et ses clochers recouverts de plaques d'étain qui étincellent au soleil et lui donnent l'aspect d'une ville russe, tandis que, perchée comme l'aire d'un aigle sur son rocher, avec ses remparts, ses maisons d'architecture ancienne, elle fait songer involontairement à ces vieilles cités normandes du x! siècle, aux rues étroites, tortueuses et rapides, ou encore à quelques-unes de ces antiques villes d'Allemagne, qui ont si bien conservé leur caractère du moyen âge.

Je débarque, et, chose rare, digne d'être notée, je n’éprouve pas de déception en traversant la ville basse, puis la ville haute, dans un traîneau qui bientôt me dépose à la porte de l'hôte d’Albion.

A mon arrivée, on me remet une lettre du colonel Rhodes, me prévenant qu'à onze heures son traîneau viendra me prendre pour me mener à la campagne, chez lui, où il m'invite pour quarante-huit heures. En effet, à l'heure dite, le traine... arrive et je pars.

Le chemin est pittoresque. Après avoir traversé uno partie de la ville, en remontant à l'ouest parallèlement au Saint-Laurent, je passe devant la porte récemment reconstruite où Montcrim fut blessé mortellement en 1759, devant deux tours avancées qui furent bâties au commencement du siècle et faisaient partie du système de défense, devant la prison, et j'arrive aux Plaines d'Abraham, où se livra la bataille du 13 septembre 1729. Le conducteur du traîneau me montre le monument élevé à la mémoire de Montcalm et à celle de Woife, qui trouva une mort glorieuse dans son triomphe, et, près avoir passé devant une série de jolies villas, j'arrive à Benmore, la résidence” du colonel.

Reçu comme un ami de longue date, après le lunch je vais visiter la ferme et les serres qui, chose très curieuse, sont à demi sous terre et que recouvre une couche épaisse de neige. Là, il semble, en entrant, qu’on soit transporté sous un autre climat. Tout l'hiver, dans la ferme, les bestiaux donnent du lait, les poules pondent et se reprodui.ont. Je vois des cochons de lait et des veaux nés il y a quinze jours à peine. Les serres, très étendues, sont, les unes, réservées à la culture ma raîichère, et on y trouve pendant tout l'hiver cer tains légumes et des salades fraîches; les autres sont consacrées aux fleurs qui servent à parer les Canadiennes; les belles de Boston y ont aussi parfois recours. Les produits de la ferme du colonel se vendent non seulement à Québec, à Montréal, à Ottawa, à Toronto, mais jusqu’à Boston et à New-York.

Tout est conduit d’une façon très pratique, le luxe

n'y a aucune place. C'est un Français du département du Doubs qui dirige la ferme.

Cette intéressante visite terminée, nous nous rendons chez le lieutenant gouverneur, M. Caron ; il habite à un mille et demi environ de Benmore, c'est-à-dire à peu près à moitié chemin entre la propriété du colonel et la ville, une jolie villa dans un pare d’une certaine étendue et que j'ai longé en venant ce matin.

Cette villa, qui autrefois était l'habitation du

gouverneur général, n'offre rien de particulier comme architecture, mais elle occupe une situation ravissante et des fenêtres du salon on jouit d'une très belle vue sur le Saint-Laurent, M. Caron n'y étant pas, nous fûmes reçus par deux de ses filles, et après une courte visite nous reprimes le chemin de Benmore.

21 février, — Le colonel m'a proprosé hier soir de me mener ce matin voir, à quelques milles de distance, une chute fort belle portant, comme celle d'Ottawa, le nom de Chute de la Chaudière, J'ai accepté, et d'assez bonne heure dans la matinée nous nous mettons en route dans un léger traîneau, Remontant pendant quelque temps la rive gauche du fleuve, nous passons au Cap Rouge, où il est question d'établir un pont plus tard, puis, nous engageant sur la glace, nous traversons, en suivant un chemin jalonné au milieu des blocs énormes apportés par le courant et qui, au moment où le fleuve s’est pris, se sont trouvés immobilisés. Le chemin décrit des méandres sans nombre au milieu de cet immense entassement de neiges et de glaces s’irisant, au contact de la lumière d’un brillant soleil d'hiver, de

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mille couleurs d’un bleu rosé, ou d'un vert clair quê nul pinceau ne saurait rendre; c'est d'un joli coup d'œil vraiment.

Parvenus sur l'autre rive, nous cheminons encore erviron un mille et demi en traîneau; puis, laissant notre véhicule près d'une petite maison isolée, nous nous dirigeons à pied vers la chute de la Chaudière, Malheureusement nous avons négligé de prendre nos raquettes et ce n'est pas sans peine que nous arrivons, après avoir, à plusieurs reprises, enfoncé jusqu’à mi-Corps dans la neige. Des hauteurs dominant la rivière au-dessus de la chute on a une belle vue, mais on en à une plus belle encore si on descend jusque sur la rivière; de là on peut voic la chute se développer dans toute sa largeur qui paraît être d'au moins 350 pieds. L'eau tombe d'environ 150 pieds de hauteur en trois masses séparées par d'énormes rochers.

. Cette eau est presque entièrement gelée en hiver.

Dès les premiers froids l'embrun des chutes, si on peut employer cette expression marine, s’est gelé at si a mesure qu’il se produisait, et à côté des grandes stalactites de glace il a donné naissance à d’autres d’une finesse, d’une légèreté qui tiennent du prodige: Le spectacle vaut largement la peine que nous avons prise pour nous y rendre.

La chute de la Chaudière est formée par une rivière du même nom qui prend son origine dans le lac Mégantic, près de la frontière du Muüuine, et, coulant du sud au nord, vient se jeter dans le Saënt- Laurent. Le chemin de fer passe à une portée de fusil à peine de cette chute, qu'on n’a pas eu l’idée encore,

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malgré cette facilité des moyens de transport, d'utiliser comme force motrice,

En revenant sur la rive droite du Saint-Laurent, je retrouve ce panorama qui m'avait frappé en arrivant à Point-Levi, peut-être même plus étendu encore, Une fois le fleuve traversé, nous redescendons en suivant la rive gauche un peu plus bas que Benmore jusqu'à Sillery, joli village sur les bords de l'eau et où j'apercois un nombre considérable de chantiers de bois; il y est, paraît-il, déployé une activité très grande durant Ia période de l’année où la navigation est ouverte. Ce village fut fondé par le chevalier Brulart de Sillery, et les jésuites vinrent s’y établir dès le temps de Marie de Médicis.

A deux heures, quittant Benmore, je rentraisà Québec par une route s'écartant un peu decelleque j'avais prise la veille et que je laissai sur ma droite. Cela me fit passer au pied de la colonne élevée en mémoire de la bataillede de Sainte-Foy, où les Français, commandés par le chevalier de Lévis, furent victorieux sur les Anglais, commandés par Murray (1760). Cette colonne est surmontée d'une statue de Bellone, offerte par l'empereur Napoléon IT, La route, jusqu’à Québec même, suit ensuite les hauteurs qui dominent la vallée Saint-Charles, limitée à l'horizon par une chaîne de collines élevées et au fond de laquelle se dessine le cours de la rivière portant aussi le nom de Saint-Churles, et dont les bords, au point où elle se jette dans le Saint-Laurent, sont couverts de chantiers de construction de navires.

Je profite des quelques heures de jour qui ne restent pour parcourir la ville au hasard, et j'arrive ainsi à la

terrasse située sur l'emplacement où se trouvait l'ancien château bâti par Champlain. Elle a reçu le nom de Durham Terrace et est à 200 ou 250 pieds au-dessus de 14 rivière. Ce doit être sans doute le rendez-vous des promeneurs au printemps, pendant les belles soirées de l'été et en automne, mais il y fait en hiver, mème lorsque le temps est beau, un froid glacial qui les éloigne, car je suis seul à jouir de la vue, aussi admirable, aussi étendue que celle qu’on a de la rive opposée du Saint- Laurent, Toutefois la basse ville que je vois à mes pieds avec ses rues étroites, tortueuses, ls mouvement des passants apporte un élément de contraste frappant, manquant ailleurs, avec la solitude régnant dans tous les autres points de l'immense paysage d'hiver qui se déroule devant moi,

J'apercois la citadelle qui domine la terrasse, Je m'y rends ea quittant celle-ci. Accompagné par un des artilleurs de garde, j'en visite les diverses parties, Québec a été appelée le Gibraltar du Canada et inérite ce nom, car il y aurait, il semble, peu de chose à faire pour rendre ia place imprenable ; mais encore faudrait-il que ce fût fait.

Quant à la vieille citadelle, ses bastions, en dépit de la présence de quelques pièces Armstrong et autres, comme les antiques remparts de la ville qu’ils commandent, reportent l'esprit vers d’autres temps et d'autres mœurs, et ne laissent pas que de produire une très bizarre impression.

Dans la citadelle est établie ane des deux écoles d'artillerie de la milice dont j'ai déjà fait mention, Cette école se compose d'une batterie d'environ 150 hommes

qui contractent un engagement de trois ans. Ils reçoivent une paye de 50 cents par jour, sur lesquels 15 cents sont reténus pour l'ordinaire. En dehors des exercices journaliers, ils ont deux heures de cours: ces cours se font exclusivement en anglais, ce qui est au moins étranÿe dans un corps où bon nombre des hommes sont des Canadiens français dont quelques-uns ne savent pas un mot d'anglais; tel est, du moins, le cas du soldat qui m'a servi de guide,

La nuit venant, je rentre à mon hôtel par la place du Marché, à laquelle les vieux bâtiments du collége des Jésuites donnent un certain cachet et par la rue Saint- Jean, où je suis tout surpris de trouver une foule de promeneurs soit à pied, soit en traîneaux. Les habitants de Québec aiment à passer les belles journées hors de chez eux, à profiter des jolies promenades qu'on u‘ouve aux environs de la ville. La rue Saint-Jean n'est pas large, il est vrai, mais à certaines heures où le monde élégant s'y donne rendez-vous, elledevient impraticable,

La population d° Québec est d'environ 60,000 âmes. Son commerce principal est le commerce des bois, qui donne lieu à des affaires pour un chiffre s'élevant annuellement à environ 6,000,006 dedollars. On y construit aussi beaucoup de navires, et c'est le centre d’un marché de grains assez considérable, Québec est situé à 175 milles environ de Montréal et à 400 milles dn colfe du Saint-Laurent. Les pius gros navires peuvent venir aborder à ses quais.

22 février, — Comme je ne compte rester que quarante-huit heures à Québec et que dans la matinée je ne puis guère visiter les curiosités de la ville, je me

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