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CHAPITRE IL

Les Papous méridionaux nomades.

Vers le milieu de la côte Sud australienne, les Kangourous et les Opossums voyai^ent encore beaucoup pour vivre.

Or, ces animaux sont, pour Tindigène de ces contrées, un gibier très-précieux.

Donc, afin de suivre les Opossums et les Kangourous, les Papous voyagent beaucoup aussi, vers le milieu de la côte Sud australienne.

Rien de plus navrant à voir qu'une de leurs troupes, se décidant enfin à se mettre en route; parce que, depuis plusieurs jours, la triste contrée qu'elle vient d'exploiter lui refuse tout, absolument tout^ malgré son immense étendue.

Vous diriez presque un convoi funèbre.

En avant, marchent les hommes ne portant d'autre fardeau que leurs armes, pesantes à peine.

Au milieu, trottinent, aussi gais qu'ils peu--

vent l'être, les enfants déjà capables d'aller seuls : et

Par derrière, se traînent les femmes, constamment amaigries et constamment accablées au profit des autres ; parce que tout ce qu'il y a de charges et fardeaux épuisants retombe sur elles, et rien que sur elles.

Quatre choses, au moins, conspirent sans relâche à les exténuer et maintenir horç d'haleine : premièrement, tout ce qu'elles portent ; secondement, l'enfant qu'elles allaitent ou bien traînent par la main : troisièmement, la vitesse de Ja marche qu'on ne. ralentit jamais en leur faveur, si lourdement chargées qu'elles soient ; quatrièmement, enfin, l'exténuante occupation et préoccupation de raviver continuellement, par leur souffle, le fumeron qu'elles transportent à leur nouveau gite.

Est-ce à dire que ces malheureuses attachent déjà quelqu'idée superstitieuse à la con^rva.tion du feu ? Non !

Tout bonnement elles savent combien les hommes, qu'elles accompagnent, sont brutaux et sensuels à leur manière ; combien plus facilement ils endurent les angoisses de la faim que les tortures du froid nocturne ; et logiquement

elles se chargent et surt^i^eot de fagots ou de tortilloDs d'herbes sèches beaucoup plus que

de coûserres alimentaires auxquelles,

d'ailleurs, un superflu quelconque ne leur a jamais permis de songer.

J'en reviens à notre si triste cortège. Il s'en va donc, se déroulant, au sein de ces vastes solitudes, comme le ferait un long serpent.

Cela lient à ce qu'on n'y marche que l'un derrière l'autre, sur une seule file.

L'wdre dans lequel wi y est rangé est celui de préoccupations et charges croissantes. Par conséquent, ainsi que nous l'avons dit plus haut, les hommes, à peu près lèges et certains de manger avant tous les autres et plus qu'eux, s'en vont, en ne pensant en rien : les en&nis, assez inquiets au sujet de la vicluaille, en songeant peut-être à piller leur mère ; et celles-ci , trop sûres , hélas I d'être battues à outrance, pour peu que leurs compagnons de route aient le ventre trop vide ; celles-ci, dis-je, en pensant aux coups qu'elles recevront, autrement, dit en mesurant pas à pas, aux tortures de leurs propres entrailles, la violence du traitement que leur vaudront, iufailliblement, les premiers insuccès d'une maraude en pays étranger.

Je dis : trop sûres, hélas I d'être baltues, pour ' peu, et caetera et cœtera ; parce que les Papous méridionaux (toujours faméliquetnent nomades) ne tolèrent de femmes auprès d'eux qu'à la condition, peu formulée mais très-formelle, qu'elles les aideront à vivre ou mieux qu'elles les nourriront complètement; leurs enfants dussent-ils y passer 1

Et j'ajoute, à propos de maraude infructueuse, les mots en pays étrangers ; parce que si l'on entend par maîtres politiques d'un sol quelconque les individus qui en tracent les seuls chemins ou sentiers ; qui en surveillent les différentes sortes d'habitants ; qui en chassent les espèces les plus nuisibles, qui (de leur capitale, située de façon à facilement rayonner de tous côtés) en surveillent, le mieux qu'ils peuvent, les différents êtres et les divers événements parce que, disje, si l'on entend

par maîtres politiques d'un pays ceux qui font toutes ces choses; ce ne sont nullement les Papous méridionaux, encore nomades, qui sont les souverains des parages de la Nouvelle-Hollande, où la terre de Nuyts finit et où le South Âustralia commence; mais bel et bien Messieurs les chiens sau^^ges.

Comme je reviendrai, plus lard, sur le compte

de ces très-intéressants quadrupèdes et que je ne dois, pour l'instant, songer qu'aux Papous australiens du Sud; je retourne, pour la troisième fois, à leur cortège quasi-funèbre : où les hommes s'en vont comme des brutes insouciantes, en n'examinant pas grand chose, les enfants (ainsi qu'ils font eu tout pays) en courant quelque peu pour farfouiller de ci, de là, et les femme?, enfin, en ménagères plus que soucieuses et se préoccupant de tout.

Pas un seul mouvement de leur tête, un seul regard de leurs yeux, une seule inspiration de leurs narines et un seul battement de leurs pieds, qui n'ait pour but de voir, sentir et sonder l'espace, la terre et tout ce qu'ils renferment!

Pas un seul de leurs actes qui ne soit dominé par une de ces pensées, aussi fixes qu'anxieuses: apprendre, du sol. quelles pattes l'ont pressé : des herbes, ou bien des feuilles, quelles dénis les ont rongées ; enfin, de l'écorco du tronc des arbres et même de celle de leurs branches les plus hautes, quelles griffes les ont écorchéesl

« Les Kangourous et les Opossums, que nous » avons faim et soif d'atteindre, étaient-ils ici

l — IIÔ —

f » dernièrement? S'y trouvent-ils encore? Ou

i » bien vont-ils bientôt y venir ? »

Telles sont les questions que ces malheureu*

ses adressent tout à la fois à Tair, à la terre et

aux plantes. Questions auxquelles la terre (par

ses empreintes) les plantes (par leurs mutila-

' tions) et l'air (par ses arômes) répondent à

peine :

« Ils viennent de partir I » ou bien « parlez plus bas, ils pourraient vous entendre I » ou bien encore « pour notre plus grand malheur, hélas! ils ne tarderont point d'arriver. »

Ainsi marchent (je le répète, en s'épùisant à interroger des yeux, du nez, des oreilles et même du bruit de leurs pas tout ce qui les entoure), ces malheureuses femmes, auxquelles tout ce qui les entoure ne répond que par des signes accentués à peine ; tant les animaux ont pris soin d'atténuer jusqu'aux moindres traces de leur passage.

Mais qui pourrait tromper la subliUté sensorielle de ces limières Papoues? Ne sont-elles pas aussi habiles à chasser à la vue qu'à l'ouïe ou bien au flair.

Pauvres femmes 1

Reconnaissent-elleS; à son port plus attristé

que celui des autres, qu'un arbuste (moins que cela) une simple touffe d'herbe est malade. Vite, elles l'indiquent aux hommes ! Et voilà qu'en récompense ils tolèrent qu'elles se reposent ; durant qu'ils cherchent et mangent lesyers qui, eux aussi, cherchaient (pour les manger) les racines de ce pileux yégétal.

La vigueur insolite des branches d'un Eucalyptus (quatre, cinq, six fois séculaire ou plus vieux encore) indique-t-elle, à ses malheureuses femmes, que la foudre, l'âge ou l'un et l'autre ensemble ont creusé sa tête d'un trou que les pluies d'orage ont rempli d'eau? Vite, beaucoup plus vite encore (vu qu'elles espèrent, cette fois, partager l'aubaine), elles préviennent leurs misérables compagnons de roule ; et voilà qu'immédiatement transformés, ils se mettent à l'œuvre, pour monter, étancher leur soif.

Alors, pendant qu'ils font enfin quelque chose, ces malheureuses (mille fois plus altérées et mille fois aussi plus harassées qu'eux) se reposent un peu longuement.

J'ai dit, en parlant de leurs compagnons, et voilà qu'immédiatement transformés, eteœtera, et caetera.

^ C'est qu'en effet, rien n'est plus extraordinaire que la transfiguration qui s'opère alors»

comme par enchantement, chez ces Papous si misérables I

Ils s'en allaient, il n'y a qu'un instant, l'œil fixe et morne, la figure hébétée, les chairs tout pantelantes et la démarche aussi traînante qu'incertaine. Maintenant vous diriez de merveilleux hommes de bronze ; tant ils travaillent avec ardeur ; tant leur regard est animé ; tant ils sont beaux de gestes et de reliefs, de vigueur et d'audace; tant, enfin, ils sont habiles, expédilifs et gracieux h s'élever en marchant, pour ainsi dire, et des pieds et des mains autour de ces arbres si prodigieux d'élévation et de hauteur.

A voir ces Papous Australiens (si merveilleusement transformé) par le désir) aux prises, dans l'espace, avec ces géants végétaux ; le vertige et l'admiration vous saisissent d'une façon tellement étrange que, malgré soi, on se demande si l'on ne suit pas des yeux quelque sylphe noir en tournés aérienne.

— Pour monter ainsi ; quel mystérieux artifice emploient-ils donc?

— Le plus simple qui soit au monde! Car, tout bonnement, ils escaladent ces énormes Eucalyptus.

Voici comment ils s'y prennent.

PreimèFeAient , de la main droite, avec leur petite hachette, ils foat, à Técorce de ces vbres, deux petites entailles, ou mieux, deux petites marches de quatre centimètres de long sur trois, au plus, de large : la première devant eux, un peu plus bas que leur ventre :

la seconde, le plus haut possible, mais à l'aplomb de celle-^ci. Deuxièmement, ils appuient sur la plus basse, le bord interne de leur pied droit, à la naissance du pouce ; et troisièmement, en s'élançant, ils vont poser, sur la plus haute, le bord externe de leur main gauche, en recourbant les doigts, pour se mieux accrocher.

C'est donc, en se baissant et redressant (tour à tour, pour travailler), puis en élevant la jambe droite et sautant presque, tout en allongeant la main gauche, qu'ils se trouvent en trois temps et quatre ou cinq mouvements, en position verticale parfaite, à 70 ou 75 centimètres au-dessus du sol.

— Afin d'arriver, en même posture, à hauteur double; que leur faudra-t-il faire?

— Recommencer, évidemment.

Donc, une fois perchés sur la marche 4 et accrochés à celle 2, ils se pench^ont, de

nouveau, el puis, de nouveau, se redresseront pour faire leurs entailles 3 et 4. Après quoi, manœuvrant leur jambe gauche, comme ils viennent de faire la droite, et se relançant dans l'espace ; ils se retrouvent debout encore, à hauteur double.

A hauteur double I Avec œttp différence que, cette fois, c'est le bord externe de leur pied gauche (naissance du petit orteil) qui les supportera, et non plus le rebord interne de leur pied droit, base du pouce.

Les voilà donc, perchés et accrochés aux

marches 3 et 4 de l'escalier à double spirequ'ils

vont tracer (à deux centimètres de profondeur

d'écorce, je le répète, trois au plus) au tour de

leur gigantesque Eucalyptus ; pour, mot à mot, l'escalader.

— Eh bien ! pour entailler les marches 5 et 6 et, de plus s'y trouver debout?....

— Ils feront comme ils firent pour celles 1 et 2.

— Et pour celles 7 et 8 ?

— Comme pour celles 5 et 6, et cœlera, et cœtera.

Donc (résumé, conclusion) autant de fois il y aura UO on <50 centimètres, dans la hauteur

qui sépare le pied de leur arbre du fond de la citerne aérienne où ils veulent boire; autant de fois ils répéteront, Tune après l'autre, les deux manœuvres que je viens de décrire.

Eh bien I examinez tout à votre aise les mouvements auxquels elles donnent successivement lieu ; et vous direz forcément comme nous :

« Ce n'est qu'à force de frôler continuelle- » ment, et des jambes, et du ventre, ainsi que » de la poitrine, et puis des bras, leur énorme » Eucalyptus ; à force de s'écarteler (si je peux » ainsi parler) et puis de ramper (tour à tour, » et des quatre membres et du tronc), contre » l'écorce de ce monstre végétal » qu'ils accomplisst^nt (moitié comme les singes et moitié comme les serpents) leur ascension si prodigieuse de vigueur, d'adresse, d'audace et de célérité.

Je souligne ce dernier mot; parce que si haut que soit le géant auquel ils s'adressent, certainement les Papous méridionaux emploient moins de temps à l'escalader, que je n'en saurais mettre à vous dire comment ils s'y prennent.

Quoi qu'il en soit de leur procédé, les voici A bonne hauteur. Reste par conséquent à boire I

— A boire 1 S'ils sont eflfectiTement arrivés, Donc, comment le reconnaissent-ils?

— Comme ils reconnaissent tout,

A Touie, par conséquent, si l'arbre qu'ils sondent continuellement, en le frappant avec le dos de leur hachette, n'est pas trop gros pour sonner creux; à l'odorat ou bien au goût, autrement dit, à la senteur plus forte ou bien à l'âcreté plus vive de l'écorce, qui entoure ses plus vieux nœuds, si les vapeurs de l'eau cachée derrière eux ont seules pu les atteindre ; enfin, au toucher et à la vue, c'est-à-dire à l'humidité palpable et à l'aspect moins poussiéreux de cette susdite écorce, si c'est l'eati elle-même qui l'est venu rafraîchir.

Dans ce dernier cas, les Papous n'ont jamais (une fois en l'air) à chercher le nœud qu'ils devront forer ; par cet excellent motif qu'en examinant bien les dimensions de leur arbre, ils déterminent (de visu acutissima] l'origine et l'inclinaison de l'escalier en colimaçon double qui les mènera droit à leur but.

Comme, de prime-abord, ce choix d'un nmid pourrait vous sembler étrange, attendu que c'est d'habitude contre de pareils accidents végétaux que nos charpentiers inhabiles ébrèchent leurs outils ; laissez-moi vous rappeler

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et compléter, sur rEucalyptus, certains détails de mœurs qui vous aideront à bien comprendre la manœuvre des Papous qui les exploitent.

Afin de fuir au plus vite la dialeur excessive du sol qui les soutient, ces futurs géants végétaux consacrent les premières années de leur existence à ne pousser qu'en hauteur.

Pour ce faire, ils emploient, le plus exclusivement possible, tout ce qu'ils ont de sève descendante (de sang artériel, si mieux vous aimez) à continuellement remonter, de cran en cran, leur panache respiratoire. Autrement dit, aussitôt que le plus jeune ou, ce qui est tout un, le plus élevé des rameaux de leur ombelle peut épanouir son feuillage, immédiatement il abandonne la plus vieille ou, ce qui est tout un aussi, la plus basse de leurs branches, en la privant en grande partie de sève. Ce qui fait que bientôt elle sèehe, meurt, casse et tombe au moindre accident.

Or, à mesure qu'à l'extérieur, près de l'écorce, les choses se passent ainsi ; un phénomène analogue se produit dans l'épaisseur du l)ois lui-même, à l'intérieur du conduit médullo-nerveux, qui ralliait le cœur et la vie de cette pauvre branche délaissée au cœur et à la yie du tronc qui l'avait fait naître.

Ceci veut dire que ce susdit canal (faute d'aliments, lui aussi) remplace, d'abord, sa pulpe spéciale, si habilement végétativo-direclrice, par une sorte de magna presque entièrement composé de tissu cicatriciel ; puis ce dernier, à mesure que de lui-même il se rétracte, par un simple dépôt résineux; puis, h son tour et enfin, ce simple dépôt résineux par un petit ramassis de poussière, qui, lui-même, diminue de volume à mesure que s'évaporent ses huiles essentielles.

Donc, avec le temps, il n'y a plus dans cet ancien conduit (si utile, jadis, à la santé parfaite de la branche défunte) qu'un bouchon (devenu trop petit) de fibres ligneuses racornies et

tombant plus ou moins en humus qu'un

bouchon, dis-je, masquant une suite de petits blocs résineux racornis, eux aussi, et tombant pareillement en poussière.

Eh bien! sans comprendre aucunement Tenchaîneraent de ces transformations végétales, les Papous australiens méridionaux, auxquels je reviens, savent parfaitement qu'elles ont lieu; et, de plus, reconnaissent parfailement aussi, à Taspect des nœuds difi'érents d'un Eucalyptus, celui qui ferme le coaduiL le plus fa-

cile à forer en même temps que le plus voisin de la source où ils veulent boire.

En conséquence, ils s'acharnent après lui, le fraippent, le secouent, Tébranlent, le tortillent et finalement l'arrachent. Après quoi, fouillant, refouillant et farfouillant (avec leurs doigts, le manche de leur hachette ou le bout de leur lance) le canal qu'il bouchait, ils finissent, à force d'y souffler et puis d'y humer tour à tour, par le désobstruer et obtenir de l'eau.

Alors, l'un après l'autre, ils montent boire bien à plein ventre : les hommes, d'abord ; les enfants qui peuvent le faire, ensuite : et les femmes après.

Ces dernières laissent-elles, au risque d'en perdre une partie, l'eau couler jusqu'au bas de l'arbre, pour éviter, aux tout-bambins, la peine démonter? Ou s en vont-elles, comme font les oiseaux, emplir leur bouche à la source aérienne, pour en aller ensuite verser le contenu dans celle des plus petits enfants? Ou bien, les aident-elles a grimper, eux aussi, jusqu'à cette hauteur prodigieuse ? C'est ce que je ne pourrais dire.

Mais, ce que je sais fort bien, c'est qu'elles

seraient assommées de coups par les hommes, si elles oubliaient de boucher, avec une bcmne et solide cheville (sinon religieusement encore, du moins hermétiquement) le conduit qui leur a donné tant de peine à déboucher/

Aux environs de l'arbre où l'on a découvert une pareille aubaine liquide, il y a très-fréquemment, vu les causes qui l'ont produite, des aliments solides.

Eh bien ! parce que la chose a lieu très-fréquemment, nous admettrons que le cortège des Papous qui nous occupent a eu cette chance exceptionnelle d'arriver, après deux ou trois jours seulement de jeûne et de marche, en un lieu déjà garni d'Opossums sinon de Kangourous, et qu'il s'est décidé à y séjourner.

Nous admettrons, dis-je, qu'ils ont eu cette chance ; et, tout naturellement, nous en profiterons pour étudier, dans le chapitre qui va suivre, comment les naturels s'installent provisoirement; comment ils chassent les Opossums ; et comment ils s'occupent.

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