DES NATURELS DU CONGO
Avant de clore complètement ce trop long récit, je crois utile dénoter ici les mots que j'ai pu retenir de la langue que parlent les nègres qui habitent le sud du Congo et les rives du fleuve.
La langue fiot est composée d'un nombre très restreint de mots, et la plupart signifient plusieurs choses à la fois. C'est l'ensemble de la phrase qui précise le sens qu'il faut leur attribuer.
Une remarque, et la plus importante, est celle-ci : Les ■Vi'rbes n'ont que deux temps : le présent et le passé; le futur s'indique par l'adjonction du verbe vouloir.
Il est bon de signaler que les noirs respectent fort peu les mots qu'ils emploient fréquemment. Il est très difficile aussi de se fixer sur leur sens véritable, et il se peut, malgré tous les soins que j'ai apportés à éviter toute erreur que je me sois quelquefois trompé.
Je no donnerai qu'un exemple frappant de la manière dont ils écorchent et modifient certains mots :
Isolé, signifie deux. Or, ils prononcent indifféremment : ézolé, azolé, kolé, molé.
Gika, signifie /'ermer; on dit aussi : kaka, zibika, cette dernière forme est particulière à certaines tribus.
Parmi les observations que j'ai pu faire se trouve en première ligne celle-ci :
La syllabe co, à la fin d'un mot, exprime la négation ; cette règle est à peu près générale; cependant il y a quelques exceptions, auquel cas le mot est précédé ou suivi ilo pavala : non.
VOCABULAIRE
Exemple :
Embolé, bon. — Emholèco : pas bon.
Mundélé. bluno. -^Mundéléco : pas blanc.
Fouana, assez. — Fouanaco : pas assez.
Jloiiïni, voleur. — Mouïnico : pas voleur.
Toutou, bouleiUo. — Toutou pavaîa : pas do boutoiHe.
Le verbe ne supporte l'adjonction de la négation co qu'au pas;é.
Nua, manger. — Nuïdi : mangé. — Nu'tdico : pas mangé. Souîka, coudre. — Souïkidi : cousu. — Souïdico : pas cousu.
En e.xaminantle vocabulaire, vous remarquerez que tantôt la terminaison idi ou di tantôt la terminaison élé indique, dans le verbe, une action passée
Tamboula, tamboaïdi.
Soukoula, soukouïdi.
Voutouka, voulonkidi.
AlToua, alTouïdi,
Vova, vovélé.
"Vonda, vondel-5.
Nléka, nlékélé.
Viokessa, viokélé.
L'expression mona sert de liaison entre deux mot», «■'îo indique que le second dépend du premier :
Ouonda mona kikouk, va à la cuisine.
Sa mona luoata, mets sur la caisse.
On remarquera que la lettre r, si elle existe toutefois, est extrêmement rare.
Ma s'emploie aussi dans le sens de : de.
310 VOCABULAniE Maza ma iouïa : eau chaude.
Beaucoup de mots changent ou prennent des significations pariiculières quand on les joint àfcd'autres. Ainsi je ne sache pas que kuam ait un sens, mais on dit :
Vundélékuam, il m'a tué, je suis mort.
Zolélékuamaoo, je ne veux pas.
Chaque fois que deux mots se joignent difficilement pour la prononciation, on ajoute ou on retranche une ou deux lettres, voir même quelquefois une syllabe :
Kia, quatre.
Koulagia ia, quatre mille.
Quelques phrases donneront une idée du langage,
Rîa fouïna ssala engué kouakouna? — Que fais-tu là-bas, toi? Mono zolélé (ou zolélé kuam) vonda soussou éraochi mona
(l'(jïa. — Je veux tuer une poule pour manger. Kaki zolélé engué? — Que veux-tu, toi?
Soumba m'pongo, mundélé. — Acliète l'ivoire, blanc. Elo boussamoï, ginakouïsa. — Oui, attends, je viens. Fouta kikilou. — Paye exactement.
Ke tamboula? blélé? — Que prends-tu? des étoffes? Elo, blélé, engouala, bouasa. — Oui des étoffes, du tafia, des
perles (monnaies).
Bongé. — Prends.
Touala mavouata maïa. — Donne-moi quatre brasses. Ké diaka? — Quoi encore?
Machina molé mona n'takou. — Deux pièces de baguettes do laiton.
Gilongidi. — C'est fini, c'est exact.
Pavala, machina émochi assala. — Non, il reste encore une pièce.
Kéléka, Tamboula bouata étatou angouala. — C'est vrai, prends
trois bouteilles de tafia.
N'toulou pavala. — Je n'ai pas de bouteilles, de vases. Tamboula kachikembouata. — Prends une demi-bouteille.
VOCAnULAlllE
Givouïdi kuendi, ouenda kounembagi. — C'est fini oomplèLe-
ment, va-t'en dehors.
Vana 'coudi. — Donne-moi la goutte (un petit verre). Sala kiembotè mundélé. — Porte-toi bien, blanc.
Tous les mots ci-dessus diffèrent un peu de ceux du vocabulaire parce que la prononciation les altère, et que j'oi voulu la maintenir pour rendre ce petit dialogue plus exact.
Si maintenant j'ajoute' les quelques mots cabyndes que j'ai pu retenir, j'aurai réuni ici tout ce que je sais du langage que parlent les habitants du Congo.
Bien que tous ces noirs se comprennent entre eux, ils n'en parlent pas moins des dialectes qui diffèrent notablement; si l'accent n'est plus le même, la prononciation surtout varie; ainsi le parler des Cabyndes est plus lent et mouillé, si Je puis m'e.xprimer ainsi, que celui des michicongos et des mussorongos. Celui des noirs de l'intérieur est plus original, ils prononcent lentement en scanlant les mots ; chez eux, chaque syllabe est expirée, détonée, si je puis dire ; leur langage est dur et barbare.
Mais il faut bien noter que le nègre prononce toujours toutes les lettres du mot qu'il dit, et cela de quelque pays qu'il soit.
VOCABULAIRE
VOCABULAIRE FIOT
Signifie
Carapate,
chef de caravane d'ivoire.
Touïa,
feu — poudre — clialeur.
Maza,
eau. — Maza touïa : oau chaude.
Touala,
apporter — apporte.
ïamboula,
prendre. — Tambouîdi : pris.
Ndia,
manger. — Ndi idi ■ mangé. — Ndi idi co t
pas mangé.
Wâna,
donner.
Vaïkissa,
sortir.
Viokessa,
passer.
Tintika,
tirer.
Ndolo,
aller — marcher.
Ndolocuito,
allons vite. — Ndoco-ndacuito allons ^ ea
avant. ■
Oiienda,
partir pour.
Boiissamoï,
attends.
Kalavovo,
reste — tais-toi.
Toloma,
lever.
GiboLiIa,
ouvrir.
Gika,
fermer. — Kakd'kahenzd : Uirmà.—Gikenzé.
Sidi,
mettre. — Sa : rnsmo siguilicaLion.
Soukoula,
laver. — Suukou-idi : lavé.
Ouundoloina,
faire le tour.
Katoula,
ôtcr.
Kalouku,
ôte-toi de là.
VOCABULAIRE
Vaïka,
Va-L-eii. — vuiiiiui , sui 11 . — iitiniùùti . sorS
d'ici.
Lucissa,
pfissôr — consonLir
Nangouna,
soiiIev6r.
Sampouka,
[ vile.
Salzouka,
Canga,
attcicher.
Soiuka,
coudro- — Souîkidi cousu»
Nakouïsa,
venir. — Gincikouîsci.
Yova,
parler. — Vovélé : pané.
lamboiila.
laisser.
Zolélo,
vouloir.
Alîoua,
mourir. -~ Effoitïcîi ." inort.
Vonda,
tuer. — - Vo7idélé .* tue.
Ntéka,
Tf rtvi /l rp /V/ /' l.'/'li' ' vpvi rin
Songa,
compter.
Soumba,
tlGIieLUl . '~ OuHillUHL . lUjlHjWt
N'téla,
oiM^fil 1 11' A'//'/*-*//j • iinifjlA
appiilCl . lyiOlobO . iL]'pt,ll5.
N'ûa,
boire.
Voutoula,
rendre. — Voiitouhci * retourner
Sala,
se pOl tel cilipiUlO pULU ipi'UlIK.'! la hiilLUiJt
Malombé,
doucement.
Givouïili,
Gikouloiikidi,
tr\n( viol if nlnc l'iûlïf
lOLlL pULlL "~ UlLlri ptîlll»
Diaka,
ciiouiy.
Fouàna,
dabCi — lllUllIt;» r V tUA 1 LU ! m ^blipi'l Iil II IJ,
Ginavovo,
il y un a.
Embotô,
Ijon.
Souvonchi,
(311 Utlb pdl tel 1 b.
Lévantanou,
en haut.
KcLiiamboiico,
c'est bon — ça va bien»
Gouaok,
Couna,
la-bas.
Assala,
restant, encore»
lochidi.
manquant,
lïqua,
OU m ijiuii.
Aonso,
lOUl.
Kikilou,
Kombagi
dehors. — Kounembagi : loin.
Mono,
moi — je.
Mona,
(terme de liaison) dans, du, de, pour.
VOCABULAIRE
Kouondi,
tout, même signilicatiori que Aonso.
Kakn,
sulTit — aeulèmeut.
A k ko lé,
petit.
Iiiki,
beaucoup — trop.
Ampouïua,
grand.
Élo,
oui.-
Pavala,
non.
Moiuni.
méchant.
Emlombo,
noir.
Muiiilùlé,
blanc. C'est ainsi que les noirs nous appellent.
Gilongidi,
c'est exact — c'est complet.
Engiié,
toi. — Zolélé engué : veux-tii, toi.
.Ouonguila,
césam.
Ginipiiula,
arachides. — Gingouba.
Tangandanga,
gomme élastique.
Pongo,
ivoire.
Tipoï,
hamac.
Pépé,
piment.
AkoLiondô,
serviteur
Aloulek,
enfant — esclave (peut-être le mot est-il
portugais d'origine)
Mafoiika,
chef,
llouclijnga,
corile — ficelle — liasse — lien.
Kinzou,
pipe.
Maza,
eau.
Mazi,
huile.
LoLo,
cuillère.
Mbélé,
couloau.
Erikoulou,
vieux — ancien.
Aiiijja,
neuf — nouveau.
Malongo,
plat — assiette.
S'séssé,
balais.
Mbolo,
biscuit — pain.
Jjucata,
caisso — boite.
Oiillâo,
fou.
Invidi,
terme employé pour désigner les cabyuilcs.
'J'ala,
père.
Ningua,
mere.
Ambi,
mauvais.
Mom'vi,
voleur.
N'k.-lé,
fusil.
VOCABULAIRE
Sua, perdrix.
Nkélélé, pintade
Sousou, poule,
langoiilou, poro.
Mavoualtt, une brasse (mesure de tissu), par dériva- Lion : vêtement.
Machina, une pièce (G yarils cotonnade ou 4,000 perles),
unité do comptage.
Mblélé, tissu.
Eiigouala, lalia.
Kikouk, cuisine.
Baï, planche.
Toutou, bouteille.
Mbouda, dame-jeanne.
Mbouata, mesure il'uno bouteille.
Kachi, moitié,
leliou, sein.
Ditadi, pierre.
Maki, œuf.
Loungo, jour.
Kia, quoi. — Kaki : môme signification.
Kotoiliangouack, l terme d'injure trop orn pour le traduire.
Fanédianguack, | Kolédianguand-Funédiangiiand.
Pouta, payer.
Bouasa, perles (monnaie).
Konendi, complètement.
Endïoi, celui qui est là — à qui on s'adresse,
N'coudi, la goutte (un petit verre).
Loangos, nattes.
Impaciko, marque d'approbation.
Endoké, féliche — sorcier.
Kintanda, marché.
Mozo, œil. — Messi.
Moukanda, lettre.
Kin, pays.
Makrount, chef — vieux.
Kapiango, coquin — menteur.
Nioka, serpent.
Mbija, poisson.
Conké, singe.
Papagai, perroquet.
VOCABULAIRE
Fouma, tabac.
Giiigong, cloche.
Moauda, mets à l'huile' de palme (plat favori des cabyiides).
Marfouka, interprète — linguister.'
Ghirabecks, cabanes — cases — habitations.
Cuioa, vite.
Diricui, marcher.
Muta, fusil (mot employé par les noirs du littoral), dérivé du portugais matar tuer.
Kacongo, pays situés dans l'intérieur du Landana
Moutela, panier.
Pomba, pigeon.
Malumba, rognons.
Zika, couper.
Mayumba, pays situé au nord du Landana. On appelle
aussi de ce nom les noirs de l'intérieur.
Chiloango, rivière du Landana.
Michicongos, habitants du sud du Congo.
Mussorongos, habitants des rives du Congo.
Mossoulus, habitants du territoire au nord de Loanda.
Mani, roi.
Matéva, bois.
j exclamations.
Alfadi, Manioc cuit.
Chicuanga, Farine de manioc pilée.
Kélélca, c'est juste.
Chita, sorte de tissu bleu employé pour l'ivoire.
Manpoula, roi des blancs.
Pouta, pays des blancs.
Nani, quoi — qui — quelle chose — plus générale-
ment qui.
Oouidiwo, entendu — tu entends.
Aqua, gens. — Aqua m'pongo : gens de l'ivoire. —
Aqua moukanda : porteurs de bons.
Ma, tieiis — voilà.
Mamé, exclamation. En cabynde, signifie : mère
lauiba, feuilles de chanvre ou lin que fument les indi-
gènes.