Vat\ Et ils ne penseront plus
5. Le Doute 4 de Lessius, dubitatio quarto, au chapitre déjà cité, a pour objet letyrannîcide, et c*est évidemment celui que Pascal asurtout dans la pensée. Lessius permet sans difficulté de tuer le tyran qui n'est pas prince légitime, et cette permission est déjà bien large ;
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serait à désirer que ces horribles maximes ne fassent jamais sorties de Tenfer, et que le diable, qui en est le
car il est aisé de croire illégitime celai qa*oa a envie de taer ; Henri IV Tétait aux yeux delà Ligue. De plus il permet de tuer même le tyran qui est prince légitime, si sa domination devient trop odieuse, mais seulement après qu'on l'aura d'abord déposé dans les formes; ce qui peut s'appliquer encore à Henri IV, et ce qui s'appliqueraif aussi parfaitement k Louis XVL Plusieurs jésuites avaient soutenu ces doctrines, et l'avaient fait moins discrètement que Lessius, surtout le célèbre Mariana, dont l'ouvrage fat condamné par le parlement de Paris et brCilé, à la suite de l'assassinat de Henri IV. Peu après, le général des jésuites Âcquaviva défendit à ceux de son ordre de soutenir de pareilles thèses.
Sous Louis XIV de telles propositions révoltaient toat le monde. Pascal profita contre les jésuites de ce sentiment universel, mais il en profita avec mesure et bon goût, s'abstenant de s'arrêter à des doctrines dont l'énoncé seul aurait été alors insupportable. Les sentiments qu'il exprime sont d'ailleurs parfaitement sincères; Port- Royal les tenait d'Antoine Arnauld, tout dévoué à Henri IV, et à qui la Ligue était odieuse.
Le doute tO porte sur une question d'un tout autre ordre, mais bien scabreuse et bien propre à faire scandale: si on peut faire avorter une femme, dans la prévision que Taccouchement mettrait sa vie en danger. On voit assez que tout avortement poavait être excusé sous ce prétexte.
Les éditions postérieures modifient ainsi le commencement de l'alinéa : c Je n'en parlerai point ici, mes Pères, non plus que des autres meurtres », etc. Il n'y a pas de variante plus malheareuse et moins justifiée, car elle n'a de raison que l'envie de faire une transition. Passe pour avoir mis dez autres meurtres, et encore aurait-il fallu écrire (Vautres meurtres, pour bien faire comprendre que les meurtres dont Pascal dit qu'il ne parlera pas sont des meurtres qui... etc. Mais le non plus que est absurde, et efface complètement ce qui fait le fond de la phrase. Car Pascal n'a aucune raison de dire qu'il ne parlera pas de ce dont il est question dans l'alinéa précédent, mais il tient à dire qu'il ne veut pas parler de ces meurtres abominables sur lesquels portent les doutes 4 et 10 de Lessius.
La Response à la 13^ Provinciale est pitoyable sur ce passage : « Il n'est pas bien séant à un homme d'honneur de parler ainsi ; vous avez trop souvent le diable en la bouche, » etc. (p. 134). Et ailleurs : K La colère et le désespoir vous emportent si loin au delà du jugement, que Von ne se peut tenir de rire en vous voyant ainsi courir à perte d'haleine (p. 363). » Ces citations suffiront.
premier auteur, n'eût jamais trouvé des hommes assez dévoués à ses ordres pour les publier parmi les chrétiens.
Il est aisé de juger par tout ce que j'ai dit jusques ici combien le relâchement de vos opinions est contraire à la sévérité des lois civiles, et même païennes. Que serace donc si on les compare avec les lois ecclésiastiques, qui doivent être incomparablement plus saintes, puisqu'il n'y a que l'Église qui connaisse et qui possède la véritable sainteté? Aussi cette chaste épouse du Fils de Dieu, qui, à Timitation de son époux, sait bien répandre son sang pour les autres, mais non pas répandre pour elle celui des autres, a une horreur toute particulière pour le meurtre, et proportionnée aux lumières particulières que Dieu lui a communiquées^. Elle considère les hommes non seulement comme hommes, mais comme images du Dieu qu'elle adore. Elle a pour chacun d'eux un saint respect qui les lui rend tous vénérables, comme rachetés d'un prix infini, pour être faits les temples du Dieu vivant. Et ainsi elle croit que la mort d'un homme que l'on tue sans l'ordre de son Dieu ' n'est pas seulement un homicide, mais un sacrilège qui la prive d'un de ses membres; puisque, soit qu'il soit fidèle, soit qu'il ne le soit pas, elle le considère toujours, ou comme étant Tun de ses enfants, ou comme étant capable de l'être.
Ce sont, mes Pères, ces raisons toutes saintes qui, depuis que Dieu s'est fait homme pour le salut des hommes^ ont rendu leur condition ^ si considérable à
1. Pascal nous présente ici un idéal de l'Église qui ne répond gaère à l'histoire ; car combien n'a-t-elle pas versé de sang I 3. Son se rapporte, je pense, à TÉglise.