‹ Quatre années en Océanie (volume 2)Chapitre 7 sur 27 · HUITIÈME LEHRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME LEHRE

De la brise de terre et de celle du large.

Messieurs,

Les tourbillons atmosphériques et marins qui toujours (l’un portant l’autre) coulent dans les bassins atlantiques, indiens et pacifiques, ne sont pas les .seuls exemples de grands mouvements réguliers accomplis par l’air et l’eau. Tous les jours ces masses énormes, liquides et gazeuses, en exécutent d’autres, moins prolongés sans doute, mais tout aussi périodiques et beaucoup plus importants ; vu qu’ils nous touchent de plus près.

Telles sont les marées et les brises du large et de terre, ou, comme disent les marins, du matin et du soir.

Quelques mots, sur ces grands phénomènes, vont clore nos généralités sur l’air et l’eau. Commençons par citer les faits.

Sur les côtes montagneuses de la riche et belle Andalousie, très-souvent il arrive, l’été

surtout, que le veut du jour languit, meurt et délaisse les navires ; à mesure que la nuit se fait.

Les voiles alors se désenflent, battent les mâts, s’aplatissent de plus en plus et finissent par se coucher sur eux , pour dormir. En même temps une brume légère, opaline, visible à peine, vient tout voiler. Et (pendant une heure ou deux ) la mer, l’air et la terre s’engourdissent d’un parfait sommeil.

Vers onze heures , le vent de terre nait.

A minuit il est dans sa force. Une heure après il meurt aussi.

Le calme alors réparait. Mais frais, froid, souvent même perfide.

Puis la nuit passe- Le soleil luit. La brise du large s’éveille, croît, languit et tombe à son tour.

Enfin le vent du jour distend les voiles et conduit plus loin les navires.

Ces choses dites ; expliquons-les.

L’eau et la terre subissent différemment l’influence du soleil. L’une s’échauffe et refroidit vite. L’autre fait les deux très-lentement-

Quand donc la nuit est arrivée ; la première froide, c’est la terre ; et la dernière chaude, la mer. Des couches d’air que chacune supporte ; les dernières tièdes sont donc au large et les premières fraîches au rivage. Ou bien, ce qui revient au même, les premières lourdes touchent le sol ; et les dernières légères l’eau.

Eh bien I pendant que s’établissent ces différences de chaleur, et précisément parce qu’elles naissent ; les couches d’air colées aux montagnes descendent lentement vers le rivage; prennent de la vitesse en glissant; s’étalent en soufflant sur la mer; se faufilent sous celles plus tièdes, qui la recouvrent ; aident le mouvement ascensionnel qu’une densité moindre leur imprime; refroidissent l’eau et, peu à peu, éteignent la cause du vide qu’elles sont venu combler.

Ainsi naît, croit et meurt le souffle qui porte, successivement au marin, les parfums civilisés du rivage, les arômes sauvages du flanc des montagnes, et le froid glacial de leurs pitons couverts de neige.

La brise du large ou du matin se fait et souffle en sens contraire.

Les premiers rayons du soleil, en frappant d’abord la montagne, échauffent la terre ; qui bientôt tiède échauffe l’air ; lequel raréfié fait un vide, que les couches du large montent combler.

Puis le soleil, en s’élevant, échauffe l’eau à l’égal du sol ; et la brise du matin s’efface, avec la cause qui l’engendrait.

Alors le vent du jour reprend.

Maintenant généralisons I

C’est la chaleur solaire qui fait, sur la côte d’Espagne, couler, matin et soir, l’atmosphère en sens opposés. Donc tous les rivages maritimes sont sujets aux mêmes phénomènes ; et, sur eux tous, les brises de terre et du large sont d’autant plus intenses et régulières que les côtes, rafraîchies par elles, sont plus voisines de l’équateur, mieux orientées Est et Ouest, et plus riches en montagnes élevées, froides et ' voisines de l’Océan.

Les côtes de la Chine, du Bengale , du golfe d’Oman, des deux Guinées, du Mexique, du Guatemala , de la Colombie, du Pérou et du Chili, justifient parfaitement ces conclusions.

Nulle part autre, les brises du soir et du matin ne sont plus constantes et plus fraîches.

Eh bien ! parce qu’il en est ainsi ; leurs habitants jouissent de cerlains avantages matériels, qui certes ne compensent aucunement les horribles fléaux engendrés par les aberrations de ces vents de terre et du large.

Soyons plus clairs.

Sur les rivages indiens, la navigation du cabotage est plus régulière, plus active et, par conséquent, plus fructueuse qu’en aucun autre point du globe. 31ais aux mois de l’année où les causes topographiques et sidérales, qui la font telle, produisent leur effet maximum; les brises du malin et du soir jettent dans celles alysées (toujours très saines) une profonde perturbation et finalement déterminent les moussons, les ouragans, lespluies torrentielles..., en un mot tous les désordres de l’hivernage.

Alors les épidémies meurtrières apparaissent et de véritables massacres ont lieu.

C’est que les délires de l’eau et de l’air, tantôt, soulèvent jusqu’aux montagnards les miasmes putrides et surchauffés du rivage ; et. tantôt, au contraire, précipitent sur les habitants des basses terres les rafales glacées des cimes éternellement couvertes de neige. De sorte que torturés les uns et les autres, et cela

tout à coup, par des influences extérieures diamétralement contraires à celles qui les faisaient vivre ; ces malheureux Indiens doivent immédiatement révolutionner tout leur être, pour résister aux exigences aussi nouvelles que despotiques de l’atmosphère qui les entoure momentanément ; ou payer de leur vie une désobéissance organique presque fatale.

Telle est la cause toute mécanique des maladies suraiguës qui si fréquemment ravagent la presqu’île de l’Inde, l’ancien empire du grand Mogol, les deux Guinées, le Sénégal, les Antilles et le pourtour du golfe du Mexique.

J’entends parler entre autres affections du rhumatisme articulaire instantané, de la fièvre jaune, de la peste et du choléra.

Par la suite, je vous montrerai comment, sous l’influence d’une dépression morale excessive et de modifications atmosphériques peu accentuées, ce dernier fléau s’installa chez nous, en 1832, 49 et 52.

Pour le moment, pareille explication n’aurait pas sa raison d’être; et certes il est plus / que temps de rentrer dans notre sujet.

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