‹ Quatorzième lettre provincialeChapitre 8 sur 22 · Rom, xm, 4 (et aussi · texte numérisé non relu

Rom, xm, 4 (et aussi

même lieu : Les princes ne sont pas établis pour se rendre •terribles aux bons, mais aux méchants. Qui veut n'avoir point sujet de redouter leur puissance n'a qu'à bien faire ; car ils sont ministres de Dieu pour le bien. Et celte restriction rabaisse si peu leur puissance, qu'elle la relève au contraire beaucoup davantage ; parce que c*est la rendre semblable à celle de Dieu, qui est impuissant pour faire le mal, et tout-puissant pour faire le bien ; et que c*est la distinguer de celle des démons, qui sont impuissants pour le bien, et n'ont de puissance que pour le malf II y a seulement cette différence entre Dieu et les souverains, que Dieu étant la justice et la sagesse même, il peut faire mourir sur-le-champ qui il lui plaît, quand il lui plaît, et en la manière qu'il lui plaît ; car, outre qu'il est le maître souverain de la vie des hommes, il ne peut la leur ôter ni sans cause, ni sans connaissance^, puisqu'il est aussi incapable d'injustice que d'erreur. Mais les princes ne peuvent pas agir de la sorte ; parce qu*ils sont tellement ministres de Dieu ^, qu'ils sont hommes néanmoins, et non pas dieux. Les mauvaises impressions les pourraient surprendre, les faux soupçons les pourraient aigrir, la passion les pourrait emporter ; et c'est ce qui les a engagés eux-mêmes à descendre dans les moyens humains, et à établir dans leurs États des juges auxquels ils ont communiqué ce pouvoir, afin que cette autorité que Dieu leur a donnée

1. Les éditions postérieures écrivent : « Il est sans doute qu4l no la lei,ur ôte jamais ni nans cause, etc. » Il semble qu'on a craint que rexpression, il ne peut, ne fût pas bienséante en parlant de Dieu. Mais Pascal avait bien osé dire tout à l'heure que Dieu est impuissant pour le mal,

2. C'est-à-dire, ils sont ministres de Dieu avec cette restriction que, etc. Tellement ne se prend plus aujourd'hui dans ce sens restrictif, où il repond à Vita des Latins. •

ne soit employée que pour la fin pour laquelle ils Font reçue.

Concevez donc, mes Pères, que, pour être exempt d'homicide, il faut agir tout ensemble et par Tautorité de Dieu, et selon la justice de Dieu ; et que, si ces deux conditions ne sont jointes, on pèche, soit en tuant avec son autorité, mais sans justice; soit en tuant avec justice, mais sans son autorité. De la nécessité de cette union il arrive, selon saint Augustin, que celui qui sans autorité tue un criminel se rend criminel lui-même^ par cette raison principale qu'il usurpe une autorité que Dieu ne lui a pas donnée ; et les juges s au contraire j qui ont cette autorité f sont néanmoins homicides, s'ils font mourir un innocent contre les lois qu'ils doivent suivre *.

Voilà, mes Pères, les principes du repos et de la sûreté publique qui ont été reçus dans tous les temps et dans tous les lieux, et sur lesquels tous les législateurs du monde, saints et profanes, ont établi leurs lois, sans que jamais les païens mômes aient apporté d'exception à cette règle, sinon lorsqu'on ne peut autrement éviter la perte de la pudicité ou de la vie ; parce qu'ils ont pensé qu'alors^ comme dit Gicéron, les lois mêmes semblent offrir leurs armes à ceux qui sont dans une telle nécessité^.

Mais que, hors cette occasion, dont je ne parle point ici, il y ait jamais eu de loi qui ait permis aux particuliers de tuer, et qui l'ait souffert, comme vous faites, pour se garantir d'un affront, et pour éviter la perte de l'honneur ou du bien, quand on n'est point en môme temps en péril de la vie ; c'est, mes Pères, ce que je

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