‹ Quatre années en Océanie (volume 2)Chapitre 18 sur 27 · VINGTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LETTRE

iQStincts, qualités pratiques et facultés intellectuelles qui caractérisent le faune formes cérébrales qui leur correspondent.

Messieurs,

La civilisation enlève aux plantes leurs épines et leurs sucs malfaisants ; aux animaux 1 acuité de leurs ongles, le tranchant de leurs dents, la force de leur venin, etc., etc.

Donc, elle a pour effet biologique d’atténuer les armes offensives et défensives de tous les êtres vivants sociables.

Donc aussi, à mesure qu’elle perfectionne les vertébrés, elle rend leur crâne plus mince puisqu’il n’est, en somme, qu’un bouclier cérébral.

Les faits justifient parfaitement ces à priori théoriques et montrent, en outre, queles reliefs et creux de celte boite osseuse reproduisent mieux les contours de ce qu’elle protège, chez les animaux supérieurs que chez les inférieurs; chez les hommes blancs que chez les jaunes ; et chez ceux-ci que chez les noirs.

De sorte qu’en définissent notre* cervelle, le siège et l’instrument de notre âme (tant que nous sommes en ce monde, instrument et siège qui, à l’instar de tout appareil vivant, se développe aux parties bien exercées et périclite aux trop peu employées), nous pouvons dire que demander :

« Ce que deviennent le crâne et son contenu, » pendant la création du type actif de notre » espèce par elle-même? »

Revient presque à celte question :

« Que font, du bloc nerveux qui nous gou- » verne, les influences qui déterminent la for- » mation de la seconde variante humaine? »

Ou bien encore à celte autre :

« Quels penchants, bons ou mauvais, quel- » les facultés intellectuelles et quelles qualités » pratiques, les données des milieux jaunes » éveillent-elles principalement et puis exa- » gèrent-elles, dans notre cœur, notre esprit » et notre caractère? »

A cette demande, ainsi transformée, pouvonsnous répondre avec ce qui précède? Essayons 1

Tous les pays qu’habitent les hommes du second type sont excessifs, dangereux même.

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favorables aux fauves autant qu’aux êtres sociables, mais non exténuants.

Donc, ils forcent le jaune à lutter constamment, de fait ou d’intention, contre des obstacles brutaux, qui ne lui laissent que fort peu de loisirs.

Donc, ils développent en lui la persévérance, l’exclusive préoccupation du réel et de l’immédiat, et le fanatisme des premiers agents sociaux de la victoire, l’association et la discipline, le nombre et l’ordre.

Eh bien 1 parce que le fanatisme de la discipline conduit l’orgueil des gouvernants à l’absolutisme, et la vénération des gouvernés, à l’obéissance passive ; et parce que la monomanie du nombre pousse à la création de sociétés énormes, où fatalement toute liberté comme toute initiative individuelle disparaissent; nous pouvons affirmer, à priori, que les Jaunes forment les nations de la terre les plus grandes et les plus despotiquement gouvernées. Double assertion que l’histoire et la géographie confirment. Témoins, les Egyptiens de l’antiquité, les Américains du temps de la Renaissance (Péruviens ou Mexicains) et les Asiatiques modernes, Chinois, Indiens et autres.

Je poursuis l’analyse des caractéristiques mentales du second type humain 1

L’exclusive préoccupation du réel et de l’immédiat mène droit au matérialisme : et le matérialisme trop persévérant, à force de fouiller et refouiller son sujet, tombe inévitablement, de détail en détail, dans la spécialité.

Les populations qui brillent surtout par l’activité matérielle se divisent et subdivisent donc forcément en classes de plus en plus nombreuses, dont chacune offre à l’homme une occupation de plus en plus infime, de plus en plus exclusive, et, partant, de plus en plus dégradante.

Eh bien! ces conséquences morales, d’un génie trop analytique, solidifiez-les en les consacrant, par un excès d’ordre et de vénération; et fatalement vous organiserez le régime des castes, celui qui gouverne l’immense majorité des jaunes.

Il ne permet qu’à leur autocrate de s’élever h un point de vue général, c’est-à-dire abstrait.

Deux mots sur les inconvénients d’une trop grande persévérance, et je me résume.

Cette qualité (que le trop ou trop peu transforme en vice, comme toute autre), les jaunes l’ont poussée tellement loin que les plus tenaces blancs du monde, les jésuites, n'ont pu la vaincre ; de sorte que leurs efforts, séculaires déjà, n’ont changé, dans les pays jaunes, ni la nature des sciences (dont le manque d’abstraction interdit toute conception un peu large), ni celle des procédés industriels (qui consomment tant de fibre musculaire humaine), ni celle des institutions politiques (qui terminent si brusquement tant d’existences), ni celle non plus des croyances religieuses, qui abîment tant d’âmes par le doute et la terreur, en surchargeant l’existence de leurs sectaires de tant de superstitions et de tant de pratiques étranges.

Rien déplus singulier qu’un jaune, aupoint de vue religieux 1

Tout ce que son excès de matérialisme l’a empéché de saisir, ou qu’il n’a pu modifier tant soit peu, est dieu pour lui. Ainsi sont les chaînes de montagne, les grands fleuves, la terre, le ciel et tous ses astres, les fauves invincibles ou inaltaquées, les grands hommes insuffisammentcompris cl surtout itisuflisammenl imités, et puis aussi toutes les associations, réelles ou

fictives, qu’il suppose exister entre tous ces êtres pour le dominer.

Tous ces objets il se les représente par des images simples ou composées, possibles ou impossibles (biologiquement parlant): et, devant les statues, peintures, dessins ou monstres qui en résultent, il courbe la tête et sacrifie.

Tout ce qu’il a pu changer ou comprendre d’une façon quelconque n’a plus, au contraire, rien de sacré pour lui ; l’homme surtout.

Donc il est, en matière de morale, sceptique, et pour le reste, fétichiste, astrolate, païen et déiste, tour à tour, ou mieux tout à la fois. Donc, tantôt il satisfait aux pratiques les plus répugnantes du culte des bêtes, tantôt récite les prières les plus abstraites et les plus sublimes ; le tout sans être croyant plus convaincu ou meilleur.

Je ne connais qu’une chose capable de faire comprendre le galimatias mental du jaune, accidentellement préoccupé d’une grande et belle question religieuse. C’est l’état cérébral d’un Européen moderne, qui, pour traiter un sujet de celte nature, invoquerait tantôt la science, tantôt la métaphysique, tantôt Dieu,

et tantôt les tables tournantes, ou mieux, le tout ensemble.

Mais me voilà par trop loin de mon sujet.

Retournons y donc au plus vite pour nous résumer, car nous avons promis de le faire.

En formulant, d’après tout ce qui précède, notre opinion sur la valeur mentalede l’homme que son climat contraint de pousser jusqu’à l’excès, l’instinct constructeur, le génie analytique, l’orgueil, la vénération et la persévérance; je dirai : «comme individu, c’est un » matérialiste, fort étroit d’esprit ; comme » époux, un polygame, d’instinct comme de » fait; comme père et chef de famille, un » despote; comme travailleur (théoricien ou » praticien, savant ou industriel), un spécia- » liste outré, un raycrocéphale ennnemijuré

> de tout raisonnement et de toute conception

> abstraite; enfin, comme citoyen, un être » nul dont le moindre espoir de bénéfice peut » faire un traître. »

En aucun lieu de la terre, l’espionnage n’est mieux organisé qu’au Céleste Empire.

Si cette façon mentale d’èlre est réellement

typique; celui qui, contraintou non, donne pour but à sa vie le développement maximum de puissance et d’activité compatible avec notre nature, fatalement doit y arriver, en quelque pays qu’il vive.

Voyons donc, avant de chercher les formes qu’elle donne au crâne, si le blanc qui se met à produire et consommer le plus possible (ces deux choses se tiennent) ne reprend pas les goûts, aptitudes, qualités pratiques et conceptions industrielles, politiques et religieuses du jaune (comme il fait ses modes), bien avant d’avoir recouvré ses allures faciales et corporelles.

Un fait certain, c’est que les petits-fils de ceux qui vaillamment combattirent aux Pays- Bas, en Angleterre et en Franco, pour l’indépendance de leur pays, de leur famille, de leur personne et de leurs idées, en se laissant absorber par la fabrication et le mercantilisme, ont renoncé aux formes gouvernementales républicaines adoptées par leurs ancêtres, ainsi qu’aux aspirations si purement humanitaires ' qu’ils avaient proclamées ; et sont de fait ou légalement, rentrés sous le joug de l’absolutisme spirituel et temporel.

Un fait bien certain encore, c’est que, pour eux maintenant, en fait de science et d’art, le nec plus ultra est la spécialité ; que le nombre de ceux qui veulent doubler l’apprentissage par l’instruction professionnelle augmente chaque jour aux pays quej’ai nommés ; et que, chaque jour aussi, le nombre des canuts scientifiques et littéraires y augmente comme celui des canuts en soie ou en coton, en charbon ou en fer, en finance ou en chaussure.

Et non moins certaines que ce qui précède sont aussi les assertions suivantes.

Déplus en plus, on tâche d’organiser l’Europe occidentale, industriellement, en puissantes sociétés en commandite ; politiquement, en nationalités énormes; et religieusement, en confréries nombreuses, qui, fatalement, feront de l'homme un être de plus en plus infime comme producteur, citoyen et penseur, qui, fatalement donc, lui enlèveront de plus en plus toute initiative, comme toute responsabilité personnelle, c’est-à-dire toute liberté.

De cette réglementation outrée, résulterat-il qu’il deviendra meilleur en tant que membre protégé, puis protecteur du foyer moralisateur par excellence, en tant que fraction

dirigée d’abord et puis directrice delà véritable unité sociale (la seule capable d’engendrer le nombre qu’on nomme peuple), entant qu’enfant et chef de famille ?

A cette dernière qqestion du parallèle que je poursuis, répondons par les résultats obtenus déjà.

Nos riches se dispensent facilement de toute sollicitude filiale, fraternelle ou paternelle en payant; et, de fait, ils sont peu monogames.

Quant aux pauvres, le temps leur manque pour se moraliser au foyer domestique. Témoin le nombre toujours croissant des crèches et des asiles, des hôpitaux et des hospices dont on borde la route qui les mène du berceau à la fosse commune ; afln qu’ils ne recherchent pas, dans la débauche ou pire, des consolations que rarement ils demandent aux ministres des cultes officiels, surtout quand ils sont hommes.

Conclusio7i.~En tournant le dos aux voies si noblement ouvertes en Angleterre, en Hollande et en France, par les hommes qui tant illustrèrent les trois derniers siècles, les blancs occidentaux sont retombés dans tous les errements des jaunes, avant de retomber dans leurs formes crâniennes.

Eh bien I ces formes cérébrales, quelles sontelles ?

A sa base, le crAne de l’homme du second type est un carré dont les angles sont arrondis, et, dans toutes les sortes de coupes longitudinales qu’on en peut faire, cette flgure, tronquée ou non, se représente.

Pourquoi î

Parce que l’âme qui nous gouverne et qui, spontanément, nous embellit (aussitôt que des circonstances plus favorables le lui permettent) ; parce que, dis-je, cette âme amoindrit chez l’homme qui se fait jaune, le coordinateur mécanique au profit du coordinateur moral, le cervelet au profit du cerveau ; et qu’en ce dernier môme, il diminue la quantité de pulpe qui se trouve en arrière, pour ajouter à celle qui se trouve en avant. J’allais presque dire pour les égaler !

Economiser la force et la masse aux parties inférieures pour étaler et rendre plus expressives celles qui les surmontent, tel est, avonsnous dit, le procédé qu’emploie notre administrateur suprême pour embellir le tronc, les membres et la face de notre machine végétoanimale, aussitôt qu’elle transmet sa puissance plastique en force industrielle?

Eh bien I au palais qu’il habite, à l’instrument qu’il emploie pour gouverner tout notre être, à notre cervelle et au bouclier osseux qui la protège ; ce même administrateur suprême, cette même âme applique le môme procédé ; afin qu’ils aient des formes beaucoup moins bestiales.

Quoi de plus naturel !

A priori... mais trêve d’à priori, à l’occasion des hommes du second type : il est plus que temps de parler de ceux qui appartiennent au dernier comme au plus difficilement produit ; je veux dire notre variante mentale.

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