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le menu est partout le même, des beefsteaks d'antilope, des pommes de terre cuites à l’eau ou du maïs et un plat sucré, le tout arrosé de café.
Il règne, par extraordinaire, une certaine animation dans l'endroit. C’est que la population vient de lyncher un homme qui hier avait assassiné un des habitants. Le corps du supplicié était, il y a quelques minutes encore, suspendu au poteau télégraphique qui avait tenu lieu de potence.
Mais les vingt-cinq minutes d'arrêt réglementaires sont écoulées : « AI on board! » crie le conducteur ; la locomotive lance deux appels stridents et le convoi se met en mouvement.
Péniblement il continue l'ascension commencée. La neige reparaît ; nous voici déjà à 4,500 pieds audessus du niveau de la mer, à 2,500 pieds plus haut que Omaha. Le Wyoming, que nous traversons, n'est qu'un territoire. Il est très riche en gisements de fer, de charbon, de cuivre, d'or et d'argent. Mais il est célèbre surtout parce que les femmes y jouissent des droits politiques qui ailleurs ne sont attribués qu’au sexe fort.
Nous arrivons à Cheyenne, dont l'aspect n'offre rien de bien intéressant et qui se trouve au pied de la chaîne de montagnes connue sous le nom de Laramie Range, une des subdivisions du massif des Montagnes Rocheuses,
On ne voit plus aucune tracede culture; Le sol semble composé d'une agglomération compacte de sable et de petits cailloux offrant une très grande ressemblance avec les moraines des glaciers des Alpes et, dont l’ori:
gine est sans doute la même. De maigres touffes d'herbes surgissent çà et là.
Puis nous trouvons des roches calcaires qui bientôt
font place à des masses granitiques énormes. Toute cette partie des Montagnes Rocheuses semble avoir été le théâtre de bouleversements prodigieux. A chaque instant la nature du sol change et souvent on apercoit des amas de coquillages fossiles, qui semblent indiquer qu'à une date reculée de grandes masses d'eau ont passé par là.
Nous voici enfin à Sherman, à 8,242 pieds au-dessus du niveau de la mer, le point le plus haut. atteint par la voie ferrée, Dans le lointain, au sud-ouest,on aperçoit, dominant la contrée, deux pics très élevés couverts de neige, Long’s Peak et Pike's Peak, Le paysage prend un aspect de grandeur sauvage et triste qui produit une impression très vive.
Les Snow-Fences et les Snow-Sheds se multiplient, non pas qu'il tombe de grandes qua .tités de neige dans cette région, mais parce que les ouragans de vent pourraient | accumuler sur la voie,
Les Snow-Fences sont formés dé pièces de bois reliées en X qui sont réunies par une série de lattes parallèles. Ils sont parfois remplacés par des murs en pierres ; les uns et les autres sont placés parallèlement à la voie. Les Snow-Sheds sont de vastes toitures en charpente dont on couvre la voie dans ses parties les plus encaissées.
Nous passons Dule Creek Bridge, un pont en charpente qui à 650 pieds de long et qui est jeté À une hauteur de 126 pieds; mais ce travail curieux n’attire
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que peu notre attention, absorbée au même moment par un spectacle grandiose, par un coucher de soleil dont il serait difficile de dire toute la magnificence, — A l'ouest, de larges bandes d’un jaune d’or éclatant, d’un jaune clair intense, d'un orangé tirant presque sur l'écarlate se détachent sur l'azur du ciel qui prend des tons d’un vert pâle à faire damner un paysagiste. A l'est, des nuées teintées des roses les plus invraisemblables. Au sud, un tout petit nuage léger comme un flocon de soie, d’un carmin violacé délicieux, Audessus de nos têtes, un ciel bleu d’une pureté extrême.
Mais ce spectacle n'est que de trop courte durée, la nuit arrive et bientôt ne nous laisse plus qu'entrevoir les silhouettes fantastiques des grands rochers de grès rouge qui bordent la voie.
A Laramie, petite bourgade d'un millier d'habitants, le train s'arrète pour laisser aux voyageurs le temps de souper. Les domestiques chinois font ici leur première apparition, ce sont eux qui sont les garcons du restaurant. On se remet en route et bientôt chacun va chercher le sommeil dans sa couchette qui a été préparée par l’homme de couleur remplissant lesfonctions de serviteur dans le car.
31 octobre, — Le soleil s’est levé radieux, mais le paysage qu'il éclaire est l’image de la plus parfaite désolation, Bien qu’au loin on aperçoive les cimes neigeuses des Montagnes Rocheuses, le pays qu’on traverse est presque plat. Le sol offre une teinte gris blanc très prononcée, qui tient aux substances ailcalines dont il est imprégné, Plus loin la voie ferrée court parallèle: ment à des escarpements qui paraissent avoir été rongés
par l’action des eaux ; il semble qu’on suive le lit d'une rivière desséchée ; puis nous commençons l'ascension dès Monts Wahsatch et nous entrons dans le territoire de L'Utah, Le pays n'offre rien de saillant; mais quand, arrivée au point le plus élevé, la ligne ferrée redescend, elle traverse une région des plus sauvages. De loin en loin une station sans importance est le seul indice qui puisse faire supposer que ces espaces ne sont pas absolument désertés par l’homme. l
A Hilliard, le train passe sous une sorte d’aqueduc en bois qui a son origine à 15 milles de distance; cette conduite est rectangulaire et ouverte à la partie supérieure ; des pièces de bois et des bûches en quantités considérables, livrées au fil de l’eau, sont ainsi transnortées sans frais jusqu’au chemin de fer.
Continuant notre route, sur la droite nous voyons d'immenses escarpements qui semblent de loin être les ruines de vieux remparts; puis des canôns très pittoresques (c’est le nom espagnol qu'on donne ici aux gorges étroites et profondes); puis encore des murs d’une hauteur considérable de grès, de granit, de terres argileuses, les uns intacts, les autres crevassés, déchiquetés.
A gauche le spectacle est moins grandiose, mais ne manque pourtant pas d'intérêt.
Suivant un petit cours d'eau presque à sec, on passe au pied d'un sapin isolé, qui, comme une sentinelle marque exactement le millième mille parcouru depuis Omuha, et un peu plus loin, devant le Devil’s Slide, «la glissoire du diable », C'est ainsi qu’on a surnommé un long couloir bordé de deux murailles très hautesen roches 4,
calcaires blanches qui, par un jeu bizarre de la nature, court sur le flanc d'un monticule de grès rouge d'environ 700 pieds d'élévation.
Quelques instants après le coucher du soleil, nous passons devant le Devil's gate, que nous ne pouvons voir en raison de l'obscurité, puis nous arrivons à Ogden, où nous quittons la ligne principale pour prendre un embranehement qui doit nous conduire à Salt Lake City, la capitale de l'Utah, où nous arrivons après un trajet de deux heures,
2 novembre, — L'Utah n'est qu'un territoire. Sa capitale était autrefois Fillmore, sur la rivière Sevier, à 100 milles environ au-dessous de Salt Lake City. La contrée est montagneuse et traversée par trois chaînes de montagnes parallèles. A l’est, différents rameaux des Montagnes Rocheuses proprement dites, puis les monts Wahsatch et enfin les monts Æumboldt ; à l'est des monts Wahsatch coule le Green River ou Rio Colorado, avec de nombreux affluents. Entre les monts Wahsaich et les monts Humboldt s'étend la grande vallée connue sous le nom du Grand Bassin, qui au sud et à l'ouest n'offre que de vastes espaces déserts, mais dont le sol est fertile aux environs du lac Salé, au nord et à l’est.
Ce lac, dont les eaux n'ont aucune issné, recoit celles de plusieurs rivières, dont la plus importante est le Jourdain qui sert de déversoir au lac Utah, situé plus au sud. Les eaux du lac Utah ainsi que celles du Jourdain et des autres rivières sont douces.
A une petite distance du Lae Salé, s'élève Salt Lake City, la Cité des Saints ou là Nouvelle Jérusalem des Mormons, Quelques maisons s'étagent sur les premiers
contre-forts des monts Wahstach et la ville s'étend en descendant vers la vallée à environ trois ou quatre milles, Les rues sont larges, mais très mal entretenues; elles se coupent à angle droit : de chaque côté coule un ruisseau d’eau limpide. Les maisons sont mal bâties, en oriques rouges ou en bois pour la plupart, et fort petites, sauf dans deux ou trois rues où des prétentions à l'apparence d’une ville véritable sont visibles; chaque maison est entourée d’un verger ou d’un jardin, ce qui donne à la cité un certain air de fraîcheur et de gaieté. On dirait, en somme, une deces agglomérations de petites maisons comme on en voit dans le Midi, dans les environs de Cannes et de Nice.
Les Mormons sont au nombre d'environ 85,000, dont 23,000 dans la capitale. Sur le territoire on compte environ 25,000 Gentils (c'est le nom par lequel sont ici désignés les chrétiens), dont 1,000 tout au plus habitent Salt Lake City.
Presque tous les Mormons sont d'origine étrangère, la grande majorité des Suédois et des Danois; quelquesuns sont Ecossais, un très petit nombre Anglais, Allemands ou Suisses, Les femmes, il en est de tous les pays, sont généralement laides et paraissent avoir ce qu'on est convenu d'appeler un âge respectable; il semblerait, à vrai dire, que les malheureuses n’aient été entraînées toutes que par la crainte, apparemment irrésistible, de demeurer vieilles filles.
Le président Brigham Young a dix-neuf femmes à Salt Lake City, et l'on m’assure qu'à l'exception d'Amelia Young, il n’y en à pas une qui soit, je ne dirai pas jolie, mais simplement agréable.
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