‹ Quatre années au CongoChapitre 3 sur 17 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

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rillon, se retourne sur le dos, ouvre son énorme gueule et engloutit l'appât. Nous épiions tous ses mouvements, nous accrochant aussitôt à la ligne dont le bout est amarré au navire, nous tirons de toutes nos forces, l'animal se décroche et nous voilà tous par terre. Chacun se relève, le second vient à notre aide et rejette l'émérillon. Le monstre a goûté au lard, très affamé sans doute, et, quoique un peu déchiré, il n'abandonne'pas la partie, se rapproche, hésite un peu et de nouveau happe le morceau tentateur. Celle fois nous le tenons; on le hisse le long du bord, le capitaine se saisit du harpon qu'il lui pique dans le corps. On l'élève alors jusqu'au niveau des bastingages. S'""' lui décharge à bout partant plusieurs coups de revolver dans la tète; le second saute par-dessus le bord, lui passe un câh'e autour do la queue, puis, armé d'un grand couteau,, il lui ouvre le ventre du haut en bas, jette les intestins à la nier et le capitaine donne l'ordre d'amener sur le pont le monstre qui ne bougeait plus.

A peine a-t-il touché le plancher qu'à notre grand ébaliissement voilà l'animal vidé qui se met à sauter sur le pontet à asséner de grands coups de queue. C'est un sauvequi-peut général. Cependant les matelots parviennent à le tirer à l'avant. L'un d'entre eux lui coupe la queue à coups de hache. Le maître lui perce les yeux; il est breton, et est persuadé que le requin a le mauvais œil. Quelques coups de marteau sur la tète et cette fois le monstre e.=t bien mort. Mais quelle incroyable vitalité! Ce tigre dos mors, comme dit un naturaliste, mesurait 2 m. 40 de longueur. Le museau plat est elliptique; la gueule, placée S0U5 le ventre, à une bonne dislance du bout de la tète,, avait 24 cent, de largeur sur 13 cent, de longueur et 27 cent, de diamètre d'ouverture. Cette gueule, qui engloutirait facilement la cuisse d'un homme, est munie ilo cinq rangées de dents dirigées horizontalement en dedans. Elles sont pointues, triangulaires, dentelées et de la dimension des dents d'une scie de bonne grandeur. Les ouïes sont formées de quatre fentes de chaque coté de la tète.

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courtes et perpendiculaires à la longueur de l'animal. Le nez se compose de deux petites fentes sur le museau. Une des branches de la queue avait 65 cent., l'autre 34. I^es nageoires pectorales mesuraient 48 cent,, la première dorsale 34 cent., située à 26 cent, des ouïes et l'abdominale à

49 cent, de h première. Les nageoires des ouïes sont à

50 cent, du bout de la tête.

Le sucet. — Le requin a le dos gris et le ventre blanc; sur celui que nous avons pris, nous avons trouvé un sucei son guide inséparable.

Ce poisson noir et gluant a sur la tête un disque ovale à bords épais et à- fond plat, garni de bandes parallèles qui agissent comme des ventouses et à l'aide desquelles il se colle aux objets. Comme on l'a vu, il s'attache au requin, le suit dans ses pérégrinations et son dévouement lui est souvent funeste.

Les anciens assuraient, paraît-il, que cet animal fiché aux flancs d'un vaisseau l'empêchait de se mouvoir.

Ce poisson est fort original ; l'intérêt qu'il nous inspira fut d'autant plus grand que nous ne pûmes, nous mettre d'accord sur le point de savoir quel côté était le dos. Je crois cependant, après mûr examen, que le dos était le coté du suçoir. Cet animal curieux est rayé longitudinalement de six grandes fentes placées sur le ventre. Les ouïes se rejoignent sous l'abdomen ; derrière sont attachées deux nageoires horizontales fendues en deux. Les deux branches de la queue sont égales. Deux nageoires abdominaîes rejoignent la naissance de la queue, la bouche est munie de dents. La couleur de ce poisson est uniformément chocolat.

Notre examen terminé, nous le rejelâmes à la mer: outre que son aspect est peu attrayant, quelques matelots affirmaient que la chair n'en était pas saine.

Quant au requin, nous avons voulu en goûter ; mais, quelle que fut la manière dont on l'accommoda, nous déclarâmes à l'unanimiié que la chair était délestable. Elle est rance et laisse à la bouche un goùl acre et désagréable ; et.

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bien que le second affirme qu'une soupe faite avec déjeunes requins est excellente, nous n'en tenterons pas l'expérience.

Mais, si la chair ne fut pas appréciée, il n'en a pas été de même du squelette que nous nous arrachâmes positivement. S ** et Martin s'adjugèrent la tète et la colonne vertébrale. Le capitaine prit la part du lion : le buste, c'est-àdire l'ensemble des cartilages qui forment la poitrine et qui repré.'^entait, à s'y méprendre, le corps d'une femme dont on aurait coupé les bras, la tète et les jambes. 11 ne me resta à moi qu'une dent tombée de la gueule de l'animal et une grosse contre mes compagnons dont je maudissais l'égoïsme.

Les jours se suivent longs et monotones. Nous sommes dans le golfe de Guinée. Parfois une baleine passe si près de nous que le bruit que fait, en retombant, l'eau qu'elle îance par ses évents nous fait croire à un orage. Nous sommes à bout de distraclions ; voilà p'us de deux mois que nous avons quiité le Havre, cependant nous nous consoloKS en soi:geant que bientôt nous toucherons au terme de cette traversée.

Transparence de la mer. — Un jour, la mer était si calme et si limpide, que je saisis cette occasion de calculer la pi'ofnndeur à laquelle on pouvait distinguer les objets.

Pour ce faire, j'attachai une biique au bout d'une corde, l'entuurai d'un linge blanc et la laissai glisser dans l'eau. Je distii guais la brique à une profondeur de 20 mètres, faisant, bien entendu, abstraction de la ligne courbe que le fil décrivait dans la mer. A cette distance, la brique cessa de descendre; elle était arrivée au point où la pression, étanî égale de bas en haut, les corps plongés dans un liquide restent en équilibre. En effet, les objets qui tombent à la met y flottent bien souvent et n'arrivent au fond que si l'eau en cet endroit est peu profonde et si le corps est d'un grand poids. Ce jour -là, la température de la mer était de 29" centigrade. Le capitaine auquel je racontai le résultat

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de mon expérience m'apprit qu'à Mondera, dans l'océan Indien, on distinguait les récifs de corail qui tapissent la fond de la mer, à une profondeur de 45 m.

La chaleur est toujours de 34 à 37» à l'ombre. Presque chaque jour nous apercevons des bonites qui, vers le soir, s''él)attent joyeusement autour du navire comme des écoliers en liberté C'est un joli poisson, très bon à manger, dit-on, mais dont nous ne pûmes jamais parvenir à nous emparer. Il n'en est pas de même des dorades. Martin vient encore d'en harponner une qui mesurait 1 m. 40. Nous avons trouvé dans son ventre un poisson long de 0 m. 47 bien entier et dépouillé seulement de sa peau.

Les requins se montrent aussi fréquemment dans les eaux dn Sylvius. Un monstrueux, entre autres, nous a procuré quelque émotion. Après bien des hésitations, il b'était laissé prendre à l'émérillon; mais il était si gros que nous dûmes renoncer à l'amener à bord avec la chaîne seule. Le capitaine le harponna et on commença à le hisser. Mais il se débattit avec une telle ■vigueur et un tel acharnement qu'il réussit à se décrocher. Non-seulement il avait redressé le gros crochet de fer, mais encore il l'avait brisé. Quelle force ! Ma foi, nous préférons qu'il soit parvenu à s'écliapper. Il aurait tout brisé à bord. Le capitaine craignait surtout pour son chronomètre que les secou>ses pouvaient arrêter. Nous estimons que ce monstre mesurait plus de 3 m. 50.

EnQn, après soixante-huit jours de traversée, nous approchons du Congo; quelques jours à peine nous séparent du but de noire long voyage.

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