VINGT-UNIÈME LETTRE
Coup d’œil spécial sur la troisième variante humaine. Formes du type mental do notre espèce et ccuses des incertitudes qui pèsent sur lui. Motifs de son tardif éveil social en Europe. Ses valeurs végétative, animale et in« tellectuelle seulement.
Messieuhs,
Parce que l’homme n’a pu et ne peut vivre encore sans préoccupations matérielles, les inspirations formulées par les grands peintres ou les sculpteurs éminents peuvent seules nous indiquer ce que sera notre prototype mental.
Eh bien ! interrogeons leurs œuvres, aux divers pays qui travaillèrent à la grandeur de notre espèce.
Les théocrates de l’antique Egypte ont idéalisé, par nos formes, le pouvoir aveugle, irrésistible et immuable de la masse :
Et les prêtres de l’Asie absolutiste, quoique mieux inspirés, n’ont bien interprété que l’impassibilité mentale du despote I
Les artistes grecs sont donc les premiers qui tentèrent d’entraîner et do maintenir l’homme dans la sociabilité, autrement que par la contrainte matérielle ou morale. Ils le firent, dans Jupiter, par la majesté; dans Apollon, par la beauté ; dans Vénus, par la grâce ; dans Minerve, par la sagesse.... ; mais dans personne, par la bonté.
Les Italiens n’ont pas fait beaucoup plus. Le Moïse de Michel-Ange n’a que l’enthousiasme du fanatique, sans miséricorde ; son penseur, que la résignation de l’homme, impuissant encore devant l’absolu ; et les vierges de Raphaël, que le calme heureux de l’amour mystique.
Après de tels maîtres, qui interroger? Personne évidemment! Ainsi, pas de modèle encore !
Est-ce à dire que les indications esthétiques nous manquent absolument ? Oh ! que non !
Si le passé n’a pas entrevu l’avenir assez nettement pour le rendre par la couleur ou le ciseau, du moins il a sufQsamment jalonné la route ; et l’on peut affirmer déjà que le prototype mental humain satisfera aux données suivantes : coloration blanchâtre. — Blanchâtre l dites- vous? — Ouil — Même sous la ligne?
Digilized by G
— Oui, encore ; en pleine Afrique centrale comme en Océanie torride. Les insulaires de la Polynésie sous -tropicale ne sont-ils pas aussi beaux et aussi blancs que nos plus blancs et nos plus beaux Européens? La coloration de la peau n’est indispensable qu’aux pays où la sécheresse de l’air impose à notre enveloppe une fonction respiratoire. Avec l’humidité, factice ou non, toute noirceur disparaît.
Je reprends ma description : Taille haute ; corps et membres allongés ; saillies musculaires et osseuses, souvent indécises; charnure moins ferme que celle du second type, mais plus résistante que celle du premier; poitrine légèrement aplatie ; ventre peu saillant, testicules médiocres, verge petite.
J’insiste peu sur ces détails, assez connus, du reste, afin d’étudier préférablement la tête, le crâne et la face, où parlent plus directement nos facultés mentales.
Occiput peu développé; front large, haut et vertical ; cheveux soyeux ; tempes effacées, sourcils réduits à un arc pileux ; yeux longs, bien fendus, horizontaux et en amendes ; nez, comme l’ensemble de la figure, en saillie plutôt que plat ; narines, lèvres et bouche fines et
petites ; mâchoires oblongues, dents verticales et un peu larges; ovale de la figure parfait; menton bien fourni de barbe.
Tous ces avantages, toutes ces données certaines de beauté (présentées fréquemment déjà par les heureux du présent et du passé aux cinq parties du monde) ne seront, je le répète, certainement pas perdues. Mais, encore une fois, pas une seule des combinaisons qu’en ont faites les écoles de Thèbes, d’Athènes ou de Rome, d’Espagne, de France ou de Flandre, ne donne la forme ni l’expression exacte de l’homme futur.
El comment pourrait-ce être? Les données du problème social, dont sa personne entière doit accuser la solution, furent posées au sein d’événements si récents, si grandioses et si terribles, qu’aucun artiste n’a pu les comprendre ou bien osé les formuler ; crainte d’elTrayer ses contemporains, tristes enfanLs, tremblant encore au seul nom de leurs prodigieux grandspères.
Mais suspendons pour le moment ces réflexions aussi pénibles qu’inévitables, et, si vagues que soient les données esthétiques
précédentes, traduisons -les biologiquement.
En d’autres termes, disons ce qu’elles comportent d’aptitudes végétatives, musculaires et mentales.
Les fesses et le ventre du blanc sont plus petits que ceux du noir ; donc, il peut, moins que lui, faire d’abondantes provisions graisseuses ou non digérées encore.
Sa poitrine est moins ample que celle du jaune; donc, moins que ce dernier encore, il est apte à transformer en sang artériel, et, finalement, en chair humaine une portion de ce qu’il avale ; donc enfin, végétativement, il ne les vaut ni l’un ni l’autre.
En agilité comme en force, est-il au moins leur égal ? Pas davantage ! Ses membres, plus gros que ceux du noir, égaux presque à ceux du jaune, sont trop arrondis par la graisse au détriment de la fibre musculaire.
Conclusion. — Pour agir, manger ou respirer, c’est-à-dire échapper à l’oppression du monde matériel et prendre son essor, le type mental de noire espèce exige d(!S circonstances plus favorables que celles où peuvent grandir, en leurs genres respectifs, ses deux autres variantes.
Donc, en tous les pays d’humidité convenable, de lumière modérée, mais de fécondité insuffisante; quoique blanc, l’homme restera brute, ou tout au moins sauvage, tant que des engins alimentaires et mécaniques étrangers ne viendront pas l’aider à dompter son milieu : tandis qu’en ceux qui ne lui imposeront aucune fatigue végéto-aniraale, mentalement il progressera, sans colorer sa peau, malgré tous les efforts d’une insolation excessive.
L’histoire et la géographie s’accordent on ne peut mieux pour justifier celte double déduction.
Car, en Polynésie sous-tropicale, aux îlots fortunés, dont la végétation luxuriante ne laisse à nos sosies du Nouveau-Monde qu'un souci, récolter; l’homme s’est fait blanc, en dépit du soleil, et mis de lui -même en pleine évolution mentale :
Tandis que sur notre ancien continent (aux pays actuellement grecs, italiens, espagnols, français, anglais et autres), nos blonds ancêtres demeurèrent misérables habitants de forêts, membres de tribus en guerre perpétuelle, sacrificateurs de victimes humaines et anthropophages (comme le vieux Saturne ou leurs autres divinités méchanteset nocturnes) jusqu’aux
jours où des civilisateurs égyptiens et asiatiques vinrent leur apprendre à gouverner les éléments, les plantes, les bêtes et eux-mêmes : en leur apportant des animaux et des végétaux domestiques, pour les aider à manger; des épices et des parfums, pour stimuler leurs faibles fonctions digestives et res piratoires ; des armes et des outils, pour compenser leur infériorité musculaire; des lois morales, politiques et religieuses, pour modérer leurs fureurs militaires et leur cannibalisme; les premiers rudiments des arts, pour les dégrossir un peu ; et, pardessus tout, des stimulants cérébraux, le vin entre autres, afin de provoquer leur éveil mental.
Aussi gloire aux Bacchus, Inachus, Cécrops, Danaüs, Cadmus, Pelops et autres, sans l’assistance desquels nous autres blancs, si fiers d’une civilisation que nous ne pouvions commencer....
Mais rentrons dans notre sujet, et arrivons aux facultés intellectuelles, qualités pratiques et penchants, bous ou mauvais, sociaux ou individuels, qui caractérisent le blanc.
Son front n’est fait ni comme CÆlui du noir.
ni comme celui du jaune. D’où je conclus, jugeant du contenu par l’enveloppe, qu’il comprend, pense et parle autrement qu’eux. Eflectivement, il n'a pas comme celui-ci la contemplation des événements on ne peut plus facile, ni comme celui-là, on ne peut plus facile celle des êtres. Que possède-t-il donc en revanche, et cela au plus haut degré, car tant de cervelle doit évidemment servir à quelque chose ?
Ce qu’il possède en revanche (et cela au plus haut degré), c’est la conception active, la force de méditer, l’intelligence des choses abstraites. Fournissez -lui des faits, présentez-lui des êtres, et vous le verrez saisir (avec une sagacité merveilleuse) les propriétés des uns, en les comparant, et l’enchaînement des autres en les coordonnant; puis établir des généralités; construire des systèmes; et, ces deux choses faites, vulgariser ses connaissances avec une rapidité non moins merveilleuse ; bien qu’il soit (sous le rapport de l’expression) inférieur au noir, comme mime, et au jaune, comme orateur.
Pour lier les phénomènes par des théories, en tirer des conséquences, les mettre à la portée de tous, autrement dit, communier d’idées avec son semblable et lui faciliter l’imitation en
l’impressionnant par la forme, la couleur, le son, l’arome, la saveur ou le toucher même; en trois mois, pour induire, déduire et traduire, le blanc n’a pas d’égal. Voilà pourquoi il a fait, en remaniant les découvertes de ses initiateurs sociaux, asiatiques ou africains, plus d’heureux en quelques siècles qu’eux en des milliers d’années.
Je m’explique. De toutes les notions recueillies parleurs administrés, les prêtres de l’Egypte ou de l’Inde ne surent jamais faire que deux parts : l’une, composée de renseignements tout matériels, était confiée à des castes qu’on multipliait, spécialisait et fermait d’autant plus hermétiquement sur leurs membres respectifs (crainte de variation), que le nombre des procédés pratiques allait croissant.
L’autre comprenait toutes les connaissances immatérielles. On les. gravait en caractères hiéroglyphiques sur des objets qui ne sortaient jamais du temple; et comme ces derniers étaient constamment fermés au vulgaire, ces précieux documents lui étaient doublement cachés. Aussi, plus augmentaient les richesses nationales, et plus, humainement parlant, étaient appauvris les travailleurs ; chaque progrès les réduisant de plus en plus à l’état de rouage social infime, méprisable et méprisé.
De colossales fourmillières d’hommes, neutralisés autant que possible; des pyramides monstrueuses de producteurs matérialistes et matérialisés, au sommet desquelles brillait une seule intelligence, celle du grand-prêtre ou de l’autocrate, quand toutefois l’universelle et scandaleuse bêtise de la masse ne l’éteignait point : pour tout dire, le régime des castes ou des spécialités (car c’est même chose) ; voilà donc tout ce qu’avait produit l’observation purement objective, extrêmement exacte, mais tout à fait brute des faits. Et, soit dit en passant, jamais elle ne produira autre chose.
Eh bien I (etc’estlàquejeveux en venir) de ces institutions tout d’une pièce, où religion, gouvernement, industrie, arts, savoir et superstition étaient soudés par un mortier social unique, la foi aveugle, l’obéissance passive; que firent les sauvages blancs de l’Europe ancienne, nos pères les Hellènes, quand les missionnaires et proscrits d’Asie ou d’Afrique les leur importèrent?
Immédiatement ils les brisèrènt par la discussion. Immédiatement, par la généralisation, ils réduisirent à presque rien ces myriades et millions d’observations grossières. Immédiatement, par la systématisation, ils substituèrent
un ordre hiérarchique au chaos qui les tenait plus que bizarrement accolées. Immédiatement enfin, par l’expression, ils les versèrent à pleines mains dans le domaine public.
Qu, si l’on veut, de ce fatras où chaque être et chaque événement cachaient leurs propriétés du premier ordre sous un millier do particularités secondaires, la force de méditation éminemment abstraite du blanc chassa tout ce qui était superflu. De sorte que les qualités saillantes des choses se mettant d’elles-mêmes en relief, ainsi que leurs similitudes et leurs différences ; d’elles-mêmes aussi les volumineuses annales scientifiques, jaunes et noires, se réduisirent à quelques grandes catégories de phénomènes aisément accessibles à nos divers procédés logiques ; et d’elles- mêmes encore les généralités s’instituèrent. Et les généralités une fois instituées, les lois qui gouvernent les êtres et les événements furent découvertes.
Et ces lois une fois découvertes, les systèmes scientifiques prirent naissance et permirent (avec pleine connaissance de cause et certitude de résultat) de passer du simple au composé, de l’abstrait au concret, de l’idéal au réel ou réalisable.
C’est ainsi qu’avec le temps, {in’âce à la force mentale caractéristique du blanc, toutes les recfiltes cabalistiques des alchimistes, astrologues, nécromanciens, médicastrcs, prêtres (noirs ou jaunes) , furent remplacées par les quelques traités nets, clairs, précis, positifs en un mot, qui maintenant desservent la vie pratique et morale des Occidentaux Européens.
Comment toutes ces découvertes, si tardivement simplifiées, leur devinrent-elles aussi familières? C’est ce que je vais dire en terminant cette explication si longue.
En ce qui concerne les beaux-arts (danse, chant, musique, statuaire, peinture, dessin, écriture), nos pères, les autochtones européens, ne respectèrent pas plus les règles absolues de leurs initiateurs, asiatiques ou égyptiens, qu’ils n’avaient respecté leurs codes ou compilations scientifiques. En fait d’écriture surtout, marchant d’abstraction en abstraction, ils arrivèrent à des signes n’exprimant, il est vrai, rien absolumentparleurforme; mais si commodes et si peu nombreux, qu’avec moins de trente lettres ils remplacèrent les milliers de caractères hiéroglyphiques employés en Egypte et maintenant encore en pleine vigueur en Chine et au Japon .
Eh bien 1 avec ces trente lettres ils condensèrent en quelques livres, des plus faciles à épeler, toute la science humaine. Et celte science humaine une fois petite, archi-petite, devint si accessible, si vulgaire, jedirais presque si indiscrète, qu’elle s’eu fut jusqu’au plus humble foyer domestique offrir au travailleur plus de notions positives que n’en demandait sa profession. De sorte qu’embastiller le producteur dans une caste, fatalement fermée sur lui, devint de plus en plus impossible; si impossible! que forcer même son enfant à suivre sa profession, fut considéré comme un véritable abus d’autorité paternelle.
Les trois facultés éminemment abstraites qui caractérisent l’intelligence du blanc n’ont-elles valu aux hommes de ce type que leur pleine liberté professionnelle? Non ; et bientôt vous eu aurez la preuve. .Mais auparavant disons les instincts et qualités pratiques de cette variation humaine.