ocTroBRE
La rivière d'Hudson, — Le Niagara. Un lever de soleil devant les cataractes. — Aspect du haut Canada vu du chemin de fer, — Un train sur un bac à vapeur. — Arrivée à Chicago,
20 octobre. — Les bateaux à vapeur qui font le service
1 ! jusqu'à Albany, sur le Hudson River, ont interrompu | leur ser vice de jour. Nous en sommes réduits à la voie
ferrée, plus expéditive, mais qui ne nous permettra pas de jouir aussi bien du paysage, très pittoresque, dit-on, qui se dérouie le long du fleuve. Nous ne le
L perdrons pas entièrement toutefois, le Hudson River
railway côtoyant la rive est jusqu'à A/bany.
La rivière Hudson, qu'on nomme aussi le North River, prend sa source dans la portion nord de l'État de New-York, dans les monts Adirondacks, qui forment
. la ligne de partage des eaux entre le bassin de l'Hudson : et celui des lacs Georges et Champlain, tributaires du | Saint-Laurent.
L'Hudson a un couts d'environ 325 milles: il est na- - vigable sur la moitié de cette distance. Il revoit de Mohawk qui passe à Rome ét à Utticu, et dont nous
suivrons les bords en quittant Albany, le Delaware que nous retrouverons à Philadelphie, et le Susquehanna.
Quelques instants après avoir quitté New-York, en débouchant sur le North River, on aperçoit sur la rive opposée à celle que suit la voie ferrée, de véritables falaises à pic variant entre deux et trois cents pieds de hauteur et qui se prolongent jusqu'à Piermont sur une distance d'environ vingt milles. Ces rochers affectent des formes souvent assez bizarres et leur couleur s’harmonise admirablement avec celle de la végétation qui les surmonte ou qui pousse dans les anfractuosités. De nombreuses maisons de plaisance, des villages, des petites villes, sont coquettement dispersés çà et là. Le fleuve, dont la largeur varie entre 500 et 2,500 yards, sert de premier plan au tableau.
A Sing-Sing, petite ville où se trouve la prison d'état et située à 33 milles de l'embouchure du fleuve, celuici atteint sa plus grande largeur, 4 milles.
Bientôt le paysage change d’aspect et prend une analogie frappante avec certaines parties des bords du Rhin. C'est ici que se trouve West-Point, l’école militaire des États-Unis. Der hauteurs plus élevées formenl'arrière-plan. Elles sont garnies de forêts d’un très joli aspect, avec leurs feuillages de nuances si diverses qu'on dirait groupés par la main d'un artiste.
A Hudson, les montagnes sur la rive oues£ s’accent tuent encore davantage; ce sont les monts Kaatshalls, des ramifications des monts Apalaches qui, formant un coude à Albany, dessinent la vallée du Mohawk.
Nous traversons le fleuve et nous voici à Albeny, la
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capitale de l'État de New-York, placée à la tête des canaux des lacs Érié et Champlain et de plusieurs lignes ferrées. Son port peut recevoir des navires de moyen tonnage. Sa population est de 70,000 habitants.
Le train parcourt les rues lentement ; une cloche suspendue sur la locomotive sonne à toute volée, chacun se range. Quelques minutes d'arrêt seulement et nous reprenons notre course suivant la vallée du Mohawk, À droite et a gauche de la voie des champs cultivés où le maïs domine, des bois, de verts pâturages. Bientôt le sol devient pierreux et les champs sont bordés de clôtures de pierres sèches bâties évidemment avec les pierres tirées des champs. Les bois sont plus maigres et leur apparence dénote qu'ils ont été exploités sans souci de réserves d'aucune sorte. Les maisons de pierre font place aux maisons construites en bois. La vallée devient plus étroite, la rivière semble s'être elle-même creusé sa route dans le roc. Puis, au bout de quelques milles, le pays reprend son aspect primitif. La nuit arrive; nous traversons Utica, Rome, Syracuse, Rochester et à une heure et demie du matin je train nous dépose à Niagara Falls. Il fait nuit noire, pas le moindre clair de lune! Il faut renoncer à tout espoir de donner un coup d'œil à la cataracte dont on entend le grondement et que nous pourrions voir des fenêtres de l'hôtel où uvüs nous sommes fait conduire aussitôt débarqués.
21 octobre, — Sept heures du soir. — Je rentre de ma course au Niagara. Le spectacle qu'il m'a été donné d'avoir sous les yeux quand le Bothnia a fait son entrée dans la rade de New-York el celui que je . viens d'admirer aujourd'hui, voilà deux souvenirs du
26 PREMIÈRE PARTIE, voyage que j'ai entrepris qui resteront à jamais fixes dans ma mémoire.
Le Niagara! — Quelle grandeur et quelle magniticence ! — Cette masse énorme d’eau qui semble s’engloutir dans les entrailles de la terre; — cette écume qui s'en va bondissant au milieu d'immenses rochers qui, par leur immobilité, paraissent insulter à la fureur de ces flots blancs, verts, bleuâtres, qui tombent avec un sourd mugissement qu'on entend au loin; — cette vapeur neigeuse qui s'élève de l’abîme, traversée par un colossal arc-en-ciel; — ces arbres aux couleurs parfois fondues, parfois brutales, — tout cela éclairé par un de ces radieux soleils d'automne qui donnent à toute la nature des tons plus chauds, plus éclatants : tout cela on ne saurait l'oublier!
Mais comme il faut que l'admiration s'impose pour résister aux obsessions des guides et des photographes, à la rapacité des naturels de l'endroit, et à tous ces produits de la civilisation, ces maisons, ces routes macadamisées, ces escaliers placés pour faciliter l'accès des points remarquables!
Je dois avouer toutefois que les deux ponts suspendus etés sur les rapides, merveilles de la science ec de l’art, ont trouvé grâce devant mes yeux,
Îl faudrait une autre plume que la mienne pour faire tine description complète des chutes du Niagara et je me bornerai à résumer succinctement ici ce que j’ai pu noter de plus important sur la disposition des lieux.
En routede bonne heure, nous nous dirigeons d’abord Yers les Whirlpool rapids, à deux milles envirenau-des-
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sous de la cataracte et où l'eau des grands lacs resserrée dans une gorge étroite, peut-être de 600 pieds de largeur, roule avec fracas; elle forme des ressauts qui ressemblent aux grandes lames de l'Océan aux
jours de tempête; il faut descendre à une profondeur
de 260 pieds pour arriver au bord de ce magnifique torrent et c'est par un ascenseur (!),mû par la chute, que nous effectuons cette opération.
A un mille plus bas setrouve le Whirlpool, « le tourbillon. » Ici la rivière vient s'engouffrer dans une sorte de cirque immense formé par des rochers presque à pic. Sur leur sommet, dans les anfractuosités, s'épanouit une riche végétation. Il se produit dans ce cirque comme un tourbillon colossal et souvent il arrive que d'énormes troncs d'arbres, amenés par les eaux, restent des jours et des jours ballottés de ci de là dans ce vaste entonnoir sans pouvoir en sortir.
Remontant en voiture nous traversons le Suspension Bridge. Au-dessus du pont des voitures et des piétons se trouve la voie ferrée, C'est là que le Great Western Railway effectue son passage au-dessus du Niagara, à une hauteur de 200 pieds environ. Le pont a une longeur d'un peu plus de 700 pieds. En arrivant de l'autre côté, nous pénétrons dans les possessions anglaises; nous côtoyons la rivière pendant près de 2 milles, sans perdre un instant de vue la grande cataracte qui se présente devant nous dans toute son immensité, avec le Centre Fall et la Cataracte américaine sur la gauche.
Nous ne tardons pas à arriver à la chute, au Horse Shoe Fall, au point où les eaux que l’on voit venir de plusieurs milles de distance tombent dans le gouffre
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d'une hauteur de 360 pieds. La cataracte a une largeur de 3,600 pieds environ. Par suite de la désagrégation des terrains, un immense fer à cheval s'est creusé; de là le nom de Horse Shoe Fall, et c'est dans ce cirque que se précipite une quantité d'eau qui à été évaluée à 100 millions dé tonnes en moyenne et par heure,
Conformément à l'usage, nous revêtons des vêtements imperméables «4 hoc et nous descendons sous la chute. Guidé par un nègre, je pousse un peu plus loin que mes compagnons, et à demi aveuglé par l’eau qui tombe en pluie à l'endroit où l'on passe, assourdi par le bruit, j'arrive presque au centre du fer à cheval. On ne gagne à celte expédition qu'un bain plus ou moins complet.
Repassant sur la rive américaine par le New Suspension Bridge, réservé aux piétons et aux voitures, et qui est jeté parallèllement à la grande cataracte à 4 ou 500 yards de distance, nous arrivons aux rapides qui précèdent la chute américaine. Quelques îles jetées cà et là sont, par des ponts, mises en communication avec la terre Dans l’une, Bath Island, il y a un étabiissement de bains (!) et une usine à papier (!!). Elle communique avec Goat Island, d'où nous passons dans Luna Island qui sépare le Centre Fall et la Chute américaine, De Luna Island on peut obtenir un excellent coup d'œil sur celle-ci, dont la largeur est d’environ 400 yards; l’eau tombe perpendiculairement d'une hauteur de 170 pieds. En continuant à côtoyer l’abîme, on atteint le Centre Fall, sous lequel on peut pénétrer comme sous le Horse Shoe Fall, et une grotte appelée
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the Cave of the Winds. Si l'on remonte plus haut, on finit par arriver à trois îles connues sous le nom de Threc Sisters «les trois sœurs »; de la dernière, on obtient une vue complète des rapides qui précèdent la grande cataracte.
Demain nous n’aurons plus besoin de guides; et, débarrassés de leurs importunités, nous irons, avant de reprendre le cours de notre voyage, visiter une fois encore les points qui nous ont le plus frappés.
22 octobre, — A cinq heures du matin je réveillé mes compagnons, qui me reçoivent avec un concert d’iniures, je dois l'avouer; j'y reste insensible et j'essaye de leur prouver que, comme nous devons prendre le train à onze heures, nous n'avons que tout juste le temps nécessaire pour revoir une dernière fois le sublime spectacle de la veille, Mon éloquence porte ses fruits. Il ne fait pas jour encore, et nous nous habillons à la clarté d'une maigre bougie.
Enfin nous voilà prêts; nous allons à la fenêtre, — le jour commence à paraître. Malédiction! un brouillard règne, si dense, qu'il est impossible de voir la maison en face, de l’autre côté de la rue. J'insiste pourtant pour qu'on se mette en route. Ces messieurs y consentent heureusemert. Nous devions être récompensés de ne nous être pas laissés aller au découragement.
Nous voici sur la rive canadienne, presque en face de la chute américaine. Une brume épaisse continue à nous envelopper. Puis tout d'un coup le soleil, comme un globe sanglant, nous apparaît au-dessus de Luna Island, Quelques rayons percçant les nuées teintent cà et là de lueurs étranges, presque fantastiques, des
0 nr état vu et
points détachés de la grande chute, le brouillard qui tour à tour épaissit ou disparaît et s'élève du fond de l’abime, les grandes vagues aux tons d'émeraude des rapides, l’écume plus blanche que le lait, les profonds ravins, le feuillage sombre des arbres, les îles avec leur ceinture de flots mugissants. Il me semble, en voyant le soleil prenant le dessus, les contours graduellement s’accuser, que tout ce qui nous environne sorte du néant, que j'assiste à la création du monde. Un cri d’admiration s'échappe de nos lèvres. Mais quels mots sauraient rendre un tel spectacle ! Je ne connais que quelques dessins de Gustave Doré qui pourraient en donner une idée, mais bien faible encore.
Un charme de plus, c’est l'absence absolue de tout être vivant; rien que le sourd mugissement de Ja chute qui vienne troubler le silence solennel.
Bientôt la nature semble se réveiller, le soleil chasse quelques canards sauvages qui passent sur nos têtes prenant leur essor vers les grands bois, la brume se dissipe petit à petit, et nous revoyons le Niagara corame nous l'avons vu hier, dans sa majesté grandiose.
Nous avons encore un peu de temps devant nous, et aus en profitons pour continuer notre promenade sur ‘a rive canadienne, Une route remonte le long du fleuve, nous nous y engageons. Au bout d'un mille ou deux, nous arrivons à une jolie île qui porte le nom de son propriétaire M. Thomas Streat; sur la rive, et presque en face, se trouve une source connue sous le nom de Burning Spring. Elle est chargée d'acide sulfhydrique, et quand on approche de l'orifice une allumette enflammée, le gaz qui s'en dégage brûle avec
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A une heure rous montons dans le train qui doit nous amener à Chicago, en passant par le haut Canada, En traversant les rapides, sur ce pont qu'hier nous avons traversé en voiture, de notre wagon, nous jetons un regard d'adieu au Niagara.
Nous voici dans les possessions anglaises. Le pays est superbe. Les terres sont bien cultivées, les bois bien aménagés, les prairies très riches. Les arbres semblent être à pen près ceux de nos contrées, ke pin, le chêne, l'orme, l'érable, etc, De nombreuses clôtures séparent les champs où l’on voit des maisons jetées çà et là, mais assez rapprochées. A gauche, des hauteurs boisées ; à droite le terrain descend en une pente à peine sen-
sible vers le lac Ontario, que les arbres et la brume empêchent de distinguer.
Bientôt les hauteurs à gauche s'accentuent, mais la voie ferrée s’en écarte, et on ne tarde pas à arriver à Hamilton, point de jonction avec la ligne de Toronto.
De Hamilton on apercoït le lac. Les hauteurs couronnées d'arbres qui le bordent en cet endroit, les navires qui se balancent sur ses eaux, sont d'un coup d'œil charmant.
Le train reprend sa marche vers l'ouest; l'horizon de collines qui se trouvait sur notre gauche s'éloigne de plus en plus; les champs deviennent plus rares, mais la contrée est encore trèc-pittoresque avec ses longues échappées de prairies vertes sur lesquelles se détache le feuillage sanguinolent des grands chénes rouges, On passe à Paris, puis à Londres, deux petites villes qui n’ont de commun avec les vieilles cités européennes que le nom; et la nuit arrivant bientôt, chacun se dirige vers le Pulmann's Palace Hotel car, un véritable restaurant sur rails, où l’on nous sert un dîner des plus respectables.
Puis, devisant et fumant, nous attendons notre arrivée à Détroit, située de l’autre côté du Detroit River, qui unit les lacs Huron, Saint-Clair et Erié, et que le train tout entier, moins la locomotive, traverse sur un bac à vapeur.
En raison des détours qu'on est obligé de faire, le trajet sur la rivière est d'un peu plus de 2 milles. Le ferry boat a 400 pieds de long. Le train occupant la place où devrait passer l'arbre de couche, chaque roue est munie d’une machine spéciale, qu'on me dit être
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faire, le nilles. Le upant la que roue dit être
| d'une force de 325 chevaux-vapeur. Les roues sont ! garnies d'armures de fer pour briser la glace, lorsqu'’en hiver la rivière est prise.
Malheureusement l'obscurité m'empêche de suivre
| les détails d'exécution de cette traversée originale.
Le ferry boat nous débarque sur le territoire des
| États-Unis, dans le Michigan, dont la capitale est Lan- | sing sur le Grand River, petite ville de 5 à 6,000 habi- . tants, mais dont Détroit est la ville la plus importante. | Celle-ci a une population de près de 80,000 âmes et
jouit d'une grande importance, en raison des diverses lignes de chemins de fer qui viennent aboutir dans ses murs, et de sa situation sur les frontières du
: Canada.
La nuit est avancée et chaque passager ne tarde pas à aller rejoindre sa couchette.
Le lendemain matin, en nous éveillant, nous nous
trouvons dans l'État d'Indiana, pays essentiellement » P
agricole et fort riche, sauf dans la partie que nous
} traversons, dont l'aspect est triste et laid. La capitale de l’Indiana est Zndicnapolis (50,000 hab.) sur le White | River et où sé rencontrent une douzaine de lignes ferrées.
J'entreyois à travers la brume le lac Michigan, et
| sur ses bords de véritables falaises de sable.
Bientôt nous sortons de l’Indiana, et à huit heures
nous faisons notre entrée à Chicago dans l'Illinois.
RE An mena 4 :