‹ Quatorze mois dans l'Amérique du Nord (1875-1876) [microforme]Chapitre 52 sur 71 · M LH · texte numérisé non relu

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décide à aller de bonne heure voir de près la chute tant vantée de Montmorency, à 8 milles de distance environ. Le temps n’est pas favorable et me rappelle celui que j'ai eu lorsque je suis allé aux rapides de Lachine.

Cette fois, c’est en allant que le vent souffie dans mon dos et le trajet s'effectue rapidement dans l'excellent traîneau du propriétaire de mon hôtel, M. Kirwin. Je traverse la rivière Saint-Charles, les chantiers de construction de navires, actuellement sans ouvriers, puis une grande plaine ondulée, pire “? de petites . maisons en pierres, propres et bien construites. Je passe devant l'asile de Beauport, qui n’est pas encore achevé, dans le village du même nom, et cnën j'arrive, après avoir traversé la rivière de Montmorency, à une petite auberge située à un demi-mille environ de la chute.

Ce n'est qu'à prix d'or que je parviens à trouver un jeune garçon d’une quinzaine d'années qui consent à me guider jusque-là, Cheminant péniblement dans la neige, dans laquelle nous enfonçcons à chaque 7 ., nous atteignons le bord de l’abîme; la vue est ft. ile. Québec, qu'on aperçoit dans le lointain, avec se ‘ aisons étagées, produit un grand effet. La chute que lon a au-dessous de soi peut avoir à peu près 300 pieds de haut, La nappe d’eau, dont une partie est transformée en glaçons, doit avoir 50 ou 60 pieds de largeur, L'embrun qui se gèle en tombant forme au pied de la cascade un cône énorme de glace dont la hau.eur varie, mais qui aujourd'hui à au moins 150 pieds. ordinaire ment par le beau temps et en prenant par le pied du Montmorency Fall il est facile d'arriver à ce cône de

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glace, sur lequel les habitants de Québec viennent se livrer aux plaisirs du taboggining. Quand, par un grand vent et des tourbillons de neige, on cherche à gagner le pied du cône en descendant des crêtes qui le surplombent, l'opération est moins aisée: je l'éprouve à mes dépens,

Le Montmorency Fall offre une particularité assez curieuse : une grande portion des eaux ne rejoint pas directement le Saint-Laurent. Elles disparaissent dans un gouffre dont on n’a jamais pu découvrir l'issue; bien que maintes fois on ait jeté du haut de la chute des pièces de bois, elles n'ont jamais été retrouvées.

Revenu à la petite auberge où j'ai laissé mon traineau, je me hâte de faire atteler et de reprendre le chemin de Québec. Mais par deux fois nous nous écartons du chemin, les poteaux et les branches d'arbres

plantés de distance en distance pour le jalonner ayant

été renversés par la tourmente, et par deux fois nous versons. C'est chose d’ailleurs fort ordinaire ici; on se contente de relever le traineau, de se secouer et on reprend tranquillement sa route. Ainsi nons fimes, mon conducteur et moi, et vers deux heures nous rentrions à l'hôtel,

Un mot m'y attendait de Ms" Cazeau, vicaire général, pour lequel il m'avait été donné une lettre d’introduction, et qui se mettait aimablement à ma disposition pour visiter l'Université Laval et les Séminaires dans la journée.

A l'heure indiquée, je vais à l’archevêché et j'y trouve Më Cazeau, avec lequel je me rends d'abord aux séminaires, puis à l'université,

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Le grand séminaire fut fondé en 1663 par Ms de La val-Montmorency, premier évêque du Canada, et possède des biens fonciers considérables, dont une partie lui fut léguée par son fondateur. C'est en 1678 que fut posée la p'emière pierre de l'édifice actuel. Il a aujourd'hui une facade de plus de 650 pieds.

En 1852, le séminaire fonda l'Université Laval, à qui une charte royale fut accordée la même année par la reine Victoria, et l’année suivante le pape donna au visiteur de l'Université, Ms Taschereau, archevèque de Québec, l'autorisation de conférer les degrés ordinaires en thsologie.

Le sunérieur du séminaire est de droit le recteur de l'Université, Le conseil se compose des directeurs des

séminaires de Québec et des trois plus anciens profes-

seurs de chaque faculté. Ces facultés sont au nombre de quatre : facultés de théologie, de droit, de médecine et des arts. Les professeurs de théologie sont nommés par l'archevêque de Québec, les autres sont nommés par le conseil.

L'enseignement est donné par des professeurs titulaires, des professeurs agrégés et des professew s chargés de cours ; on n'exige pas d'eux qu'ils appartiennent à la religion catholique. Actuellement le doyen est un protestant.

La durée des cours est :

A la faculté de théologie de 4 ans.

A la faculté de droit de 3 ADS.

A la faculté demédecinede 4 ans.

L'enseignement de la faculté des arts n'est pas encore

entièrement organisé. Cette faculté ne donne actuelle-

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ment qu'un seul degré, celui de bachelier, mais il y a trois baccalauréats : les baccalauréat ès arts, ès lettres, ès sciences.

Il est fait des cours particuliers embrassant la philosophie, les mathématiques, la physique, la géologie, l'architecture, et des cours publics dont les sujets sont variés, mais choisis parmi ceux qui peuvent offrir le plus d'utilité.

Des cours pratiques sont faits aux élèves en médecine. En dehors des lecons de clinique données à l'hôpital de la marine et à l'Hôtel-Dieu, ils ont au dispensaire des leçons de clinique facultatives et d’autres obligatoires pour les maladies des yeux et des oreilles, À la Morgue, il leur est donné des leçons de médecine légale.

La faculté de médecine possède des collections très complètes d'anatomie, de pièces artificielles, de pathologie, etc,

De la faculté des arts dépendent des musées de minéralogie, de zoologie, de botanique, de zoologie, d'ethnologie et de peinture. Ce dernier renferme quelques toiles assez bonnes du Tintoret, de Simon Vouet, etc,

Les élèves, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent, peuvent suivre les cours de l’aniversité et y prendre leurs degrés. Ils ne sont soumis qu’à certaines conditions de moralité.

L'université possède une bibiiothèque de 60,000 volumes, ouverte tous les jours, excepté les dimanches, aux professeurs et aux élèves.

Dans les bâtiments du séminaire, mais dans une partie indépendante, cst établi un pensionnat pour les élèves de l’université qui voudraient en profiter, Catholiques

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et protestants y sont admis. Naturellement les pensionnaires sont astreints à l'observation d'un règlement.

L'année scolaire, au petit et au grand séminaire, est de dix mois. Il y a des externes. La durée des études au petit séminaire est de neuf ans.

Le nombre total des jeunes gens qui reçoivent leur instruction aux séminaires et à l’université est d'environ 600, dont un tiers sont pensionnaires,

Ces renseignements, je les dois au recteur de l’Académie, M. l'abbé Hamel, qui voulut bien nous accompagner dans notre visite. J'ai cru qu'il était utile de les consigner ici, parce qu'ils montrent dans quel esprit libéral l’université Laval a été établie et comment ses fondateurs ont mis en pratique les principes de la liberté religieuse.

23 février. — Profitant de la dernière journée que je compte passer à Québec, je vais visiter la cathédraie et l’église du couvent des Ursulines.

La cathédrale, fondée en 1647 par M5" de Laval, fut détruite au bombardement de 1759, puis reconstruite, Son architecture n'offre rien de remarquable. Dans l’in- “érieur, quelques tableaux à signaler, deux entre autres, de Restout, et un Christ en croix, attribué à Van Dyck.

Le couvent des Ursulines, fondé en 1639, couvre une étendue de terrain considérable. Les religieuses s'y vouent à l'éducation des jeunes tilles. La chapelle, dépourvue d'architecture, contient quelques toiles de valeur, entre autres, au-dessus de la porte d'entrée, un très-beau Philippe de Champagne. C’est dans cette chapelle que se trouve le tombeau de Montcalm, avec une

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inscription faite en 1763 à l’Académie française, inseription qui ne fut pas utilisée alors, mais qu'on retrouva plus tard et qui fut gravée sur le monument actuel, élevé en 1859.

Le chapelain montre dans une cage en verre le crâne de l'illustre soldat.

En rentrant à l'hôtel je trouve M. Mac-Nab, venu pour se joindre à moi dans mon expédition pour chasser les caribous. Nous partirons demain matin par le train de six heures pour Rivière du Loup, où doivent m'attendre les Indiens auxquels j'ai fait donner rendez-vous; mais d'abord nous commençons par aller passer notre soirée à un bal donné par Mrs. L‘*"*, dan. une jolie villa qu’elle habite près de celle du colonel Rhodes.

Très réussi ce bal. Il semble qu'à Québec les vieilles traditions d’urbanité et de politesse de l’ancienne société française se soient conservées intactes. Les hommes sont d’une amabilité rare au temps où nous vivons; quant aux femmes et aux jeunes filles, elles ont une conversation spirituelle, vive, animée, et elles sont douées au plus haut degré de cette grâce libre et charmante qui semble particulière aux Canadiennes et que j'ai remarquée déjà à Montréal et à Ottarwa.

C’est avec peine qu’en pensant à notre départ matinal nous nous décidons, vers trois heures du matin, M. Mac-Nab et moi, à nous retirer. Le froid me semble si intense, tandis que nous effectuons notre retour à l'hôtel, qu'en descendant de traîneau je consulte mon thermomètre suspendu à ma fenêtre. Je constate qu'il marque — 30° F, Notre expédition s'annonce bien.

#4 février, — Dès six heures du matin nous nous hâ-

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