OCTOBRE
Importance de Chicago. — Les grarde : ‘1 en Amérique, — Aspec: de Chicago. — Républicains et démmocruves, — Le système de l’'éducation aux États-Unis; — Les écoles de Chicago. — Commerce et industrie., — Les Stock Yards, — Mouvement des grains et céréales, — Le caractère des Américains dans les tai de l'Ouest et du Pacifique,
23 octobre, — Chicago est placée à l'embouchure de la Rivière de Chicago, à l'ouest du Lac Michigan dans une situation tout à fait exceptionnelle. En dehors des chemins ferrés qui viennent y aboutir et qui sont au nombre de plus de trente, elle est en "munication avec le Golfe du Mexique par le Missy : par un de ses affluents l'Zllinois et le canal dù »' : an, avec l'Atlantique par les grands lacs et le Saint-Laurent.
Cette ville, qui en 1837 comptait 4,200 âmes seulement, à aujourd'hui une population de 661,951 habitants, d'après le recensement de 1874 (blancs, 636,694 ; individus de couleur, 5,257), et cela malgré l'effroyable
incendie qui le 8 octobre 1871, vin. la détruire aux
trois quarts, brûlant 1,860 maisons e: laissant 98,000 personnes sans abri, Les pertes furent estimées à plus
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de :'00 millons de dollars. Mais ce désastre n’abattit le courage de personne. Dès que le feu fut éteint chacr" se remit à l'œuvre. Le surlendemain tout se réorganisait; cinq journaux dont le matériel avait été réduit en cendres reparaissaient, et aujourd’hui la ville, presque entièrement reconstruite, compte 200,000 havitants de plus qu’elle n'en avait alors.
C’est actuellement de beaucoup la cité la plus importante de l'État d'Jlinois, dont la capitale est Springfield (18,000 habitants), située sur le Sangamon, un affluent de la rivière dont l'État porte le nom.
Dans l'Illinois on élève une grande quantité de bétail et la culture y est très avancée. Le sol est extrêmement fertile et on y récolte surtout du grain en grande abondance.
Aussi Chicago est-elle le centre du mouvement le plus considérable qui soit au monde, en blés, farines,
viandes conservées, lards, etc., et comme les usines de
différentes espèces y sont aussi nombreuses, c'est la ville qui sert d'entrepôt en quelque sorte à tous les États de l'Ouest, . À notre arrivée nous trouvons à la gare les correspondants de la maison Belmont, MM. Greenebaum et Blum venus au-devant de Rothschild, Guidés par ces messieurs, nous sommes bientôt. installés au Paliner Hotel, le meilleur de Chicago, un de ces immenses caravansérails dont les Américains ont la fsiblesse d'être si fiers,
J'ai, je l'avoue, le mauvais goût de penser que le dernier mot du comfurt ne se trouve pas dans le
tumulte et le bruit résultant de l'agglomération sous un même toit de huit cents individus et souvent plus. J'aime mieux n'avoir pas, en rentrant chez moi ou en sortant, à traverser un vestibule encombré de tous les oisifs du voisinage et communiquant avec un bar-room d’où s’échappent les émanations mêlées du tabac, de l’alcool, de l’ale, etc. Je préfère des siéges où l’on puisse s’asseoir et un lit où l’on puisse se coucher à ces meubles resplendissants, mais horribles, où les satins criards et les ornements de mauvais goût, surchargés de dorures, produisent une cacophonie étrange. Enfin il m'est impossible d'arriver à apprécier ces repas trop copieux, où la chair est encore plus médiocre qu’elle n’est abondante.
A midi, nous commençons notre tournée de curieux dans la ville, et notre première visite est pour le Board of Trade. C'est la Bourse de l'endroit. Mais on n’y spécule pas sur les valeurs, et seulement sur les grains, les lards, les eaux-de-vie, etc., dont les cours sur la place de New-York sont à certaines heures annoncés officiellement du haut d’une tribune, puis affichés, par le secrétaire de l'association qui compte 1,800 membres payant une cotisation. Nous faisons la connaissance de plusieurs des notabilités de l'endroit. Rothschild est appelé sur l'estrade et présenté officiellement au Board of Trade. Il est accueilli avec acclamation et, suivant l'usage, remercie par quelques mots de la réception qui lui est faite. Son « speech » est fréquem-
1 SOUS un 18. J'aime a sortant, les oisifs oom d'où el'alcoo!, lisse S’aSs meubles s criards rés de doin il m'est p copieux, ’est abon-
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ment couvert par les applaudissements et se termine au milieu des cheers de l'assistance.
Il se dérobe enfin à cette ovation; nous le suivons et nous reprenons notre promenade à travers la cité.
Les rues sont généralement larges et bien bâties, se coupant à angle droit. La rivière partage la ville en trois quartiers que, d'après leur situation, on distingue sous les noms de Chicago nord, Chicago sud, et Chicago ouest. Des ponts et des tunnels facilitent les communications. L'un de ces tunnels servit utilement pendant
la conflagration de 1871 à abriter contre les atteintes
des flammes les habitants du voisinage. Comme je l'ai dit, les maisons sont généralement bien construites ; depuis le dernier incendie, les maisons en bois ne sont plus autorisées dans l'intérieur de la ville. Elles étaient pourtant bien jolies cés petites demeures coquettes, uont on voit encore quelques spécimens dans les rues extérieures et qui reviennent, les plus belles, à 4,000 $ seulement, tant le bois est bon marché. La voie principale, le Broadway de Chicago, où se trouve le Palmer Hotel, s'appelle State Street. Les personnes riches habitent la partie sud de la ville, dans Michigan Avenue et les rues avoisinantes.
Dans quelques endroits les chaussées sont pavées en bois, dans quelques autres elles sont macadamisées,
} mais le plus souvent on enfonce jusqu’à mi-jambe dans
un sable fin et léger comme de la cendre. En hiver,
grâce au traïînage qui s'établit de bonne heure et dure
assez longtemps, les inconvénients de cet état de choses
ne se font pas sentir; il n’en est pas de même quand la
neige à disparu et nous en faisons la pénible expérience.
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Pas un monument à Chicago. Les éditices publics n'offrent aucun intérêt, à l’exception de ceux qui contiennent les machines qui envoient l’eau dans les différents quartiers. De ces machines, l’une surtout, la dernière construite, qui provient des usines de Püittsburg, est remarquable. Elle aspire et envoie à 112 pieds de haut 37 millions de gallons d'eau par vingt-quatre heures. Le gallon équivaut à un peu plus de 4 litres et demi. Cette machine brûle 35 tonnes de charbon par
. jour. L'eau provient du lac, d’où elle est amenée d’une
distance d'environ 2 milles par un conduit en macon-. nerie qui à 5 pieds de haut.
Un autre conduit plus considérable amènera l’eau à 7 ou 8 milles de l'autre côté de la ville. Il est construit, mais les machines qui permettraient de l'utiliser ne sont pas terminées. ‘
Si les monuments publics sont rares à Chicago, on ne saurait en dire autant des promenades. Elles sont fort bien entretenues. Le nouveau parc qu'on est en train d'installer sur les bords du lac Michigan, mérite une mention spéciale en raison de sa magnifique situation,
Nous avions rencontré à diverses reprises un grand char attelé de quatre chevaux, orné de bannières, d'affiches et portant une fanfare qui s'escrimait avec un entrain endiablé à faire le plus de bruit possible. H semblait, d'ailleurs, régner dans la population une animation anormale, Renseignements pris, nous fûmes informés qu'il devait ÿ avoir une élection le mardi suivant, et que la promenade de ce char n'avait d'autre objet que de convoquer à un meeting qui devait se
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réunir le soir, les partisans du parti républicain. Il devait y avoir aussi un meeting du parti opposé.
L'élection n’intéressait que le comté; mais l’occasion étant bonne pour voir de près les citoyens de la libre Amérique dans l'exercice de leurs droits politiques, il fut décidé que nous irions à ces réunions,
Il est bon de rappeler que ces noms de républicain et de démocratique, donnés aux partis des États-Unis, n'ont rien de commun avec la signification qu'on leur attribue en France. Généralement le parti républicain ici se compose des gens qui veulent voir la centralisation de tous les pouvoirs s'établir, avec Washington pour capitale. Les démocrates, au contraire et avec raison, à mon avis, en raison de l’immensité du territoire, combattent pour la décentralisation, Aujourd'hui l'expression parti démocratique est synonyme de parti de l'opposition.
La salle où se tient la réunion républicaine offre vne curieuse composition de types très-divers, mais où les hommes de couleur sont en plus grand nombre qu'on eût pu le supposer. C’est que, en raison même de leur faiblesse numérique relativement à la population totale de la ville, ils ont grand soin de ne jamais manquer une occasion de remplir leurs devoirs d'électeurs. Tout se passe avec un ordre parfait et le discours de M. John Jones, le député sortant, discours très modéré dans la forme, très sage, est fréquemment interrompu par les applaudissements. Puis une résolution proposée est adoptée à l'unanimité et l'assemblée se sépare sans tumulte,
Il est tard et nous nous hâtons de nous diriger vers
le lieu de réunion du meeting démocratique. Quand nous arrivons il touche à sa fir': mais, ic! comme dans l'autre réunion, règne le calme .: plus complet. C'est cependant un meeting du parti de l’opposition qui, en raison d'une décision prise par les autorités de la ville il y a quelques jours, interdisant la vente de 14 bière le dimanche, a recruté de nombreux partisans. Tant il est vrai que partout il arrive souvent que les plus grands effets sont produits par les plus petites causes.
Mais c'est que cette décision touchait à un point bien sensible chez la partie allemande de la population de Chicago, qui compte pour les deux cinquièmes dans la population totale!
Dès mon arrivée j'avais été du reste frappé de cette prédominance de l'élément tudesque. A chaque pas, durant ma promenade dans la journée, des mots allemands étaient venus frapper mes oreilles, et presque partout sur les plaques indicatrices des noms de rues en anglais, j'avais pu lire ces mêmes noms en allemand.
24-26 octobre, — Aux États-Unis, le système d'éducation adopté a déjà attiré depuis quelque temps l’attention de plusieurs des gouvernements de l'Europe. 1l mérite d’être étudié.
D’après la constitution même, le pouvoir central n’agit que dans les questions d'intérêt général où la sécurité du pays tout entier est en jeu, et dans les rapports du pays avec les puissances étrangères ou dans le règlement d'affaires d'État à État.
Les écoles militaires et navales sont les seules qui soient sous le contrôle direct du gouvernement de Washington.
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Dans tous les autres cas, son action se borne à des concessions de terrains faites aux différents États pour constituer des fonds d'entretien pour les écoles ou pour permettre l'établissement de maisons d'instruction. destinées aux études agricoles, industrielles ou mécaniques.
La règle est uniforme et l: Gouvernement central n’exerce aucun contrôle toutes les fois qu'il ne s’agit que de la bonne direction de ce qui intéresse spécialement les différents États, les comtés, les villes ou les cités.
L'État, lui, n'abdique pas ses droits; mais il laisse les pouvoirs législatifs et administratifs les plus étendus aux autorités locales, aux sociétés organisées dans un but défini dans les localités. Il n'intervient que lorsque les intérêts de l'État tout entier sont en jeu.
A chaque État donc revient la responsabilité de l'éducation de ses citoyens, éducation qui doit les mettre à même de remplir leurs devoirs politiques. Cette responsabilité est reconnue officiellement par l'établissement d’écoles publiques soutenues, d'une part, par les State schools Funds alimentés par les concessions de terres faites par le Gouvernement central, et par des fonds affectés à cet objet par chaque État ; d'autre part, par des taxes locales imposées à ceux mêmes qui profitent des écoles. La direction et l’orgauisation des écoles dans chaque locaiité sont laissées, aux municipalités ou à des sociétés organisées dans ce but spécial; l'État se réserve une surveillance générale.
Dans quelques États seulement l'instruction est obli-
gatoire, mais nul n'est contraint de suivre les cours des écoles publiques.
L'État préside à la répartition des écoles et déter-
.mine les différents genres d'écoles qui doivent être éta-
blies et régies par les autorités. Parfois il prescrit quelles sont les branches d'instruction qui doivent être plus ou moins développées. IL veille à la création des districts scolaires, détermine les moyens par lesquels l'argent peut être recueilli; il préside à l'organisation ; il peut nommer les personnes chargées de la surveillance, qui sont choisies parmi les plus honnêtes et les plus instruites; il fixe la limite de leurs pouvoirs, la durée des fonctions de chacun, la manière de pourvoir aux vacances.
C'est encore l'État qui décide les conditions d'âge et
de présence pour les élèves et qui, dans certains cas, préside au placement et à l'emploi des fonds d'écoles fournis par le Gouvernement central.
. Les municipalités organisent les districts en se conformant aux lois de l’État; elles choisissent généralement les personnes investies de la surveillance, lèvent et recueillent les impôts pour les écoles.
Dans chaque localité les personnes chargées de la surveillance examinent les professeurs et les nomment ; ellès fixent leurs appointements quand il n'y a pas été pourvu autrement, veillent à la construction des écoles, ‘à la fourniture de tout le matériel nécessaire, et promulguent les règlements.
Les exigences de la vie en Amérique et l’organisation politique du pays soustraient de bonne heure les enfants aux influences de la famile; aussi, dans les
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écoles, fait-on une large part à leur éducation morale et leur donne-t-on des habitudes de discipline sévère. On exige d’eux une soumission absolue à leurs maîtres, de facon à ce qu'ils sachent plus tard respecter les mesures restrictives que peuvent prendre les autorités constituées.
Dans la première période de l'éducation, on emploie les punitions corporelles (elles sont supprimées toutefois dans quelques villes comme Chicago, New-York, etc.); plus tard les punitions sont d’un ordre tout moral. Dans les classes, les mouvements se font avec une précision militaire.
La durée totale des études est de douze années qui se subdivisent en quatre années de « Common School » ou école primaire, quatre années de « High School » ou école secondaire et quatre années passées dans les Colléges et les Universités dispersées dans le pays, les unes sous le contrôle de l'État et subventionnées par lui, les autres dirigées et fondées, soit par des congrégations religieuses, soit par des particuliers.
Dans tous les cas, ces institutions sont exemptes d'impôts.
Dans les « Common Schools » on apprend à lire, à écrire, la grammaire, l'arithmétique, la géographie, et souvent aussi le dessin et la musique vocale.
Dans ies « High Schools » l’enseignement porte sur l'algèbre, la géométrie, quelques éléments de mécanique, de physique et de géologie, la rhétorique, l'histoire, la littérature anglaise, le latin,une langue étrangère, — le français ou l'allemand, — enfin quelquefois le grec.
Durant les quatre dernières années, on complète les
études des années précédentes, du latin, du grec, du français ou de l'allemand; on aborde les mathématiques supérieures etieurs applications, les sciences naturelles, la logique, la philosophie, et on suit des cours spéciaux soit de sciences, <’ ‘+ de droit, de médecine ou de théologie,
Dans les Etats du Nord, les blancs et les enfants de couleur vont aux mèmes écoles, Il n’en est pas ainsi généralement dans le Sud.
Dans les campagnes, les filles et les garcons n'ont qu'une école commune. Dans certaines villes, les deux sexes ne sont séparés qu'à partir des écoles dr second degré. Mais presque partout | * cours enseignés sont les mêmes pour les deux sexe:
Bien que souvent on commence et on finisse les cours par une lecture de la Bible et une prière, jamais il
n’est fait d'instruction religieuse dans les écoles publi-
ques.
Des écoles du soir sont ouvertes dans presque toutes les villes pour les adultes, On y enseigne la lecture, l’éeriture, l'arithmétique, la tenue des livres, le dessin, etc.
Dans les villes, la majorité des professeurs sont des femmes, et les résultats obtenus par leur emploi, surtout dans les écoles primaires, sont excellents.
Les écoles sont généralement ouvertes de neuf heures à quatre heures. Les enfants n’ont dans l'intervalle que quelques instants pour leur repas, mais on leur laisse, quand ils passent d'un sujet d'étude à un autre, un quart d'heure de repos dans les salles mêmes. Ils ont deux jours de congé par semaine et deux mois de yacances par an.
grec, du matiques turelles, spéciaux de théo-
fants de Jas ainsi
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. Tous ces détails qui, bien entendu, ne se rapportent qu'aux écoles publiques, m'ont été donnés par l'Honorable Duane Doty, Superintendant des écoles de la ville de Chicago, Mais pour qui voudrait des renseignements plus précis, je me fais un véritable plaisir d'indiquer un ouvrage intitulé « The Free School System of the United States », par M. Francis Adams, publié récemment à Londres chez Chapman and Hall, Picadilly 193. On y trouvera des indications aussi intéressantes qu'utiles.
Chicago passe pour une des villes où les écoles sont les mieux organisées et c'est avec une vive satisfaction que j'en visite p usieurs, guidé par M, Doty,
Elles sont généralement claires et bien aérées. Les enfants des deux sexes sont réunis. Chacun est assis sur un siége à part avec un pupitre à part. Les salles sont presque toutes de cinquante à soixante élèves. La moralité n'a, paraît-il, rien à souffrir de ce contact constant des filles et des garçons, qui se prolonge depuisl’âge de six à sept ans jusqu’à l’âge de dix-huit ou dixneuf ans. Au contraire, M. Doty assure qu'il n'y a reconnu que d’heureux effets. « Nous ne laissons aucun rôle à l’imagination, de cette façon », me dit-il.
La moyenne des appointements des professeurs est, au bout de cinq ans d'exercice, de 750 $ par an.
Les professeurs des écoles primaires sont plus rétribués que ceux des écoles du second degré, en raison de ce que leur tâche a de plus pénible et de plus ardu,
Le principal d'une des deux écoles que j'ai visitées touche 2,000 $ par an et le sous-directeur, qui est une femme, 1,200 $.
Ces écoles n’ont naturellement — lec élèves étant
tous externes — ni réfectoires, ni cuisines, ni cours. jilles se composent simplement d’un bâtiment à trois étages ordinairement divisés en salles qui servent à la fois aux études et aux classes.
En dehors des écoles publiques il y a, à Chicago comme dans toutes les villes des États-Unis, un nombre considérable de maisons d'éducation particulières, divigées souvent par des corporations religieuses. Les études sont les mêmes que dans les écoles publiques.
D'après le dernier recensement, effectué en octobre 1874, le nombre des élèves suivant régul'èrement. les cours et âgés de moins de vingt et un ans était de 15,949 dans les écoles publiques et de 28,251 dans les institutions privées. Le nombre des individus entre douze et vingt et un ans ne sachant ni lire ni écrire n’était que de 16.
Mais très peu de jeunes gens poussent leurs études au delà des cours d'instruction primaire. Ainsi sur 40,000 srivant actuellement les cours primaires, il n'y a pas plus de 8,000 qui suivront ceux du second degré et pas plus de 1,000 qui achèveront les quatre années de cours complémentaires, C’est qu'en Amérique l’homme entre àc bonne heure dans la vie active.
Chicago est, je l'ai déjà dit, le principal entrepôt de l'Ouest. Deux mots sur quelques-uns des grands établissements qu'on rencontre dans cette ville, permettront de donner une idée de l'importance de son commerce et de son industrie,
La maison de toiles, lainages, soieries, etc., de
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Field, Leiter and €°, joue ici le rôle de celle da fameux M. Stewart, dont la fortune #st estimée au bas mot 150 millions, à New-York et dans les États de l'Est. lls font par an pour 20 millions de dollars d'affaires. Les objets de provenance américaine entrent pour les trois quarts dans ce cniffre, ceux de provenance anglaise pour 4 millions et les produits français pour 2 millions seulement. Ce sont les soieries de Lyon qui forment le plus gros appoint dans ce dernier chiffre.
Les deux maisons de gros et de détail de MM. Field, Leiter and C° occupent plus de 1,000 ouvriers et plus de 100 chevaux à Chicago seulement. |
Le commerce des chaussures est entre les mains de trente maisons qui font par an pour 30 millions de dollars d’affaires. Nous en visitons une qui n’occape que le quatrième rang par son importance. Une partie des chaussures sont fabriquées dans des ateliers que nous traversons. Tout s’y fait à la mécanique, avec une rapidité surprenante. Les produits sont d'un bon marché extraordinaire, comparativement aux prix de tontes choses aux États-Unis. Les bottes se vendent de 3$à 5$ 1/2 suivant les dimensions, les souliers de 2 $ à 2 $ 75 cents. Annuellement la maison expédie dans l'Ouest 3,000 caisses contenant ou 12 paires de bottes ou 60 paires de souliers fabriquées par elle, et en dehors de celu 4,000 caisses de chanssures importées. Les ouvriers gagnent en moyenne 16 $ par semaine. Leurs salaires varient entre 12 et 25 $. Les trois cinquièmes de ces ouvriers sont d'origine irlandaise.
Les peaux viennent des États environnants et de l'Ouest; elles sont tannées à Chicago. Il y a eu des
48 FREMIÈRE PARTIE.
années où les bénéfices nets de la maison se sont élevés à 60,000 $.
Ces chiffres ont certes leur éloquence ; mais laissant de côté toutes les autres manufactures et maisons de commerce de Chicago, son industrie métallurgique, qui a fait de tels progrès qu'elle ne saurait tarder de rivaliser avec celle de Pittsburgh, le Manchester de l'Amérique, si on jette un coup d'œil sur les Stock-Yards où viennent affluer tous les bestiaux, les moutons et les pores de l'Ouest, dont la viande ou fraîche ou préparée est expédiée dans le monde entier, les élévateurs au moyen desquels s'effectuent le déchargement et le chargement des grains et des farines récoltés dans les États environnants et qui doivent servir à l'alimentation des populations des Etats de l'Est et de l'Europe, il est impossible de n'être pas frappé d'étonnement.
27 octobre, — Les Stock-Yards sont établis à une extrémité de la ville et il nous faut une bonne heure pour nous y rendre de notre hôtel. C'est sous la conduite de M. Morriss, le fondateur en quelque sorte de cette immense institution, que nous procédons à notre visite.
M. Morriss n’a que trente-six ans. Il est arrivé à Chicago à l’âge de treize ans. Il débuta par être gardien de troupeaux. C’est par son intelligence et, son industrie qu'il est arrivé à la situation qu’il occupe aujourd'hui, Son honorabilité est si universellement reconnue, que dans toutes les contestations il est pris comme arbitre et que sa décision est toujours acceptée,
Il était impossible d'avoir un meilleur guide, — Un
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grand nombre de ces petits chevaux dort se servent dans les prairies les gardiens de troupezux, sont attachés à des anneaux devant l’entrée de l’Union Stock- Yards National Bank, une institution qui ne prête son concours à aucune spéculation, à aucune entreprise aventureuse et se borne à aider de tous ses efforts à l'accroissement des affaires sur le marché, au règlement de toutes les transactions entre les vendeurs et les acheteurs sur une étendue de pays dont on ne peut se faire aucune idée. Chacun de nous détache un de ces chevaux et nous nous engageons dans le dédale des rues séparant les enclos où sont parqués les bestiaux, les moutons, les cochons en quantité innombrable.
Chaque année, depuis la fondation des Stock- Yards, le chiffre des affaires va en augmentant. Depuis dix ans la quantité des bêtes à cornes entrant chaque année * à Chicago a plus que triplé, et pourtant ce commerces ne paraît être encore que dans son enfance ; il semble qu'il n’y en ait que les bases de posées.
Ce n’est, en effet, que maintenant seulement que commence à s'effectuer le véritable développement des États et des Territoires de l'Ouest. L'émigratio: amène sans cesse, comme le flot de la marée, de nouveaux individus qui, en atteignant de nouvelles régions, augmentent les sources de la production.
En 1874, bien que cette année-là les bestiaux eussent beaucoup souffert, le chiffre des entrées des bêtes à cornes dans les Stock- Yards a été de 83,000 têtes supérieur à celui de l’année précédente, soit une augmenta-
tion de 11 p. 100.
On a constaté en même temps un autre progrès. Au-
paravant le plus grand nombre des animaux amenés avaient entre trois, et plus généralement entre quatre et cinq ans ;depuis deux ans, la plupart sont aussi forts et ont entre deux et trois ans seulement. Les procédés d'élevage se sont évidemment perfectionnés puisque, en un tempsbeaucoup moins considérable, les éleveurs peuvent offrir à l'acheteur des animaux valant ceux qu'ils lui amenaient autrefois; ils y trouvent un grand avantage, la viande étant plus riche et de meilleure qualité et les risques courus étant de durée moindre. C'est d’ailleurs en partie à cette différence dans l'âge des animaux amenés qu'est due l'augmentation de leur nombre, l'éleveur faisant deux et quelquefois trois envois dans le même temps où naguère il n’en faisait qu’un seul,
Il faut reconnaître à la vérité qu'aucun de ces animaux ne pourrait supporter la comparaison avec les plus beaux de ceux que journellement on vend à Paris par exemple. Cela tient en partie assurément aux longs transports auxquels les bestiaux sont contraints ici. Au mois de janvier 1874, les bêtes à demi ou aux trois quarts engraissées se vendaient entre 4 $ 25 et4$75 les 100 livres. Les bêtes grasses, au contraire, se vendaient entre 5 $ 50 et 6 $ 50 les 100 livres toujours. Ces chiffres sont bons à connaître pour qu'on puisse se faire une idée plus exacte des affaires qui se traitent ici;en voici d'autres :
En 1874, le chiffre des entrées dans les Stock- Yards de ce qu’on appelle bêtes du pays a été de. . . . 583,966 Le chiffre des entrées des bêtes du Texas et au Cherokee a été de...
Total des entrées. . . , . , 843,666
menés uatre | forts cédés ue,en s peuqu'ils Avanlité et d’ailaninomnvois seul.
anic les Paris ongs trois 5 les ient Tres
une roici
Le chiffre des bêtes du pays ou étrangères expédiées des Stock-Yards par les chemins de
feront a 616 A8, 4... 0, « « 091,813 Le chiffre des bêtes réexpédiées par les lignes de l'Ouest a été de, ,..,.,.,....,.. . 64,636
Le chiffre des bêtes tuées et expédiées, les
viandes préparées, dressed beef, a été de, . . 60,000 Le chiffre des bêtes tuées et expédiées, les
viandes salées, corned beef, a été de . . . . . 41,192 Le chiffre des bêtes tuées à che POUE la
consommation à été de.. . .. . . .. . 126,025
Total des sorties. . . . . ..
On peut, d'après ces chiffres, constater que 73 p. 100 des bestiaux reçus dans le courant de l’année 1874 ont été expédiés par les voies ferrées de l'Est. Sur ce nombre, une petite quantité était destinée à quelques villes du Michigan et de l'Ohio, une part plus grande à Pittsburgh et quelques autres points de la Pennsylvanie ; mais la plus grande partie a été envoyée directement à Buffalo, Albany, New-York et la Nouvelle-Angleterre.
Ce débouché du commerce de Chicago est destiné à s'accroître dans de larges proportions, à cause de l'augmentation de la population dans les villes de l'Est et de la dimninution constante de l'élevage des bêtes à cornes dans cette région.
On aura certainement été frappé du chiffre relativement peu important des bestiaux tués à Chicago pour être salés. J’ai dit que ce chiffre avait été de 41,192 en 1874. Il marque une grande augmentation sur 1878 où il n'avait été que de 21,712, Mais il est loin d’atteindre ce qu'il était autrefois en 1864-1865 où il a été de 93,459.
Cette décroissance a été causée par l'introduction sur
D2 P:EMIÈRE PARTIE.
le marché des bœufs du Texas, Autrefois on ne les tuait que pour les peaux; maintenant, au contraire, ils servent exclusivement pour les salaäisons, dont le commerce dans l'Ouest s'est localisé dans le Kansas,
Des manufactures se sont établies dans les régions où paissent ces bestiaux du Texas, et à Chicago il n’a plus été fait de bœuf salé que pour satisfaire à certaines commandes où on exigeait une qualité de produits supérieure à celle réclamée d'ordinaire.
L'accroissement qui s’est produit dans cette industrie en 1874, à été causé par la cherté exceptionnelle des porcs cette année-là; les bestiaux du Texas ont eu à subir, au contraire, une baisse assez marquée dans les prix.
Ce qui, peut-être, est plus curieux encore que la quantité de bestiaux réunie dans les Stock- Yards, de Chicago, c'est le nombre des porcs, gais, bien portants, grognants, qui grouillent dans les vastes enclos qui leur sont réservés,
L'année 1874 a été mauvaise pour les éleveurs de porcs, parce qu'elle a été défavorable pour le maïs, dont on fait ici la nourriture spéciale des compagnons de saint Antoine. Il y a eu sur 1875 une diminution sur les entrées de 79,371 bêtes et une diminution sur le poids moyen de 26 livres par animal.
Il a été recu sur pied et vendu
en 1873 aux Stock-Yards une
quantité de porcs représentant
en poids 1,058,411,000livres Et en 1874 une quantité repré-
sentant seulement. . 928,326,622 livres
Différence er livres. . . . 130,084,378
s tuait s sermercé
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La répartition des animaux en 1874, où le chiffre des entrées a été de 4,258,379, s'est effectuée ainsi qu'il suit :
Envoyés dans l'Est, ,, ...,.. .. 2,801,540 Salaisons d'hiver et bouchers de la ville. .. 1,382,761 Lards faits en été et bouchers de la ville,, .. 545,237 Réexpédiés dans l'Ouest. ,,, .,. ..,,.,. 28,821
Total, . , . . . . 4,258,379
Les porcs sont généralement petits, mais de race excellente. On y trouve beaucoup de croisements anglais. On les élève principalement dans l'Illinois, l'Ohio, le Missouri, l'Indiana, le Kentucky.
Les établissements où se font les salaisons de porcs méritent une visite. Tout s’y fait à la vapeur. L’animal, qu'on fait entrer dans un petit endroit clos, est aussitôt saisi par un pied de derrière et enlevé à quelques pieds au-dessus du sol; il passe devant un homme qui l’égorge, puis il est plongé dans une cuve pleine d’eau bouillante, où il est échaudé. Il en sort pour être vigoureusement raclé par un autre homme qui enlève ainsi les soies. IL est ensuite ouvert, vidé, puis il vient s’accrocher dans une salle froide où il demeure suspendu pendant vingt-huit ou trente heures. En été, il passe dans une glacière. L'opération tout entière ne dure pas dix minutes,
Quand l'animal est refroidi, il est dépecé, salé et mis en caisse.
Le sang et les bas morceaux sont expédiés en sacs dans les États du Sud et employés comme engrais.
Le sang des bœufs, après avoir subi une préparation chimique, est envoyé en France et principalement à Paris, où il est employé dans les raffineries.
Ces établissements de salaisons emploient un nombre
d'ouvriers souvent très considérable. Celui que nous avons visité en comptait 130,
Le commerce des moutons, quoique moins important que celui des bestiaux et des cochons, ne saurait être passé tout à fait sous silence. En 1874, il a été amené aux Stock-Yards, par les voies ferrées seulement, 338,609 moutons,
On paye tant par tête pour l'entrée des animaux quels qu’ils soient Ce prix d'entrée est remboursé pour ceux qui ne sort pas vendus.
Les Slock- ;’ards couvrent une superficie de 500 acres (l’'acre vaut 40 ares 97 centiares). Neuf lignes de chemin de fer y ont des gares.
Autour des Stock-Yards, du côté de la rivière, se trouve un quartier de curieuse apparence. Les mai sons, petites, presque toutes avec un rez-de-chaussée seulement, sont habitées par les bouchers, les écorcheurs, tous les ouvriers employés dans les établissements où l’on fait les salaisons. La lie de la population de Chicago s’est aussi concentrée de ce côté, et il ne serait pas prudent de se hasarder la nuit dans ces parages sans quelques précautions.
Ces gens, accoutumés à vivre dans le sang, n’ont qu’un médiocre respect pour la vie de leur semblable, et les rixes, qui sont fréquentes, £3 terminent toujours par la mort de quelques-uns des combattants. La police se mêle peu de ce qui se passe, et on m'a montré dans l'établissement que nous avons visité un écorcheur qu; s'est rendu coupable de trois assassinats déjà et qui
CHICAGO, 00 vaque tranquillement à ses occupations sans être inquiété.
D'immenses chantiers de planches de toutes espèces et de toutes dimensions sont situés de l’autre côté de ce faubourg. Ces planches, qui sont vendues à raison de 15 à 18 $ les 1,000 pieds carrés de 1 pouce d'épaisseur, sont expédiées dans l’Ouest pour servir à la construction des maisons, dans les wagons qui ont amené les bestiaux; des scieries en nombre considérable, des fabriques d’où sont expédiées des portes et des fenêtres toutes faites s'élèvent autour de ces chantiers.
Un peu plus loin on aperçoit les élévateurs pour les grains et les farines. Il y à à Chicago dix-huit de ces élévateurs, presque tous concus sur le même modèle,
Nous en visitons un qui appartient à MM. Armour et Dcle, Ils en possèdent deux autres, La machine est de 750 chevaux-vapeur. C'est par elle que le grain est porté À 130 pieds de hauteur et vanné en même temps; puis il est améné dans la cale des bateaux qui arrivent au pied de la construction par un canal communiquant avec la rivière du Sud. Ce canal peut recevoir des navires de 2,200 tonneaux.
En un peu raoins de dix minutes, 10,000 bushels de blé sont en notre présence versés dans la cale d'un bateau qui effectue son chargement pour New-York.
Le bushel, la mesure de capacité en usage aux États Unis et au Canada, est d’une contenance variable suivant la nature des grains à mesurer. Il y a 60 livres de blé au bvshel, 48 livres d'orge, 34 d'avoine, 56 de mais, La livre étant la livre anglaise de Okil.,453.
Les chiffres officiels du mouvement des grains et des
céréales à Chicago, en 1874, sont les suivants : ENTRÉES : SORTIES :
2,666,679 bushels 2,306,576 bushels,
26,764,622 — 27,634,587 — Mais et avoines,,,., 35,799,638 : — 32,705,224 — Seigle et orge 791,182 — 335,077 —
Pour le voyageur nouvellement débarqué aux Etats- Unis, Chicago n’est pas intéressante seulement au point de vue de son commerce et de son industrie. Ses habitants personnifient bien dans leur ensemble la société telle qu'elle est en réalité dans les États de l'Ouest et du Pacifiqne. C'est dans cette ville que m'est apparu pour la première fois le véritable caractère américain qui, dans les États du Sud et la Nouvelle-Angleterre, a déjà pris beaucoup de points d'analogie avec celui des peuples de la vieille, Europe. On peut constater à chaque pas ici, cet esprit entreprenant, cette volonté énergique, cette persévérance qui ne se rencontrent à un pareil degré dans aucun autre pays du monde,
On connaît déjà ce fait de ces cinq journaux qui, le surlendemain du terrible incendie qui avait réduit en cendres les trois quarts de la ville reparaissaient, invitant les citoyens à se remettre énergiquement à la tâche, rendant compte des points où les secours pouvaient être trouvés, etc., etc. Il en est un autre plus extraordinaire encore; il a été souvent rapporté et m'a été confirmé par des personnes dignes de foi. En 1872, pendant sept mois, à dater du jour où la gelée a cessé, les maisons, tant en bois que fer, pierres et briques, ont été reconstruites à raison d'une maison par heure,
Par cela, et par ce qui a été dit précédemment de l'activité commerciale et industrielle de Chicago, il est facile de se rendre compte des qualités très réelles, très indiscutables de cette race, où la force et la vie débordent comme chez un adolescent, mais, où l'équilibre des facultés n’est pas établi. C’est ainsi, par exemple, qu'à côté de tous les raffinements de la vie civilisée, il est des choses du confort le plus élémentaire qui font défaut, et qu’à tout instant on rencontre des gens qui n’ont pas l’air d'être habitués au luxe qui les entoure.
Au point de vue moral, les Américains sont d’un égoïsme féroce. Ce sentiment naturel chez l’homme est développé chez eux par le peu de temps qu'ils passent dans la famille pendant leur enfance, et par une recherche constante à éviter toute chose qui peut gèner leur indépendance. Puis la culture de leur esprit ne dépasse pas d'habitude un niveau très ordinaire, en raison justement de l'âge précoce auquel ils sont obligés d'entrer dans les affaires, ce qui les rend insensibles à toutes les questions d’art, qui ont une si grande place dans les pays où la civilisation s'est produite graduellement, marquant toutes choses en même temps de son empreinte.
On ne saurait toutefois manquer de constater la très grande politesse en général des hommes vis-à-vis des femmes et c'est là ce qui autorise à supposer que le jour où la fièvre des affaires, des entreprises, aura un peu diminué, ils sauront rapidement aplanir ces angles qui blessent au premier abord l'étranger.
Les femmes sont généralement plus instruites que
les hommes, elles cansent agréablement et elles savent sortir des questions d’affaires, ce qu'il est souvent difficile d'obtenir de ceux-ci. Elles n'ont pas non plus poussé au même degré parfois risible l’amour-propre du pays. Leur goût est aussi plus épuré, bien que leurs toilettes soient souvent de celles qui feraient sourire des Parisiennes. Jeunes filles, leurs allures peuvent parfois sembler un peu étranges; femmes, elles sont telles que nul ne pourrait en médire.
Mais ce qu’on ne saurait assez louer à Chicago, c'est l'hospitalité qu'on y trouve, le gracieux accueil fait à l'étranger. Chacun rivalise pour lui être agréable. Quant à moi, je conserverai un souvenir toujours reconnaissant des aimables attentions dont nous avons été l’objet de la part de MM. Greenbaum et Blum, des personnes de leur famille et de leurs amis; je n’oublierai pas non plus ni notre journée de chasse dans les marais appartenant au Tolleston Club, sur la rivière du Petit Catumet, à quelques milles de Chicago, dans l'État d'Zndiana, avec MM. L. P..., S..., F... P..., et E. W..., ni la soirée d'adieu si brillante qui nous a été offerte dans les salons du Palmer-House et où j'ai eu le plaisir de faire la connaissance du général Sheridan et de me rencontrer avec l'élite de la société de Chicago,
DE CHICAGO A SALT-LAKE CITY LA CAPITALE DES MORMONS, 28 OCTOBRE — 8 NOVEMBRE,
Aspect de l'Illinois, — Le Missouri. — Les Prairies. — Les stations du chemin ‘ie fer Union Pacific. — Ascension des Montagnes Rocheuses. « Snow-Fences » et « Snow-Sheds ».— Magnifique coucher du soleil. — Descente des monts Wahsatch, — L'Utah. — Salt Lake City — — L'apôtre John Taylor, — Camp Douglas, — Visite à Brigham Youg. — Les « Germania Smelting Works ».
28 octobre, — À 10 heures du matin, après avoir pris congé de quelques-uns de nos nouveaux amis, qui nous ont très aimablement reconduits à la gare, nous montons dans le train qui doit nous mener à Omaha par la route de Burlington.
La voie ferrée traverse tout l'Illinois dont l'aspect n'offre rien de très remarquable, Les villes el les villages sontnombreuxcependant et généralement bien construits; le pays semble riche et la culture excellente. Les champs ont souvent une étendue qui étonne; je n’ai rien vu toutefois qui approchât comme dimension de certain champ de blé de 19,000 acres que possède dans le pays un M. L. Sullivan, qui m'a été cité à Chicago comme possesseur de la plus grande ferme des environs. Il y emploie, m'a-t-on dit; 600 mulets et 500 ouvriers.
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A Burlington on traverse le Mississipi. Le piut semble à une assez grande hauteur, la rivière p” ! large, limpide, bordée de hautes falaises à pic, m21s l'obscurité — il est sept heures du soir — ne nous permet pas de jouir du spectacie.
Nous sommes entrés dans un nouvel État, l’Zowa, qui doit son nom à la principale rivière qui l’arrose, un affluent du Mississipi. Sa capitale est Cité des Moines, sur la rivière de ce nom. Le sol est ondulé et couvert d’immenses prairies qui alternent avec de belles forêts. On fait dans l'Zowu de l’agriculture, mais surtout beaucoup d'élevage. Il s’y trouve aussi quelques mines de plomb, zinc et fer.
Le ienü2main, à l’anbe, le train gravit les hauteurs qui sépare..t le bassin du Mississipi de celui du Missouri ; le pays est moins cultivé déjà. On ne tarde pas à arriver sur les bords du Missouri. Le passage s'effectue à 2 milles à l’ouest de la ville de Council-Bluffs, sur un superbe pont suspendu élevé de 60 pieds au-dessus du niveau du fleuve dont le cours est excessivement large. Mais les eaux sont basses, et, de chaque côté, de grands bancs ‘ie sable nuisent au pittoresque de l'aspect.
Sur la rive ouest se trouve Omaha, la capitale du Nebraska. On quitte ici le Burlington Railway peur prendre la ligne du Union Pacific.
Le transbordement des bagages terminé, non sans grands dommages en raison, du peu de soin apporté à cette opération par les gens qui en sont chargés, ce qui exaspère Navesne, !e train se met en route.
La Nebrusna, affluent du Missouri, d’où l'État tire son nom, est forméc ‘de deux rivières, la Plate du Nord et
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la Plate du Sud, Une partie de la contrée est encore au pouvoir des Indiens. Le sol semble léger et est couvert de forêts et de prairies où de loin en loin on aperçoit bondissant, erfrayées, quelques antilopes.
Nous laissons sur la gauche les coteaux escarpés et boisés qui bordent le Missouri et nous entrons dans la vallée de la Plate; maïs bientôt la neige commence à tomber en abondance et ne tarde pas à couvrir tout le pays, qui prend alors une certaine ressemblance evec les grandes plaines de la Pologne en hiver. Le soir, diner à Grand-Island,
30 octobre, — Nous avons roulé toute la nuit; au jour nous sonimes enfin vraiment au milieu des Prairies. Le soleil se iève avec des tons rosés du plus joli effet, Il fait très froid; il n’y a pas de neige sur le sol, mais celle tombée ia nuit précédente sur les wagons s’est convertie en cristanx de glace.
Des troupeaux d'antilopes, des bandes de chevaux indiens, viennent parfois animer les vastes étendues désertes qui se déroulent de chaque côté du chemin de fer. Parfois aussi on aperçoit quelques lourds chariots avec leurs bâches en toile, traînés par six, huit et même dix paires de bœufsqui suivent un chemin à peine tracé dans la Prairie,
À Sydney on s'arrête vingt-cinq minutes pour déjeuner. C'est une station comme toutes celles qui se trouvent sur cette ligne, un assemblage d'un petit nombre de maisons en planches où logent les employés et quelques rares trafiquants. Les sons du gong que frappe à coups redoublés un homme de couleur, nous
guident vers la baraque décorée du nom de restaurant ;
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